Metropolis de Ben Wilson : critique littéraire, résumé et analyse

Metropolis Ben Wilson critique littéraire histoire villes

7 000 ans d'histoire humaine racontés par ses villes

Metropolis de l'historien britannique Ben Wilson est un livre ambitieux — peut-être le livre le plus ambitieux qu'on puisse écrire sur les villes. Son pari : raconter l'histoire de la civilisation humaine à travers l'histoire de ses métropoles, des premières cités de Mésopotamie aux mégapoles du XXIe siècle. 7 000 ans, des dizaines de villes, des centaines de personnages — et un fil rouge : la ville est le plus grand projet collectif jamais entrepris par l'humanité.

Publié en 2020 en anglais et traduit en français, Metropolis a été salué par la presse internationale. Ce n'est pas un manuel d'urbanisme ni un livre de géographie : c'est un récit épique, vivant, peuplé d'anecdotes fascinantes, qui transforme l'histoire des villes en aventure humaine.

Résumé du livre

Le livre est structuré chronologiquement, chaque chapitre étant consacré à une ville et à une époque qui illustrent un tournant majeur de l'urbanisation.

Uruk (3 500 av. J.-C.) — La première ville

Tout commence en Mésopotamie, dans l'actuel Irak. Uruk, avec ses 40 000 habitants, est la première véritable ville de l'histoire — le lieu où l'humanité invente simultanément l'écriture, la bureaucratie, le commerce et la spécialisation du travail. Wilson montre que la ville n'est pas un accident : c'est une nécessité née de l'agriculture et de la densité humaine. Vivre ensemble oblige à inventer des règles, des institutions, un langage commun.

Athènes (Ve siècle av. J.-C.) — La ville qui pense

Athènes est la ville qui transforme la densité urbaine en intelligence collective. L'agora, le théâtre, l'Assemblée : ces espaces publics inventent la démocratie, la philosophie et le débat. Wilson rappelle qu'Athènes n'est pas un paradis — c'est une société esclavagiste et patriarcale. Mais l'idée que les citoyens puissent se gouverner eux-mêmes naît dans ses rues et n'a jamais cessé de nous hanter.

Rome (Ier siècle) — La ville-machine

Rome au temps d'Auguste est la première mégapole — un million d'habitants, un réseau d'aqueducs, d'égouts, de routes, de marchés et de spectacles. Wilson s'intéresse à la logistique : comment nourrir un million de personnes ? Comment gérer les ordures, l'eau, le trafic ? Rome invente l'infrastructure urbaine et pose les questions que toutes les grandes villes se posent encore.

Bagdad (VIIIe-IXe siècle) — La ville du savoir

Bagdad sous les Abbassides est le centre intellectuel du monde. La Maison de la Sagesse traduit les textes grecs, persans et indiens. L'algèbre, l'astronomie, la médecine y progressent à une vitesse fulgurante. Wilson en fait un plaidoyer pour le cosmopolitisme urbain : la ville fonctionne mieux quand elle est ouverte, quand elle accueille les étrangers et les idées venues d'ailleurs.

Lübeck et la Hanse (XIIIe-XVe siècle) — La ville marchande

Les villes hanséatiques du nord de l'Europe inventent le capitalisme urbain. Le commerce maritime, les guildes, le crédit, l'assurance : toutes ces innovations naissent dans des villes de taille modeste mais d'ambition mondiale. Wilson montre que la richesse des villes ne vient pas de leur taille mais de leur connectivité — leur capacité à se relier au monde.

Amsterdam (XVIIe siècle) — La ville libre

Amsterdam au Siècle d'or est la ville de la tolérance — religieuse, intellectuelle, commerciale. Les juifs chassés d'Espagne, les huguenots français, les penseurs interdits ailleurs trouvent refuge dans ses canaux. Wilson en tire une leçon : les villes les plus prospères sont celles qui accueillent ceux que les autres rejettent. La diversité n'est pas un problème à gérer — c'est un avantage compétitif.

Londres (XIXe siècle) — La ville industrielle

Londres victorienne est le monstre urbain par excellence. La révolution industrielle y concentre des millions d'ouvriers dans des conditions épouvantables — smog, taudis, épidémies, travail des enfants. Mais c'est aussi à Londres que naissent les réponses : les premiers réseaux d'égouts modernes, le métro, les parcs publics, les lois sociales. Wilson montre que la ville est à la fois le problème et la solution.

