L'écriture d'un livre

Syndrome de la page blanche : 12 solutions pour surmonter le blocage

Syndrome de la page blanche 12 solutions

Le blocage de l'écrivain : un passage (presque) obligé

Le syndrome de la page blanche (ou « writer's block » en anglais) touche tous les auteurs sans exception, des débutants qui s'attaquent à leur premier manuscrit aux Prix Nobel consacrés. Stephen King l'a affronté pendant des années après son accident de voiture. Victor Hugo a bloqué pendant des mois sur Les Misérables. Virginia Woolf a décrit dans son journal les journées entières passées à fixer une feuille vide. Gustave Flaubert écrivait à Louise Colet : « J'ai passé la journée à mettre une virgule et je l'ai enlevée le soir. »

La bonne nouvelle ? Le syndrome de la page blanche n'est ni une fatalité ni un signe que vous n'êtes pas fait pour écrire. C'est un phénomène normal, étudié par les psychologues et les neuroscientifiques, et il existe des solutions concrètes et éprouvées pour le surmonter. Voici un guide complet, des causes profondes aux remèdes immédiats.

Comprendre le blocage : pourquoi ça bloque ?

Avant de chercher des solutions, il faut identifier la cause. Le syndrome de la page blanche n'a pas une seule origine : il en a au moins cinq, souvent combinées.

  • Le perfectionnisme — C'est la cause n°1. Vous voulez que chaque phrase soit parfaite dès le premier jet. Vous relisez, corrigez, supprimez, recommencez. Le perfectionnisme est l'ennemi mortel de la créativité, car il active le cortex préfrontal (la partie « critique » du cerveau) au moment exact où il faudrait laisser libre cours au cortex créatif. Résultat : paralysie.
  • La peur du jugement — Que vont penser les lecteurs, les critiques, votre éditeur, votre famille, vos amis ? Cette anxiété sociale peut être tellement inhibante qu'elle empêche tout début d'écriture. La peur du jugement est souvent liée au syndrome de l'imposteur : la conviction secrète que vous n'êtes pas un « vrai » écrivain et que tout le monde finira par le découvrir.
  • L'épuisement créatif — Vous avez vidé votre réservoir d'idées, d'images et d'émotions. Cela arrive souvent après un premier roman intense, après un deuil ou après une période de surmenage. Le cerveau créatif a besoin d'être nourri : lecture, voyages, conversations, expériences nouvelles. Sans ce carburant, la source se tarit.
  • Un problème de structure — Votre intrigue est dans une impasse et votre inconscient le sait avant votre conscience. Le blocage est parfois un signal d'alarme : il vous dit que quelque chose ne fonctionne pas dans votre plan, dans votre personnage principal ou dans la direction de votre récit. Écouter ce signal, au lieu de le combattre, peut être la clé.
  • La vie réelle — Stress professionnel, problèmes de couple, difficultés financières, maladie, deuil : les événements de la vie perturbent la créativité. Ce n'est pas un échec, c'est la condition humaine. Parfois, la page blanche est simplement le signe qu'il faut prendre soin de soi avant de pouvoir prendre soin de ses personnages.

Les 12 solutions concrètes

Solutions immédiates (pour débloquer maintenant)

  1. Écrivez n'importe quoi pendant 10 minutes — C'est la technique de l'« écriture libre » (freewriting), popularisée par Peter Elbow et Natalie Goldberg. Le principe : ne levez pas le stylo pendant 10 minutes, même pour écrire « je ne sais pas quoi écrire, c'est nul, je n'y arriverai jamais ». L'objectif n'est pas de produire un texte de qualité, mais de casser le barrage intérieur. Après 10 minutes de flot ininterrompu, le cerveau créatif se remet souvent en marche.
  2. Changez de scène — Bloqué au chapitre 7 ? Sautez au chapitre 12. Bloqué sur un dialogue ? Écrivez la scène d'action qui vous excite, plus loin dans le récit. Le roman n'a pas besoin d'être écrit dans l'ordre. Vous reviendrez au passage difficile plus tard, avec l'élan créatif retrouvé.
  3. Écrivez la pire version possible — Donnez-vous explicitement la permission d'écrire mal. Aussi mal que possible. C'est la méthode du « vomit draft » (premier jet émétique) chère à Anne Lamott dans son livre Bird by Bird. Le premier jet n'a pas besoin d'être bon : il a besoin d'exister. Vous corrigerez plus tard.
  4. Changez d'outil ou de lieu — Passez du clavier au stylo, ou inversement. Changez de pièce. Allez écrire au café, à la bibliothèque, dans un parc. Le simple fait de modifier votre environnement physique peut suffire à débloquer le flux créatif. Certains auteurs écrivent à la main pour les passages les plus intimes et au clavier pour l'action.

