La distribution d'un livre

Écologie et édition : vers un livre éco-responsable en 2023

Écologie et édition livre éco-responsable 2023

L'édition face à son bilan carbone

L'industrie du livre a un problème écologique qu'elle ne peut plus ignorer : chaque année, environ 140 millions de livres sont détruits au pilon en France, soit près d'un livre sur quatre produit. C'est le revers du système du droit de retour, qui permet aux libraires de renvoyer les invendus aux éditeurs. En 2023, face à la prise de conscience climatique et à la hausse du prix du papier, de plus en plus d'acteurs du livre se mobilisent pour une édition plus responsable. Mais le chemin est encore long.

Le problème du pilon

Le pilon est la pratique qui consiste à détruire les livres invendus retournés par les libraires. En France, ce système existe depuis les années 1950 et constitue l'un des paradoxes les plus criants de l'industrie culturelle :

  • Chaque année, 140 à 150 millions de livres sont pilonnés — c'est-à-dire physiquement détruits.
  • Cela représente environ 20 à 25 % de la production annuelle totale.
  • Le coût économique est énorme : le pilon coûte aux éditeurs entre 0,50 et 1 € par exemplaire détruit.
  • Le coût écologique est catastrophique : des millions de tonnes de papier, d'encre et d'énergie gaspillées.

Le pilon existe parce que le modèle économique du livre repose sur la surproduction : les éditeurs impriment plus que ce qu'ils vendront, pour s'assurer que les livres sont disponibles en librairie. C'est un modèle hérité d'une époque où les données de vente étaient imprécises et où la logistique ne permettait pas les réassorts rapides.

Le bilan carbone du livre

  • 1 livre = environ 1 à 1,3 kg de CO2 (de la fabrication du papier à la mise en rayon, en passant par l'impression et le transport).
  • Papier : 80 % de l'empreinte carbone d'un livre vient de la fabrication du papier (abattage, transport du bois, transformation en pâte, blanchiment, séchage).
  • Transport : Impression en Chine, en Pologne ou en Italie = des milliers de kilomètres de transport par camion et par bateau avant d'arriver en librairie.
  • Pilon : 20 à 25 % de la production est détruite chaque année, annulant tout le carbone investi dans la fabrication.
  • Au total : l'industrie du livre en France émet environ 600 000 tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent d'une ville de 60 000 habitants.

Les initiatives vertueuses

Face à ce constat, de nombreuses initiatives émergent à tous les niveaux de la chaîne :

  • Le papier certifié FSC/PEFC — De plus en plus d'éditeurs exigent du papier issu de forêts gérées durablement. En 2023, environ 65 % des livres publiés en France utilisent du papier certifié, contre moins de 30 % il y a dix ans.
  • L'impression en France — Relocalisation de l'impression chez des imprimeurs français (CPI, Normandie Roto Impression, Corlet) pour réduire le transport et soutenir l'industrie locale.
  • L'impression à la demande (POD) — Zéro stock, zéro pilon. Le livre est imprimé uniquement quand il est commandé. C'est le modèle le plus écologique, même si le coût unitaire est plus élevé.
  • Le recyclage des invendus — Initiatives comme RecycLivre, qui collecte et revend les livres d'occasion, reversant une partie des bénéfices à des associations de lutte contre l'illettrisme. En 2023, RecycLivre a collecté plus de 5 millions de livres.
  • Les encres végétales — Remplacement progressif des encres à base de pétrole par des encres à base de soja ou de colza, moins polluantes et plus faciles à recycler.
  • La réduction des formats — Certains éditeurs repensent la taille de leurs livres pour réduire les chutes de papier lors de la coupe.

Ce que font les éditeurs

  • Actes Sud — Pionnier de l'édition verte, installé à Arles. Papier recyclé pour de nombreux titres, impression locale, format compact. La maison a publié un « manifeste pour une édition responsable » dès 2019.
  • Gallimard — A réduit ses tirages moyens de 15 % sur 5 ans pour limiter le pilon. Le groupe a également investi dans des outils de prévision des ventes basés sur les données.
  • Hachette — Programme « Green Book » lancé en 2021, avec l'objectif de réduire l'empreinte carbone du groupe de 30 % d'ici 2030. Hachette a aussi développé un outil de calcul carbone pour chaque titre publié.
  • Les petits éditeurs — Souvent les plus avancés en matière d'écologie : tirages modestes et ajustés, impression locale, formats économes en papier, distribution raisonnée.

Le numérique est-il plus vert ?

La question est moins simple qu'il n'y paraît :

  • Un ebook a un bilan carbone quasi nul à l'unité… mais la liseuse a un coût environnemental significatif : extraction de terres rares, fabrication en Asie, batteries au lithium, déchets électroniques en fin de vie.
  • Le seuil de rentabilité écologique : il faut lire plus de 30 à 50 livres par an sur liseuse pour compenser l'impact de la fabrication de l'appareil (selon les études, le chiffre varie de 30 à 100 selon les hypothèses).
  • Les serveurs de données qui hébergent les ebooks consomment aussi de l'énergie. Le cloud n'est pas immatériel.

En définitive, le format le plus écologique dépend du profil de chaque lecteur. Pour un gros lecteur (plus de 30 livres par an), la liseuse est plus verte. Pour un lecteur modéré, le livre papier d'occasion reste imbattable.

« Le livre le plus écologique est celui qu'on lit, qu'on prête, qu'on revend et qu'on ne jette jamais. Chaque livre mérite plusieurs vies. » — RecycLivre