Un témoignage de première ligne
Carnet de guerre du Covid-19 est un récit-témoignage écrit au cœur de la pandémie, pendant les mois les plus intenses de la crise sanitaire qui a frappé le monde à partir de mars 2020. Ce n'est ni un roman, ni un essai théorique, ni un pamphlet politique : c'est un journal de bord — un document brut, écrit au jour le jour, par quelqu'un qui a vécu la pandémie de l'intérieur.
Le titre fait écho aux carnets de guerre des soldats de 14-18 — et la comparaison n'est pas gratuite. Comme ces carnets, celui-ci raconte une bataille quotidienne contre un ennemi invisible, dans des conditions extrêmes, avec les moyens du bord. Le personnel soignant au front, les hôpitaux transformés en tranchées, les morts qu'on ne peut pas pleurer, les familles séparées. La guerre n'est pas une métaphore — pour ceux qui l'ont vécue de l'intérieur, c'est exactement ce que c'était.
Résumé du livre
Les premiers jours : l'incrédulité
Le récit commence en février-mars 2020, quand les premières nouvelles arrivent de Chine, puis d'Italie. L'auteur décrit ce que tout le monde a ressenti : l'incrédulité. « Ça ne peut pas arriver ici. » « C'est une grippe un peu forte. » « Ça va passer. » Puis les chiffres italiens explosent. Les premières images de Bergame — les camions militaires transportant les cercueils — frappent les esprits. L'annonce du confinement, le 17 mars 2020 en France, fait basculer le pays dans l'inconnu.
L'hôpital submergé
Le cœur du livre se déroule à l'hôpital. L'auteur décrit jour après jour la montée en puissance de la vague : les lits qui se remplissent, les services de réanimation saturés, les soignants épuisés qui enchaînent les gardes de 12 heures en tenue de protection intégrale — masques FFP2, blouses, lunettes, charlottes — dans une chaleur suffocante. Le manque de matériel est criant dans les premières semaines : pas assez de masques, pas assez de respirateurs, pas assez de tests.
Les scènes les plus marquantes sont les plus simples : une infirmière qui pleure dans un couloir après sa garde. Un médecin qui appelle une famille pour dire que leur père ne passera pas la nuit — par téléphone, parce que les visites sont interdites. Un patient qui meurt seul, sans personne pour lui tenir la main. Un brancardier qui dépose un corps à la morgue et retourne aussitôt prendre en charge le suivant. La mort à la chaîne, dans un pays qui croyait ne plus connaître ça.
Le confinement vu de l'intérieur
En parallèle de l'hôpital, le livre raconte le confinement tel qu'il est vécu au quotidien : les rues désertes, les applaudissements de 20 heures, les attestations de sortie, les familles entassées dans des appartements trop petits, les enfants privés d'école, les anciens privés de visites. L'auteur alterne entre son expérience de soignant et sa vie de citoyen confiné, montrant les deux faces de la même réalité.
Le livre montre aussi les fractures sociales que le confinement a révélées : ceux qui télétravaillent confortablement dans leur maison de campagne et ceux qui vivent à cinq dans un T2 sans balcon. Les « premiers de corvée » — caissières, livreurs, éboueurs — qui continuent à travailler pendant que d'autres découvrent Netflix et le pain maison. La pandémie n'a pas touché tout le monde de la même manière, et le livre le rappelle avec lucidité.
Le déconfinement et l'après
La dernière partie du récit aborde le déconfinement et les premiers pas vers un « retour à la normale » qui n'en est pas un. La deuxième vague de l'automne 2020, la fatigue accumulée des soignants, les débats sur les vaccins, la défiance envers les autorités. L'auteur refuse le happy end : la crise n'est pas finie quand le livre se termine. Elle laisse des traces profondes — dans les corps (le Covid long), dans les esprits (le traumatisme des soignants), dans la société (la perte de confiance).
