Le Goncourt 2023 : un choix unanimement salué
Le 6 novembre 2023, au restaurant Drouant à Paris, le jury du Prix Goncourt a décerné sa récompense à Jean-Baptiste Andrea pour son roman Veiller sur elle, publié aux éditions L'Iconoclaste. Un choix salué par la critique, les libraires et le public, qui couronne l'un des romans les plus ambitieux et les plus émouvants de l'année.
Le Prix Goncourt : rappel historique
Créé en 1903 par le testament d'Edmond de Goncourt, le Prix Goncourt est le prix littéraire le plus prestigieux de France. Il est décerné chaque premier mardi de novembre par un jury de dix membres (les « académiciens Goncourt ») qui se réunissent au restaurant Drouant, place Gaillon à Paris. La dotation symbolique est de 10 euros (anciennement 50 francs), mais l'impact commercial est colossal : un Goncourt se vend en moyenne à 300 000 à 500 000 exemplaires dans les semaines suivant l'annonce, et génère des millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'éditeur.
Le roman
Veiller sur elle raconte l'histoire de Mimo Vitaliani, un sculpteur surdoué né dans la pauvreté en Italie au début du XXe siècle, et de Viola Orsini, héritière d'une grande famille aristocratique. Mimo, orphelin recueilli par un tailleur de pierre, révèle un talent extraordinaire pour la sculpture. Sa rencontre avec Viola, à l'adolescence, scelle un destin commun qui traversera les bouleversements de l'Italie fasciste, la Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre.
Le roman mêle avec une maestria remarquable l'art, l'amour, le pouvoir et la beauté, sur fond de fresque historique italienne. Au cœur du récit se trouve une œuvre d'art mystérieuse, une sculpture si belle et si troublante qu'elle est murée dans un couvent de Toscane. L'écriture est somptueuse, cinématographique, portée par des personnages inoubliables. Andrea réussit le tour de force de rendre palpable le processus de création artistique — on « voit » Mimo sculpter la pierre comme si on y était.
Pourquoi ce roman a conquis le jury
- L'ampleur romanesque : Veiller sur elle est un vrai grand roman, au sens classique du terme. 580 pages qui embrassent un siècle d'histoire avec une maîtrise narrative impressionnante.
- L'écriture : Jean-Baptiste Andrea écrit avec une précision visuelle héritée de sa formation de cinéaste. Chaque scène est composée comme un plan de film.
- Les personnages : Mimo et Viola sont des personnages d'une densité rare, complexes, attachants, imparfaits — bref, vivants.
- Le sujet : la création artistique comme acte de résistance face à la barbarie politique. Un thème universel et intemporel.
L'auteur
Jean-Baptiste Andrea est un ancien réalisateur de cinéma reconverti en romancier. Né en 1971 à Aix-en-Provence, il a grandi entre la France et les États-Unis. Il a d'abord réalisé des films à Hollywood (Dead End, film d'horreur devenu culte, avec Ray Wise et Lin Shaye) avant de se consacrer entièrement à l'écriture littéraire :
- Ma Reine (2017) — Son premier roman, l'histoire d'un enfant « simple d'esprit » dans les montagnes de Provence. Déjà remarqué par la critique et lauréat de plusieurs prix.
- Cent millions d'années et un jour (2019) — Un roman sur l'obsession et la montagne.
- Des diables et des saints (2021) — L'histoire d'un enfant prodige du piano dans un orphelinat américain.
- Veiller sur elle (2023) — Prix Goncourt. Le roman de la consécration.
Andrea est un auteur discret, peu médiatique, qui préfère laisser ses livres parler pour lui. Sa reconversion du cinéma vers le roman est l'une des plus réussies de la littérature contemporaine.
L'Iconoclaste : un éditeur indépendant au sommet
C'est un événement éditorial en soi : L'Iconoclaste est un petit éditeur indépendant fondé en 2003, qui publie une vingtaine de titres par an. C'est seulement la deuxième fois de ce siècle qu'un éditeur de cette taille remporte le Goncourt (après Sabine Wespieser avec Alabama Song de Gilles Leroy en 2007). La preuve éclatante que la qualité n'est pas l'apanage des grands groupes. L'Iconoclaste, dirigé par Sophie de Closets, avait déjà fait sensation avec les livres de Mathieu Kassovitz et de Philippe Lançon (Le Lambeau, prix Femina 2018).
Les chiffres
- Ventes en première semaine : plus de 100 000 exemplaires — un démarrage foudroyant pour un éditeur indépendant.
- Ventes cumulées fin 2023 : plus de 500 000 exemplaires, avec un objectif de 700 000 pour le premier trimestre 2024.
- Droits étrangers : vendus dans 25 pays, de l'Italie aux États-Unis en passant par le Japon.
- Adaptation : des discussions sont en cours pour une adaptation cinématographique ou en série.
« Ce roman est une cathédrale. Chaque page est une pierre taillée avec un amour infini du mot juste et de l'émotion vraie. » — Le jury du Goncourt