L'écriture d'un livre

Se lancer dans l'édition à compte d'auteur : le guide complet pour les nouveaux auteurs

Se lancer dans l'édition à compte d'auteur

L'édition à compte d'auteur : un modèle qui s'est professionnalisé

Pendant longtemps, l'édition à compte d'auteur a souffert d'une réputation sulfureuse. Assimilée à la « vanity press » — ces officines qui imprimaient n'importe quoi contre un chèque —, elle était méprisée par le monde littéraire et évitée par les auteurs sérieux. Mais en 2022, le paysage a radicalement changé.

L'édition à compte d'auteur — ou édition participative, comme on l'appelle de plus en plus — s'est professionnalisée. Les maisons sérieuses du secteur proposent un véritable accompagnement éditorial comparable à celui de l'édition traditionnelle : comité de lecture, correction, mise en page, couverture professionnelle, impression de qualité et diffusion en librairie. La différence ? L'auteur participe financièrement au projet, ce qui permet à ces maisons de publier des textes que l'édition traditionnelle — contrainte par sa logique de rentabilité — ne peut pas absorber.

Comment fonctionne l'édition participative ?

Le processus se déroule généralement en plusieurs étapes :

  1. Soumission du manuscrit — L'auteur envoie son texte à la maison d'édition, le plus souvent via un formulaire en ligne. Contrairement à ce que l'on croit, les maisons sérieuses ne publient pas tout : un comité de lecture évalue le manuscrit et peut le refuser s'il ne correspond pas à la ligne éditoriale ou s'il présente des faiblesses rédhibitoires.
  2. Proposition éditoriale — Si le manuscrit est retenu, la maison propose un contrat détaillant les prestations incluses et la participation financière demandée. Ce devis doit être transparent : chaque poste de dépense (correction, mise en page, couverture, impression, diffusion) doit être clairement identifié.
  3. Travail éditorial — Un directeur littéraire ou un correcteur professionnel travaille sur le texte : correction orthographique, typographique et parfois stylistique. L'auteur valide chaque étape. La couverture est conçue par un graphiste professionnel, en concertation avec l'auteur.
  4. Impression et diffusion — Le livre est imprimé (en tirage initial ou en impression à la demande) et référencé dans les bases de données professionnelles. Les maisons les plus sérieuses assurent une diffusion chez Dilicom, ce qui signifie que tout libraire en France peut commander le livre.
  5. Promotion — Selon les formules, la maison peut proposer des services de promotion : envoi de services de presse, présence en salon, campagne sur les réseaux sociaux. Mais l'auteur reste le premier ambassadeur de son livre.

Pour qui est-ce adapté ?

L'édition participative n'est pas faite pour tout le monde — et c'est tant mieux. Elle correspond à des profils et des projets spécifiques :

  • Les primo-romanciers — Un premier roman a statistiquement moins de 1 % de chances d'être accepté par une grande maison. L'édition participative offre une voie d'accès au marché pour des textes de qualité qui n'ont pas trouvé leur place dans le circuit traditionnel.
  • Les projets de niche — Mémoires, témoignages, récits de voyage, poésie, essais spécialisés : ces genres sont souvent boudés par l'édition traditionnelle, qui les juge insuffisamment rentables. L'édition participative leur donne une existence.
  • Les auteurs qui veulent un accompagnement — Contrairement à l'auto-édition, où l'auteur fait tout seul, l'édition participative offre un cadre professionnel : correction, mise en page, couverture, diffusion. Pour les auteurs qui ne maîtrisent pas ces compétences, c'est un avantage décisif.
  • Les auteurs pressés — Les délais sont beaucoup plus courts qu'en édition traditionnelle : 3 à 6 mois entre la signature et la publication, contre 12 à 24 mois dans le circuit classique.

