Littérature

Les Misérables de Victor Hugo : histoire, résumé et héritage d'un chef-d'œuvre

Les Misérables de Victor Hugo histoire et résumé du roman

Les Misérables de Victor Hugo est, avec Le Petit Prince de Saint-Exupéry, le roman français le plus traduit, le plus lu et le plus adapté au monde. Publié en 1862, ce monument de 1 500 pages mêle fresque historique, roman social, thriller judiciaire et méditation philosophique. Jean Valjean, Cosette, Gavroche, les Thénardier, Javert : ses personnages appartiennent à l'imaginaire collectif bien au-delà des frontières de la France. Retour sur la genèse, le contenu et l'héritage d'une œuvre qui n'a jamais cessé de parler au monde.

La genèse : trente ans d'écriture

Hugo commence à travailler sur le roman en 1845, sous le titre provisoire Les Misères. Il a alors 43 ans, il est pair de France et l'un des écrivains les plus célèbres d'Europe. L'idée germe depuis longtemps : dès les années 1820, Hugo s'intéresse à la condition des bagnards et visite les prisons. En 1829, Le Dernier Jour d'un condamné est déjà un plaidoyer contre la peine de mort.

La rédaction est interrompue par le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851. Hugo, qui s'y oppose publiquement, est contraint à l'exil. Il s'installe à Jersey puis à Guernesey, où il reprend le manuscrit en 1860. C'est en exil qu'il achève l'œuvre, considérablement amplifiée par rapport au projet initial. Le roman n'est plus seulement l'histoire d'un forçat : c'est devenu une épopée de l'humanité souffrante, traversée par la Révolution, les barricades de 1832 et la question sociale.

Le livre paraît le 3 avril 1862, simultanément à Paris et à Bruxelles — une prouesse éditoriale pour l'époque. Le succès est immédiat et colossal. La première partie, « Fantine », se vend à des dizaines de milliers d'exemplaires en quelques jours.

Résumé de l'œuvre

Les Misérables se composent de cinq parties, chacune portant le nom d'un personnage ou d'un thème :

Première partie : Fantine

Jean Valjean, ancien bagnard condamné à dix-neuf ans de travaux forcés pour avoir volé un pain, sort de prison en 1815. Rejeté par la société, il est accueilli par Monseigneur Myriel, évêque de Digne, dont la bonté le transforme. Valjean se réinvente sous le nom de Monsieur Madeleine, devient maire et industriel prospère. Parallèlement, Fantine, jeune ouvrière abandonnée par le père de sa fille, sombre dans la misère et la prostitution pour payer la pension de sa fille Cosette, confiée aux Thénardier, un couple d'aubergistes cupides.

Deuxième partie : Cosette

Valjean, démasqué par l'inspecteur Javert, s'enfuit après avoir promis à Fantine mourante de sauver Cosette. Il arrache l'enfant aux Thénardier et se réfugie à Paris, dans le couvent du Petit-Picpus, où ils vivent cachés pendant des années.

Troisième partie : Marius

Marius Pontmercy, jeune étudiant idéaliste, découvre que son père — qu'il croyait indigne — était un héros de Waterloo. Il rompt avec son grand-père royaliste, vit dans la pauvreté et fréquente un groupe de républicains, les Amis de l'ABC. Il tombe amoureux de Cosette.

Quatrième partie : L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis

Marius et Cosette vivent un amour secret. En parallèle, l'insurrection républicaine de juin 1832 éclate à Paris. Les Amis de l'ABC dressent une barricade rue de la Chanvrerie. Gavroche, le gamin de Paris, enfant des Thénardier, meurt sur la barricade en chantant. Valjean s'y rend pour protéger Marius.

Cinquième partie : Jean Valjean

Valjean sauve Marius blessé en traversant les égouts de Paris — l'une des scènes les plus célèbres de la littérature française. Javert, confronté au dilemme entre la loi et la justice, se suicide en se jetant dans la Seine. Marius et Cosette se marient. Valjean, affaibli et repoussé par Marius qui ignore la vérité, meurt dans la solitude, réconcilié in extremis avec le jeune couple. Ses derniers mots sont pour Cosette.

