Et la guerre est finie : Goncourt de la nouvelle 2021 — résumé et analyse

Et la guerre est finie Goncourt de la nouvelle 2021

Un prix qui met la nouvelle à l'honneur

Le prix Goncourt de la nouvelle est l'un des prix les plus prestigieux du paysage littéraire français pour la forme courte. Créé en 1974, il récompense un recueil de nouvelles ou un auteur pour l'ensemble de son œuvre dans ce genre. En 2021, le jury a distingué Et la guerre est finie, un recueil qui interroge avec une précision chirurgicale les séquelles de la guerre, les mécanismes de la mémoire et la difficulté de vivre « après ».

Dans un paysage littéraire largement dominé par le roman, ce prix a le mérite de rappeler que la nouvelle est un art à part entière — un exercice de densité, de précision et de puissance narrative que beaucoup considèrent comme plus exigeant que le roman. Là où le romancier a 300 pages pour installer ses personnages, le nouvelliste n'en a que 15 ou 20. Chaque mot compte double.

Présentation du recueil

Et la guerre est finie rassemble plusieurs nouvelles qui partagent un thème commun : les lendemains de guerre. Pas la guerre elle-même — ses bombes, ses batailles, son fracas — mais ce qui vient après. Le silence. Les ruines. Les corps qui survivent et les esprits qui restent prisonniers. Le titre, à la fois simple et ambigu, pose la question fondamentale du recueil : quand une guerre est-elle vraiment finie ? Quand les armes se taisent ? Quand les traités sont signés ? Ou quand les survivants cessent enfin d'entendre les explosions dans leur sommeil ?

Les nouvelles se déroulent dans des contextes variés — géographiquement et historiquement. Certaines évoquent les guerres du XXe siècle (la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Algérie, les conflits balkaniques), d'autres des conflits plus récents ou volontairement indéterminés. Cette diversité donne au recueil une portée universelle : quelle que soit la guerre, les blessures intérieures se ressemblent.

Les thèmes majeurs

L'après-guerre : vivre avec les fantômes

Le fil rouge du recueil est la difficulté de l'après. Les personnages ont survécu, mais ils ne sont pas intacts. Ils portent en eux des traumatismes invisibles que le monde extérieur refuse de voir. Un ancien soldat qui ne supporte plus les bruits soudains. Une femme qui attend un mari qui ne reviendra pas. Un enfant qui a grandi dans les décombres et ne connaît rien d'autre. Chaque nouvelle explore une facette de ce que la psychiatrie appelle aujourd'hui le syndrome de stress post-traumatique — mais sans jargon, à travers des histoires incarnées.

La mémoire et l'oubli

Faut-il se souvenir ou faut-il oublier ? Le recueil ne tranche pas — il montre les deux. Certains personnages s'accrochent à la mémoire comme à une bouée : se souvenir, c'est rester fidèle aux morts. D'autres choisissent l'oubli comme stratégie de survie : enfouir les images, ne plus en parler, faire comme si. Le recueil montre avec subtilité que ces deux attitudes sont des réponses légitimes à l'insoutenable — et que ni l'une ni l'autre ne guérit vraiment.

La reconstruction

Plusieurs nouvelles abordent le thème de la reconstruction — non pas des bâtiments, mais des vies. Comment reconstruit-on un quotidien quand le monde d'avant a été pulvérisé ? Comment refonde-t-on une famille, un couple, une communauté après la destruction ? Le recueil montre que la reconstruction est un processus lent, fragile et jamais achevé — une maison peut se rebâtir en quelques mois, une vie intérieure prend des décennies.

Le silence

Le silence est omniprésent dans ces nouvelles. Le silence des survivants qui ne peuvent pas parler. Le silence des familles qui ne veulent pas entendre. Le silence officiel qui recouvre les crimes. L'auteur fait du silence non pas un vide mais une matière narrative — ce qui n'est pas dit pèse autant que ce qui est écrit. Certaines des nouvelles les plus marquantes sont construites autour de ce que les personnages taisent.

L'art de la nouvelle : la force de la forme courte

Ce qui frappe dans Et la guerre est finie, c'est la densité de chaque texte. En 15 à 25 pages, chaque nouvelle installe un univers, des personnages, une tension et une résolution — souvent ouverte, souvent ambiguë. L'auteur maîtrise les outils spécifiques de la nouvelle :

  • L'attaque — Chaque nouvelle commence in medias res, sans préambule. Le lecteur est plongé immédiatement dans la situation.
  • L'ellipse — Ce qui n'est pas raconté est aussi important que ce qui l'est. Les blancs entre les scènes créent une tension que le lecteur doit combler.
  • La chute — Plusieurs nouvelles se terminent par un retournement, une image finale ou une phrase qui éclaire rétrospectivement tout le texte. La chute de la nouvelle est un art en soi — et ici, elle est maîtrisée avec brio.
  • L'économie — Pas un mot de trop. Chaque phrase est ciselée, chaque détail porte du sens. C'est de la prose de joaillier.

Notre avis critique

Les points forts :

  • Une unité thématique remarquable — le recueil se lit comme un roman fragmenté, chaque nouvelle éclairant les autres.
  • Une écriture d'une précision chirurgicale, sans effet de manche ni sentimentalisme.
  • La capacité à traiter un sujet aussi lourd que la guerre avec pudeur et intelligence, sans voyeurisme ni héroïsme facile.
  • Des personnages inoubliables malgré la brièveté des textes — preuve d'un art du portrait remarquable.
  • La diversité des registres — certaines nouvelles sont réalistes, d'autres plus oniriques, certaines tragiques, d'autres étonnamment lumineuses.

Les limites :

  • L'unité thématique peut créer une impression de répétition — les lecteurs sensibles à la thématique de la guerre sur la durée pourront trouver le recueil éprouvant.
  • Le style, volontairement dépouillé, pourra sembler froid à ceux qui recherchent une prose plus lyrique ou émotive.

Le prix Goncourt de la nouvelle : repères

Le Goncourt de la nouvelle est décerné chaque année par l'Académie Goncourt. Parmi les lauréats les plus célèbres :

  • Anna GavaldaJe voudrais que quelqu'un m'attende quelque part (1999), recueil devenu un phénomène populaire.
  • Daniel Boulanger — Récompensé à plusieurs reprises, considéré comme l'un des maîtres français de la nouvelle.
  • Sylvain TessonS'abandonner à vivre (2014), nouvelles contemplatives sur la solitude et l'ailleurs.

Le prix contribue à maintenir la nouvelle visible dans un marché éditorial français qui privilégie largement le roman. Il rappelle que la littérature ne se mesure pas au nombre de pages, mais à la puissance de chaque phrase.

Fiche pratique

  • Titre : Et la guerre est finie
  • Prix : Goncourt de la nouvelle 2021
  • Genre : recueil de nouvelles
  • Thèmes : après-guerre, mémoire, traumatisme, reconstruction, silence
  • Pour qui : amateurs de nouvelles, lecteurs de Maupassant, Tchekhov, Carver, Gavalda, Tesson ; tous ceux qui veulent découvrir la forme courte contemporaine

« Et la guerre est finie rappelle une vérité que les manuels d'histoire oublient souvent : une guerre ne se termine pas quand les armes se taisent — elle se termine quand les survivants cessent de la revivre. Ce recueil, d'une précision et d'une humanité rares, donne une voix à ceux qui portent encore les batailles en eux, bien après le silence des canons. »