Littérature

Prix Apollinaire 2020 : Petit éloge de la lumière naturelle de Maud Thiria

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Le prix Apollinaire : la plus ancienne récompense de poésie en France

Créé en 1941 en hommage à Guillaume Apollinaire, le prix Apollinaire est l'un des plus prestigieux prix de poésie en France. Décerné chaque année, il couronne un recueil de poésie publié dans l'année. Son palmarès est impressionnant : Louis Aragon, Pierre Emmanuel, Eugène Guillevic, André du Bouchet, Jacques Roubaud, Yves Bonnefoy et bien d'autres y figurent. Le prix est attribué par un jury de poètes et de critiques, et remis traditionnellement au Café de Flore, à Paris.

En 2020, le prix Apollinaire a été décerné à Maud Thiria pour son recueil Petit éloge de la lumière naturelle — un titre qui est déjà, en soi, un programme poétique.

Résumé et parcours du recueil

Une poésie de l'attention au monde

Petit éloge de la lumière naturelle n'est pas un recueil narratif — il ne raconte pas une histoire. C'est une suite de poèmes qui explorent un même motif : la lumière. La lumière du matin sur un mur blanc, la lumière d'automne qui traverse les feuilles, la lumière rasante du soir sur un paysage, la lumière grise des jours de pluie. Maud Thiria pose un regard attentif sur ce que nous ne regardons plus — et le transforme en poésie.

Le recueil s'organise autour de moments lumineux : des instants où la lumière change, se déplace, révèle ou cache quelque chose. Ce ne sont pas des paysages grandioses — ce sont des scènes du quotidien : une fenêtre, un jardin, une rue, un intérieur de maison. La lumière naturelle, par opposition à l'artificielle, est celle qui vient du dehors sans qu'on la commande — elle est gratuite, imprévisible, éphémère.

La lumière comme révélateur

Chez Thiria, la lumière ne se contente pas d'éclairer — elle révèle. Elle rend visible ce qui était là mais que l'on ne voyait pas. Un détail sur un visage, une fissure dans un mur, la texture d'un tissu, la poussière en suspension. La lumière est un instrument de connaissance — et la poésie est l'art de dire ce que la lumière montre.

Ce geste poétique rappelle les peintres impressionnistes — Monet, Renoir, Pissarro — qui peignaient non pas les objets mais la lumière sur les objets. Thiria fait de même avec les mots : elle ne décrit pas les choses, elle décrit ce que la lumière fait aux choses.

Le « petit éloge » : modestie et puissance

Le titre annonce un « petit » éloge — pas un traité, pas un manifeste, pas un grand poème cosmique. Cette modestie est un choix poétique : il s'agit de célébrer les petites choses, les moments fugaces, les beautés mineures. Le recueil s'inscrit dans une tradition de poésie du minuscule — celle de Francis Ponge (Le Parti pris des choses), de Philippe Jaccottet ou de haïkus japonais qui captent un instant de perception en trois vers.

Mais « petit » ne veut pas dire « faible ». Derrière la modestie du geste, il y a une ambition profonde : montrer que le bonheur, la beauté et le sens se trouvent dans l'attention portée au réel — pas dans la quête de l'extraordinaire. C'est un art de vivre autant qu'un art d'écrire.

Les thèmes centraux

La lumière et le temps

La lumière naturelle est par essence changeante. Elle n'est jamais la même deux fois. Le recueil est donc aussi une méditation sur le temps qui passe — chaque poème capture un instant lumineux qui ne reviendra pas. La poésie devient un moyen de fixer l'éphémère, comme la photographie fige un rayon de soleil.

Le regard comme acte poétique

Thiria rappelle que voir n'est pas regarder. Nous traversons le monde les yeux ouverts mais le regard éteint. La poésie consiste à rallumer le regard — à voir vraiment ce qui est devant nous. Le recueil est une invitation à la présence, à l'attention, à la contemplation — des valeurs devenues presque subversives dans un monde de vitesse et de distraction.

La beauté du quotidien

Pas de paysages sublimes, pas de couchers de soleil sur l'océan. La lumière de Thiria tombe sur un évier de cuisine, sur un trottoir mouillé, sur un rideau qui bouge. C'est une poésie qui refuse l'exotisme et le grandiose pour trouver la beauté là où elle est vraiment — dans le banal transfiguré par l'attention.

Notre avis critique

Les points forts :

  • Une écriture précise et lumineuse — chaque mot semble choisi pour sa transparence, comme un verre qui laisse passer la lumière.
  • Un sujet universel traité avec une fraîcheur et une originalité remarquables — la lumière est partout, mais personne ne la regarde comme Thiria.
  • La cohérence du recueil — les poèmes se répondent, se complètent, forment un ensemble organique et non une simple collection.
  • Une poésie accessible sans être simpliste — on peut entrer dans ces poèmes sans bagages théoriques et y trouver immédiatement de la beauté.
  • Le prix Apollinaire confirme la reconnaissance du monde littéraire pour une voix poétique singulière et nécessaire.

Les limites :

  • Le registre contemplatif peut sembler monotone aux lecteurs qui attendent de la poésie plus narrative ou plus engagée.
  • L'unité thématique (la lumière, toujours la lumière) peut donner une impression de répétition sur la longueur du recueil.
  • Certains poèmes, dans leur recherche de minimalisme, frôlent le dépouillement excessif — on aimerait parfois que le poème dure un peu plus longtemps.

Le prix Apollinaire : historique et lauréats récents

Pour situer ce prix dans le paysage poétique français :

  • 2018 : Cédric Le Penven, Faune
  • 2019 : Clara Regy, Dénuement
  • 2020 : Maud Thiria, Petit éloge de la lumière naturelle
  • 2021 : Seyhmus Dagtekin, Le Grain du ciel
  • 2022 : Cécile Coulon, Les Ronces

Le prix Apollinaire, avec le prix Max Jacob et le Grand Prix de poésie de l'Académie française, constitue l'un des trois prix majeurs de la poésie française.

Fiche pratique

  • Titre : Petit éloge de la lumière naturelle
  • Auteure : Maud Thiria
  • Genre : recueil de poésie
  • Prix : Prix Apollinaire 2020
  • Thèmes : lumière, regard, quotidien, temps, attention, beauté du réel
  • Pour qui : lecteurs de Philippe Jaccottet, Francis Ponge, Eugène Guillevic, Cécile Coulon (Les Ronces), Christian Bobin, amateurs de haïkus

« Petit éloge de la lumière naturelle est un recueil qui fait ce que la lumière fait : il rend visible. Il nous rappelle que la beauté n'est pas rare ni lointaine — elle est là, dans le rayon de soleil sur la table de la cuisine, dans la lumière grise d'un matin de novembre, dans l'ombre d'un arbre sur un mur blanc. Il suffit de regarder. Et c'est peut-être le plus beau compliment qu'on puisse faire à un poème : après l'avoir lu, on regarde le monde autrement. »