Le Prince de la coke est un récit-vérité signé Catayée (Catayée Raynaud de Prigny) qui plonge le lecteur dans l'univers impitoyable du narcotrafic international. Publié chez Fayard, ce document retrace l'ascension fulgurante et la chute spectaculaire de son auteure, devenue l'une des figures les plus recherchées du trafic de cocaïne entre l'Amérique latine et l'Europe. Un récit sans fard, brutal et fascinant, qui se lit comme un thriller — à cette différence près que chaque mot est vrai.
L'auteure : qui est Catayée ?
Catayée Raynaud de Prigny n'est pas une criminelle de fiction. Née en France, issue d'un milieu bourgeois, elle bascule dans le trafic international de cocaïne à la fin des années 1990. Pendant près d'une décennie, elle évolue dans les cercles les plus fermés du narcotrafic, côtoyant les cartels colombiens, les réseaux de blanchiment européens et les intermédiaires des plus grands ports du continent.
Son surnom — « Le Prince de la coke » — n'a rien d'usurpé. À son apogée, Catayée organise des livraisons de plusieurs centaines de kilos de cocaïne, générant des millions d'euros de chiffre d'affaires. Elle vit entre la Colombie, le Venezuela, l'Espagne et la France, entourée de gardes du corps, de voitures de luxe et d'une fortune colossale bâtie sur la poudre blanche.
Son livre est à la fois une confession, un témoignage et une mise en garde. Écrit après son arrestation et sa condamnation, il offre un regard de l'intérieur sur un monde que la plupart des gens ne connaissent qu'à travers les séries télévisées.
Résumé du livre
L'entrée dans le trafic
Tout commence par une rencontre. Catayée, jeune femme ambitieuse et désargentée malgré son nom à particule, croise la route d'un intermédiaire lié aux cartels sud-américains. L'argent facile, le goût du risque et une forme de mégalomanie assumée la poussent à franchir le pas. Elle ne consomme pas : elle vend. Et elle vend vite, beaucoup, et bien.
Le récit détaille avec une précision clinique les mécanismes du trafic : comment la cocaïne quitte les laboratoires clandestins de Colombie, transite par le Venezuela ou les Antilles, arrive en Espagne par conteneurs maritimes, puis est redistribuée en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Catayée décrit les techniques de dissimulation (double fond des valises, cargaisons maquillées en produits alimentaires), les systèmes de paiement (cash, hawala, sociétés-écrans) et les codes de communication entre trafiquants.
L'ascension
La force du récit de Catayée réside dans sa description de l'ivresse du pouvoir. En quelques années, elle passe de simple « mule » à organisatrice de convois intercontinentaux. Elle gère des équipes, négocie avec les cartels, corrompt des fonctionnaires et vit dans un luxe obscène. Hôtels cinq étoiles, jets privés, bijoux, comptes bancaires offshore — tout y est.
Mais ce luxe a un prix. Catayée décrit les nuits blanches, la paranoïa constante, les trahisons et la violence omniprésente. Dans le milieu du narcotrafic, une erreur de jugement se paie en années de prison — ou en balles. Elle raconte comment certains de ses associés ont été assassinés, comment d'autres ont « retourné leur veste » pour coopérer avec la police, et comment elle-même a frôlé la mort à plusieurs reprises.
La chute
Comme dans toute histoire de narco, la chute est inévitable. Les services de police français et espagnols, aidés par Europol et les agences anti-drogue américaines, resserrent l'étau. Catayée est surveillée, ses téléphones sont sur écoute, ses associés tombent un par un. L'arrestation, quand elle survient, est presque un soulagement — elle le reconnaît elle-même.
Le procès qui suit est un moment-clé du récit. Catayée y décrit le système judiciaire vu de l'intérieur : les avocats, les négociations, la prison, la solitude. Elle est condamnée à une lourde peine de réclusion. C'est en prison qu'elle décide d'écrire. Le livre naît de cette période de détention, comme une tentative de donner un sens à des années de folie.
Les thèmes du livre
La fascination pour le crime
Le Prince de la coke ne fait pas l'apologie du trafic de drogue. Mais il ne le condamne pas non plus avec la distance confortable d'un journaliste ou d'un sociologue. Catayée écrit depuis l'intérieur, avec une honnêteté dérangeante. Elle reconnaît avoir aimé l'adrénaline, le pouvoir, l'argent. Elle ne se présente pas en victime. C'est précisément cette absence de victimisation qui rend le récit si puissant — et si dérangeant.
La condition féminine dans le narcotrafic
Être une femme dans un milieu ultra-masculin est l'un des fils rouges du récit. Catayée décrit le machisme des cartels, les regards condescendants de ses associés masculins, et la manière dont elle a dû imposer son autorité par la compétence, la ruse et parfois l'intimidation. Son genre a été à la fois un handicap et un avantage : sous-estimée par ses rivaux, elle a pu opérer plus longtemps sous le radar.
L'argent et le vide
L'un des passages les plus marquants du livre concerne la vacuité de la richesse criminelle. Catayée accumule des millions, mais ne peut ni les investir ouvertement, ni en profiter sereinement. Chaque euro est entaché de risque. Chaque achat luxueux peut attirer l'attention des autorités. La richesse devient une prison dorée — thème récurrent dans la littérature sur le crime organisé, de Scarface à Narcos.
Style et écriture
Le style de Catayée est direct, oral, sans fioritures. On sent que le livre a été écrit (ou dicté) sans souci littéraire particulier — et c'est ce qui fait sa force. Les phrases sont courtes, le vocabulaire est celui de la rue et du milieu. Les dialogues sonnent vrai parce qu'ils sont vrais. On est loin de la littérature blanche, mais le récit a une énergie brute qui happe le lecteur dès les premières pages.
Certains passages sont difficiles : violences physiques, descriptions crues du milieu carcéral, scènes de tension extrême lors des livraisons. Le livre ne convient pas à tous les lecteurs, mais ceux qui apprécient les récits-vérités (dans la veine de Mafia blues ou Mr Nice de Howard Marks) y trouveront un document exceptionnel.
Notre avis
Le Prince de la coke est un livre qui ne laisse pas indifférent. Ce n'est pas de la grande littérature au sens académique du terme, mais c'est un témoignage rare, écrit par une femme qui a vécu ce que la plupart des gens ne voient qu'au cinéma. Le récit vaut autant pour ses révélations sur les mécanismes du trafic international que pour le portrait psychologique de son auteure — une femme brillante, audacieuse et profondément autodestructrice.
Si vous aimez les récits de true crime, les autobiographies sans concession ou simplement les histoires d'ascension et de chute, Le Prince de la coke mérite une place dans votre bibliothèque. C'est un livre qu'on lit d'une traite, le souffle court, avec cette sensation étrange de tourner les pages d'une vie réelle qui ressemble à un film.
« L'argent de la drogue, c'est comme l'eau de mer : plus tu en bois, plus tu as soif. Et un jour, tu te noies. » — Catayée, Le Prince de la coke