Un livre qui prouve que le crime ne paie pas — surtout quand on est bête
Les criminels les plus con de l'histoire est un ouvrage d'Alain Bauer et Christophe Soullez, publié aux éditions Albin Michel. Ce livre, devenu un classique de l'humour documentaire, rassemble des dizaines d'affaires criminelles authentiques dont le point commun est la bêtise spectaculaire de leurs auteurs. Loin des thrillers sophistiqués et des cerveaux du crime, ce recueil nous plonge dans le monde grotesque des malfaiteurs qui auraient mieux fait de rester chez eux.
Alain Bauer, criminologue reconnu, ancien président du Conseil national des activités privées de sécurité, et Christophe Soullez, chef du département de l'Observatoire national de la délinquance, apportent à ce sujet léger une caution d'expertise qui rend le livre aussi instructif qu'amusant. Derrière l'humour, c'est une véritable sociologie de l'échec criminel qui se dessine.
Les histoires les plus marquantes
Le cambrioleur qui laisse son CV
L'une des anecdotes les plus célèbres du livre concerne un cambrioleur qui s'introduit dans une maison et, en fouillant les tiroirs à la recherche d'objets de valeur, trouve un stylo et du papier. Il décide de rédiger une liste de courses. Problème : il écrit au dos d'un document contenant son nom, son adresse et son numéro de sécurité sociale. La police n'a eu qu'à se rendre chez lui pour l'arrêter.
Le braqueur qui demande un reçu
Bauer et Soullez racontent le cas d'un braqueur de banque qui, après avoir récupéré l'argent, demande un reçu à la caissière — « pour ma comptabilité ». La caissière, stupéfaite, lui tend un bordereau sur lequel il inscrit consciencieusement ses coordonnées. Arrestation dans l'heure.
L'évadé qui rentre en prison tout seul
Un détenu s'évade d'une prison à sécurité minimale. Après deux jours de liberté sous la pluie, affamé et frigorifié, il se présente à l'accueil de la prison voisine en demandant à être hébergé. Les gardiens, d'abord incrédules, vérifient son identité et le réintègrent dans le système pénitentiaire — avec un bonus de condamnation pour évasion.
Le faussaire qui photocopie des billets
Parmi les classiques du genre : le faussaire qui tente de fabriquer de faux billets de 50 euros en les photocopiant sur une imprimante de bureau — en noir et blanc. Il se fait arrêter en tentant de payer ses courses au supermarché avec des billets monochromes au format A4 qu'il avait découpés aux ciseaux.
Ce que le livre nous apprend sur la criminalité
Au-delà de l'humour, Les criminels les plus con de l'histoire met en lumière plusieurs réalités du monde criminel :
- La criminalité ordinaire est rarement sophistiquée : contrairement aux séries télévisées qui montrent des criminels méthodiques et brillants, la grande majorité des délits sont commis par des individus peu préparés, agissant impulsivement et sans plan de repli.
- La technologie piège les criminels : caméras de surveillance, ADN, géolocalisation des téléphones portables — les outils modernes rendent l'anonymat criminel presque impossible. Beaucoup d'histoires du livre impliquent des malfaiteurs qui oublient que leur téléphone les géolocalise ou que la caméra du distributeur les filme.
- La vanité est l'ennemi du criminel : un nombre surprenant de malfaiteurs se font arrêter parce qu'ils se sont vantés de leurs exploits sur les réseaux sociaux, auprès de leurs amis ou même auprès d'inconnus dans un bar.
- L'alcool et les drogues sont des facteurs aggravants : une proportion significative des histoires implique des auteurs sous l'emprise de substances qui altèrent leur jugement — déjà limité — au point de les rendre parfaitement ridicules.
Les auteurs
Alain Bauer est l'un des criminologues les plus connus de France. Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), consultant auprès de gouvernements et d'organisations internationales, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la sécurité et la criminalité. Son expertise académique donne au livre une crédibilité que le sujet seul ne pourrait pas garantir.
Christophe Soullez, historien de formation, a dirigé le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Spécialiste de la statistique criminelle, il apporte la rigueur méthodologique nécessaire pour distinguer les histoires authentiques des légendes urbaines.
Notre avis
Les criminels les plus con de l'histoire est un page-turner inattendu. On l'ouvre pour rire, on le referme en ayant appris des choses. La force du livre tient dans la sélection des anecdotes — toutes vérifiées et sourcées — et dans le ton des auteurs, qui parviennent à être drôles sans jamais être complaisants. C'est un excellent cadeau pour les amateurs d'humour, de faits divers et de bêtise humaine, et un rappel salutaire que le crime, décidément, ne paie pas — surtout quand on n'est pas très malin.
« Ce livre est une leçon de criminologie inversée : il montre que la réalité du crime est souvent plus absurde que n'importe quelle fiction. » — Le Point