Les personnages : des archétypes universels

La force des Misérables tient à ses personnages, devenus des figures universelles :

  • Jean Valjean incarne la rédemption : un homme détruit par le système pénal qui se reconstruit par la bonté et le sacrifice. Il est l'un des personnages les plus repris de la littérature mondiale.
  • Javert représente la loi rigide, incapable de concevoir qu'un homme puisse changer. Son suicide est l'aveu que la justice des hommes est parfois injuste.
  • Cosette symbolise l'enfance martyrisée puis sauvée — un thème qui a directement influencé les lois sur la protection de l'enfance en France et en Angleterre au XIXe siècle.
  • Gavroche est devenu le symbole de l'esprit parisien indomptable. Son nom est passé dans la langue française comme nom commun (« un gavroche »).
  • Les Thénardier incarnent la bassesse humaine, l'exploitation des faibles, la cupidité sans limite — mais aussi une forme de survie misérable qui fait d'eux des personnages plus complexes qu'il n'y paraît.
  • Monseigneur Myriel incarne la charité pure, le geste fondateur qui déclenche toute la transformation de Valjean.

Les thèmes : un roman-monde

Hugo ne se contente pas de raconter une histoire. Il interpelle directement le lecteur et insère dans le récit de longues digressions sur :

  • La misère sociale — Le roman est un réquisitoire contre la pauvreté, le système pénal et l'exploitation des faibles. Hugo écrit dans sa préface : « Tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers [...] des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »
  • La bataille de Waterloo — Hugo consacre un livre entier (plus de 60 pages) à la bataille de 1815, dans une digression historique devenue célèbre, qui éclaire le destin du père de Marius.
  • Les égouts de Paris — Une plongée dans l'infrastructure souterraine de la capitale, métaphore des bas-fonds de la société.
  • La Révolution et les barricades — Hugo interroge la légitimité de l'insurrection et la distinction entre émeute et révolution.
  • Le progrès et la rédemption — Le roman porte un message fondamentalement optimiste : l'homme peut se racheter, la société peut progresser, la lumière finit par triompher de l'ombre.

L'influence mondiale

Les Misérables a exercé une influence sans équivalent pour un roman français :

  • Impact législatif : Le roman a contribué aux débats sur la réforme pénale, le travail des enfants et la protection sociale en France et en Angleterre. Le personnage de Cosette est régulièrement cité dans les textes fondateurs de la protection de l'enfance.
  • Comédie musicale : L'adaptation de Claude-Michel Schönberg et Alain Boubil, créée à Paris en 1980 puis à Londres en 1985, est devenue l'un des spectacles les plus vus de l'histoire — plus de 130 millions de spectateurs dans 53 pays, en 22 langues. Elle est jouée sans interruption à Londres depuis 1985.
  • Cinéma : Plus de 50 adaptations cinématographiques depuis 1907, dont celles de Raymond Bernard (1934), Jean-Paul Le Chanois (1958), Claude Lelouch (1995) et Tom Hooper (2012, avec Hugh Jackman et Anne Hathaway).
  • Traductions : Le roman est traduit dans plus de 60 langues. Il est étudié dans les universités du monde entier, de Tokyo à São Paulo en passant par New York et Dakar.

Pourquoi le lire aujourd'hui

Les Misérables n'est pas un monument poussiéreux réservé aux cours de littérature. C'est un roman qui parle de pauvreté, d'injustice, de rédemption et d'amour — des thèmes qui n'ont rien perdu de leur actualité. Oui, le livre est long. Oui, Hugo fait des digressions de 60 pages sur Waterloo et de 30 pages sur les égouts. Mais ces digressions sont aussi ce qui fait la grandeur de l'œuvre : Hugo ne raconte pas seulement des destins individuels, il embrasse toute une civilisation.

Si la longueur vous effraie, commencez par une édition abrégée (il en existe d'excellentes chez Gallimard Jeunesse ou Flammarion) ou par la première partie, « Fantine », qui fonctionne presque comme un roman autonome. Mais une fois entré dans le monde de Hugo, il y a fort à parier que vous voudrez aller jusqu'au bout.

« Tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » — Victor Hugo, préface des Misérables, 1862