Solutions structurelles (pour les blocages profonds)

  1. Revenez à votre plan — Si vous n'avez pas de plan, faites-en un, même sommaire. Le blocage est souvent un problème de direction : vous ne savez pas où va votre histoire. Un plan — même une simple liste de scènes — vous donne une boussole. Si vous avez un plan et que vous bloquez quand même, c'est peut-être que le plan doit être modifié.
  2. Interrogez vos personnages — Technique surprenante mais redoutablement efficace : écrivez un dialogue entre vous et votre personnage principal. Demandez-lui ce qu'il veut vraiment, ce qu'il craint, ce qu'il cache. Laissez-le répondre librement. Vous serez surpris de ce que votre inconscient met dans la bouche de vos personnages quand vous lui lâchez la bride.
  3. Posez-vous la question « Et si ? » — Et si mon personnage faisait exactement l'inverse de ce que j'avais prévu ? Et si le méchant avait raison ? Et si l'histoire se passait 10 ans plus tard ? La question « et si ? » est le moteur de toute fiction. Elle ouvre des portes que vous n'aviez pas envisagées.
  4. Relisez vos passages préférés — Pas pour vous comparer (ce serait contre-productif), mais pour retrouver le plaisir de la belle écriture. Relisez un chapitre d'un auteur que vous adorez. Laissez la beauté du texte vous contaminer. L'envie d'écrire revient souvent après avoir lu quelque chose qui vous a ému.

Solutions de fond (pour prévenir les blocages futurs)

  1. Écrivez tous les jours, à heure fixe — La régularité est le meilleur rempart contre le blocage. 500 mots par jour, même les mauvais jours, même quand vous n'avez pas envie. En 6 mois, vous avez un roman de 90 000 mots. Stephen King écrit 2 000 mots par jour, 365 jours par an. La discipline crée l'habitude, et l'habitude crée le flux.
  2. Lisez beaucoup et dans tous les genres — La lecture est le carburant de l'écriture. Un auteur qui ne lit pas se tarit aussi sûrement qu'un puits non alimenté. Lisez dans votre genre, mais aussi en dehors : poésie, essais, BD, philosophie, articles scientifiques. Chaque lecture nourrit votre imaginaire et votre style.
  3. Marchez — La marche est le meilleur ami de l'écrivain. Des études en neurosciences ont montré que la marche augmente la créativité de 60 % (Stanford, 2014). Nietzsche, Dickens, Virginia Woolf, Rimbaud, Rousseau marchaient des heures chaque jour. Marchez sans téléphone, sans podcast, sans musique. Laissez votre esprit vagabonder.
  4. Dormez suffisamment — Le sommeil consolide la mémoire, organise les idées et stimule la créativité. Les phases de sommeil paradoxal (rêves) sont particulièrement propices à la résolution de problèmes créatifs. De nombreux auteurs témoignent que leurs meilleures idées surviennent au réveil, dans l'état de semi-conscience entre le rêve et la veille. Gardez un carnet sur votre table de nuit.

Ce que disent les grands auteurs

  • Stephen King : « Quand je bloque, je me mets à lire. La lecture est la porte de secours de l'écriture. »
  • Toni Morrison : « Si vous avez un livre en vous, il sortira. Peut-être pas aujourd'hui, peut-être pas demain, mais il sortira. »
  • Neil Gaiman : « L'inspiration est pour les amateurs. Les professionnels s'asseyent et travaillent. »

« Le secret de l'écriture, c'est de s'asseoir et d'écrire. Le secret pour surmonter la page blanche, c'est de ne pas se lever. Restez assis, et écrivez mal. Vous corrigerez demain. » — William Faulkner