Les thèmes majeurs
L'héroïsme ordinaire des soignants
Le livre refuse le discours des « héros en blouse blanche » — non par modestie, mais parce que l'héroïsation est un piège. Les soignants ne veulent pas être des héros : ils veulent des moyens. Des lits, des masques, des effectifs, des salaires décents. Le récit montre que le courage des soignants n'est pas un choix romantique — c'est une nécessité imposée par un système de santé chroniquement sous-financé. L'héroïsme est la béquille d'un système qui ne fonctionne plus.
La mort industrialisée
L'une des dimensions les plus éprouvantes du livre est la description de la mort de masse. Pas la mort spectaculaire des films catastrophe — une mort administrative, logistique, sérielle. Les corps stockés dans des morgues improvisées, les familles qui ne peuvent pas voir leurs morts, les enterrements à six personnes maximum. Le livre montre que la pandémie n'a pas seulement tué des gens — elle a dénaturé la mort elle-même, en la privant de ses rituels et de sa dignité.
La science en temps réel
Le récit documente un phénomène inédit : la science en direct. En 2020, pour la première fois, le grand public a suivi en temps réel les tâtonnements de la recherche : les publications préliminaires, les essais cliniques, les polémiques (hydroxychloroquine, origine du virus), les corrections, les avancées. Le livre montre que ce spectacle a été à la fois fascinant et destructeur — fascinant parce qu'il a montré la science telle qu'elle est réellement (incertaine, progressive, auto-correctrice), destructeur parce que le public n'était pas préparé à cette incertitude et l'a confondue avec de l'incompétence.
Le monde d'après qui n'est pas venu
Pendant le confinement, on a beaucoup parlé du « monde d'après » — un monde plus sobre, plus solidaire, plus attentif aux travailleurs essentiels. Le livre, avec le recul, dresse un constat amer : le « monde d'après » ressemble furieusement au monde d'avant. Les applaudissements de 20 heures se sont tus, les salaires des soignants ont été modestement revalorisés puis oubliés, les hôpitaux restent sous-dotés. La pandémie n'a pas changé le système — elle l'a révélé.
Notre avis critique
Les points forts :
- L'immédiateté du récit — écrit au jour le jour, il a la force d'un document pris sur le vif, sans le filtre de la réécriture rétrospective.
- La justesse du ton — ni héroïque ni victimaire, le livre trouve un équilibre rare entre émotion et lucidité.
- Les scènes à l'hôpital, d'une précision et d'une humanité qui rappellent les meilleurs reportages de guerre.
- Le refus du manichéisme : les erreurs politiques sont pointées sans simplification, la complexité de la gestion de crise est respectée.
- La valeur documentaire — le livre est un témoignage précieux pour les historiens et les chercheurs qui étudieront cette période.
Les limites :
- Le format journal peut créer une impression de répétition — les jours se ressemblent, surtout pendant le confinement.
- Certains lecteurs pourront éprouver une lassitude face à un sujet qu'ils ont eux-mêmes vécu et qu'ils préfèrent oublier.
- Le point de vue, centré sur l'hôpital, laisse dans l'ombre d'autres réalités (EHPAD, école, monde du travail, pays du Sud).
Pourquoi lire ce livre maintenant ?
Quelques années après la pandémie, la tentation est forte d'oublier. On veut tourner la page, passer à autre chose. Mais oublier serait une erreur — non par masochisme, mais parce que les leçons de la crise n'ont pas été tirées. Les hôpitaux restent sous-financés, les stocks stratégiques n'ont pas été reconstitués partout, les plans pandémiques sont remisés dans des tiroirs.
Ce livre est un rappel nécessaire. Il dit : voilà ce qui s'est passé. Voilà ce que ça a coûté — en vies, en souffrance, en confiance. Et voilà pourquoi il ne faut pas attendre la prochaine pandémie pour s'y préparer.
« Carnet de guerre du Covid-19 est le livre que nous ne voulons pas lire — et c'est précisément pour cela qu'il faut le lire. Parce que la mémoire collective est courte, parce que les applaudissements de 20 heures se sont tus, et parce que les héros en blouse blanche attendent toujours qu'on tienne les promesses qu'on leur a faites depuis un balcon. »