New York (XXe siècle) — La ville verticale

New York est la ville qui repousse les limites — vers le haut (les gratte-ciel), vers le bas (le métro), vers l'avant (la finance, la culture, l'immigration). Wilson raconte l'invention du skyline, l'arrivée des immigrants à Ellis Island, la naissance du jazz à Harlem, l'explosion de l'art contemporain. New York incarne le rêve urbain dans sa version la plus grandiose — et la plus inégalitaire.

Lagos (XXIe siècle) — La ville du futur

Le livre se termine sur Lagos, au Nigeria — une mégapole de plus de 20 millions d'habitants qui croît à une vitesse vertigineuse, sans plan d'urbanisme, sans infrastructure suffisante, dans un chaos apparent qui est en réalité une forme d'auto-organisation. Wilson refuse le regard condescendant : Lagos n'est pas un échec urbain, c'est le laboratoire du futur. La majorité de l'humanité vivra bientôt dans des villes comme Lagos — et c'est là que se joue l'avenir de l'urbanisation mondiale.

Les thèmes majeurs

La ville comme moteur de civilisation

La thèse centrale de Wilson est que la ville n'est pas un simple lieu de résidence — c'est le moteur de l'histoire humaine. L'écriture, la démocratie, le capitalisme, la science, l'art : toutes ces innovations sont nées en ville, de la friction créative produite par la densité humaine. Sans villes, pas de civilisation.

La densité comme force créative

Quand les humains vivent proches les uns des autres, ils échangent des idées, se copient, se contredisent, innovent. Wilson reprend les travaux de l'urbaniste Jane Jacobs : la densité urbaine produit une « pollinisation croisée » des savoirs qui n'existe nulle part ailleurs. Les villes les plus créatives sont les plus denses — pas les plus étalées.

L'ambivalence de la ville

Wilson ne fait pas l'apologie naïve de la ville. Chaque chapitre montre aussi la face sombre : l'exploitation, la pollution, les épidémies, les inégalités, la solitude. La ville est le meilleur et le pire de l'humanité concentrés au même endroit. C'est cette ambivalence qui la rend fascinante — et dangereuse.

Notre avis critique

Les points forts :

  • Un souffle narratif remarquable — Wilson écrit l'histoire comme un roman, avec des personnages, des rebondissements et des détails vivants.
  • La diversité géographique — d'Uruk à Lagos, le livre évite l'eurocentrisme et donne leur place aux villes arabes, africaines et asiatiques.
  • L'érudition portée avec légèreté — chaque chapitre est dense en informations mais se lit avec plaisir.
  • La pertinence contemporaine — le livre éclaire les débats actuels sur l'urbanisation, la densité, le télétravail et l'avenir des mégapoles.

Les limites :

  • Le format « une ville par chapitre » est nécessairement réducteur — chaque ville mériterait un livre entier, et certains choix (Lübeck plutôt que Florence, Lagos plutôt que Tokyo) sont discutables.
  • Les villes chinoises et indiennes sont sous-représentées par rapport à leur importance historique.
  • La longueur du livre (500+ pages) peut décourager les lecteurs non passionnés d'histoire.

Fiche pratique

  • Titre : Metropolis — A History of the City, Humankind's Greatest Invention
  • Auteur : Ben Wilson
  • Éditeur : Jonathan Cape (2020), traduit en français
  • Pages : environ 500 pages
  • Genre : essai historique, histoire urbaine
  • Thèmes : histoire des villes, urbanisation, civilisation, densité, innovation, commerce, démocratie
  • Pour qui : lecteurs de Yuval Noah Harari (Sapiens), Jared Diamond (Effondrement), Peter Frankopan (Les Routes de la soie), Jane Jacobs ; passionnés d'histoire, d'urbanisme et de géographie

« Metropolis est l'histoire de l'humanité racontée par le lieu où elle a choisi de vivre. Ben Wilson montre que la ville n'est pas un décor — c'est le personnage principal de notre espèce. Des ziggurats d'Uruk aux embouteillages de Lagos, le constat est le même : quand les humains se rassemblent, le meilleur et le pire adviennent — et c'est ce mélange qui fait avancer le monde. »