Les maisons d'édition participative reconnues

Le marché français compte plusieurs maisons d'édition participative qui se sont imposées par la qualité de leur travail et la satisfaction de leurs auteurs :

Les Éditions Baudelaire

Fondées en 2008 à Lyon, les Éditions Baudelaire sont l'une des références du secteur. La maison publie un catalogue large — fiction, essais, poésie, témoignages, jeunesse — et dispose d'un comité de lecture qui évalue chaque manuscrit. L'accompagnement inclut la correction professionnelle, la mise en page, une couverture personnalisée et le référencement en librairie via Dilicom. La maison se distingue par un suivi éditorial personnalisé et des délais de réponse courts (4 à 8 semaines pour l'évaluation du manuscrit).

Les Éditions Vérone

Spécialisées dans la découverte de nouveaux talents, les Éditions Vérone ont publié plus de 2 000 auteurs. La maison propose un accompagnement complet — relecture, correction, mise en page, diffusion et promotion — et se distingue par son ouverture à tous les genres littéraires, y compris les plus atypiques. L'accent est mis sur l'accessibilité : la procédure de soumission est simple, la réponse rapide (6 à 8 semaines) et les auteurs sont accompagnés à chaque étape du processus.

Les Éditions Les Trois Colonnes

Basées à Paris, Les Trois Colonnes accompagnent les auteurs de la réception du manuscrit à la mise en vente en librairie. La maison publie des ouvrages variés — romans, essais, biographies, témoignages, poésie, ouvrages pratiques — avec un suivi éditorial personnalisé et une diffusion en librairie. Le retour sur les manuscrits soumis est rapide (4 à 6 semaines) et tous les genres sont étudiés.

Combien ça coûte ?

La participation financière varie considérablement selon les maisons et les formules proposées. Voici les fourchettes habituelles :

  • Formule de base (mise en page, couverture standard, ISBN, référencement en ligne) : 500 à 1 500 €
  • Formule intermédiaire (correction professionnelle, couverture personnalisée, tirage initial, diffusion en librairie) : 1 500 à 3 000 €
  • Formule complète (coaching éditorial, campagne de promotion, services de presse, accompagnement personnalisé) : 3 000 à 6 000 €

Ces montants peuvent sembler élevés, mais ils reflètent le coût réel des prestations. À titre de comparaison, un auteur auto-édité qui fait appel individuellement à un correcteur (500-1 500 €), un graphiste (150-500 €) et un service de diffusion dépense souvent des sommes comparables — sans l'accompagnement éditorial structuré.

Les questions à poser avant de signer

Pour éviter les mauvaises surprises, posez systématiquement ces questions à la maison d'édition :

  • Le manuscrit est-il évalué par un comité de lecture ? — Une maison sérieuse sélectionne les textes. Si on vous dit oui avant même d'avoir lu votre manuscrit, méfiez-vous.
  • Quelles sont les prestations incluses dans le prix ? — Demandez un devis détaillé poste par poste. La correction est-elle incluse ? La couverture est-elle personnalisée ou générique ? La diffusion couvre-t-elle les librairies physiques ?
  • Le livre sera-t-il référencé chez Dilicom ? — C'est la condition sine qua non pour être commandé par les libraires en France. Sans Dilicom, votre livre n'existera qu'en ligne.
  • Quels sont les droits d'auteur ? — Vérifiez le pourcentage que vous toucherez sur chaque vente, les conditions de cession des droits et la durée du contrat. Un contrat de 3 à 5 ans avec possibilité de résiliation est raisonnable.
  • Pouvez-vous consulter le catalogue ? — Regardez les livres déjà publiés par la maison. La qualité des couvertures, la mise en page, la présence en librairie : tout cela vous donnera une idée concrète du résultat final.
  • Quels sont les avis des auteurs déjà publiés ? — Cherchez des témoignages en ligne, sur les réseaux sociaux ou sur les forums d'écriture. Les retours d'expérience d'autres auteurs sont la meilleure source d'information.

Édition participative vs auto-édition : le bon choix

Le choix entre édition participative et auto-édition dépend de votre profil :

  • