Littérature

Les prix littéraires français : guide complet de tous les prix à connaître

Guide complet des prix littéraires français

Les prix littéraires : un écosystème unique au monde

La France est le pays qui décerne le plus de prix littéraires au monde : on en recense plus de 2 000 chaque année, des plus prestigieux (Goncourt, Renaudot) aux plus confidentiels (prix régionaux, prix de lecteurs). Certains sont de véritables institutions qui peuvent transformer la carrière d'un auteur du jour au lendemain, propulsant un romancier confidentiel au rang de best-seller national.

Ce système, unique dans le monde littéraire, est à la fois une force et une faiblesse de l'édition française. Une force parce qu'il crée une dynamique médiatique et commerciale considérable autour de la littérature. Une faiblesse parce qu'il concentre l'attention sur un petit nombre de titres pendant une courte période, au détriment de la production restante.

Le calendrier des grands prix

Les prix littéraires suivent un calendrier immuable, concentré sur l'automne. Cette concentration s'explique par le lien historique entre les prix et la rentrée littéraire d'automne :

  • Septembre : Premières sélections (Goncourt : 15 titres, Renaudot, Femina, Médicis). C'est le coup d'envoi officiel de la saison.
  • Octobre : Deuxièmes sélections (8 titres), puis finales (4 titres). Les pronostics s'affinent, la fièvre monte.
  • Début novembre : Prix Goncourt (1er lundi) et Renaudot (même jour), au restaurant Drouant. Grand Prix du Roman de l'Académie française.
  • Mi-novembre : Prix Femina, Prix Médicis, Prix Interallié.
  • Fin novembre : Goncourt des lycéens (choisi par 2 000 lycéens).
  • Décembre : Prix des Lectrices ELLE, Prix Décembre, Prix Wepler, Prix de Flore.

Le Prix Goncourt : le roi des prix

Créé en 1903 selon le testament d'Edmond de Goncourt, le Goncourt est le prix le plus prestigieux et le plus médiatisé de la littérature française. Son histoire est indissociable de celle de la littérature du XXe siècle.

  • Dotation : 10 € symboliques (oui, dix euros — ce qui en fait le prix le moins doté de France, mais le plus rentable).
  • Impact sur les ventes : 300 000 à 600 000 exemplaires en moyenne dans les semaines suivant l'annonce. Certains Goncourt dépassent le million (Les Bienveillantes de Littell, L'Anomalie de Le Tellier).
  • Jury : 10 membres de l'Académie Goncourt, cooptés à vie. Le jury se réunit au restaurant Drouant depuis 1914.
  • Dernier lauréat : Kamel Daoud pour Houris (2024).
  • Éditeur le plus primé : Gallimard (38 Goncourt), devant Grasset (12) et Albin Michel (8).
  • Record de ventes : Les Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) — plus de 1,5 million d'exemplaires en France.

Le Prix Renaudot : le frère jumeau

Décerné le même jour que le Goncourt, au même endroit (restaurant Drouant), le Renaudot a été créé en 1926 par des journalistes qui attendaient le résultat du Goncourt et ont décidé de décerner leur propre prix :

  • Créé en : 1926, par dix critiques littéraires.
  • Impact sur les ventes : 100 000 à 250 000 exemplaires.
  • Dernier lauréat : Gaël Faye pour Jacaranda (2024).
  • Particularité : Le Renaudot décerne aussi un prix de l'essai, ce qui élargit son champ d'action au-delà de la fiction.

Les autres grands prix

  • Prix Femina : Jury exclusivement féminin, créé en 1904 en réaction au Goncourt alors réservé aux hommes. Un prix qui a souvent fait preuve d'audace dans ses choix.
  • Prix Médicis : Récompense un roman « dont la notoriété ne correspond pas encore au talent de l'auteur », créé en 1958 par Gala Barbisan. C'est le prix de la découverte.
  • Prix Interallié : Décerné par un jury de journalistes depuis 1930. Souvent perçu comme le prix le plus « grand public ».
  • Prix de Flore : Le plus « rock'n'roll » des prix littéraires, accompagné d'un verre de Pouilly-Fumé offert chaque jour pendant un an au Café de Flore.
  • Goncourt des lycéens : Choisi par 2 000 lycéens encadrés par la Fnac et le Rectorat, souvent considéré comme le plus pertinent car libre de tout calcul éditorial.
  • Grand Prix du Roman de l'Académie française : Moins médiatisé que le Goncourt, mais très respecté dans le milieu littéraire.

L'impact économique des prix

Les prix littéraires représentent un enjeu économique majeur pour l'ensemble de la chaîne du livre :

  • Un Goncourt génère en moyenne 3 à 5 millions d'euros de CA pour l'éditeur.
  • Le Goncourt des lycéens est devenu le prix le plus vendeur après le Goncourt lui-même, avec des ventes moyennes de 200 000 à 400 000 exemplaires.
  • Les sélections (avant même l'attribution) boostent les ventes de 200 à 500 %.
  • Les librairies réalisent 15 à 20 % de leur CA annuel pendant la période des prix.
  • Les bénéfices d'un prix majeur permettent à l'éditeur de financer la publication de dizaines d'auteurs moins connus.

Les critiques du système

Le système des prix littéraires français n'est pas exempt de critiques :

  • La concentration sur quelques éditeurs — Gallimard, Grasset et Flammarion raflent la majorité des grands prix, au détriment des petits éditeurs.
  • Le lobbying — Les déjeuners, les envois de livres annotés, les relations personnelles entre éditeurs et jurés font partie du jeu, à la limite du conflit d'intérêts.
  • L'effet de mode — Les prix récompensent parfois un courant littéraire dominant plutôt qu'une œuvre véritablement novatrice.

« Les prix littéraires sont le carburant économique de l'édition française. Sans eux, beaucoup d'éditeurs ne pourraient pas prendre le risque de publier des auteurs plus confidentiels. » — Olivier Nora, président de Grasset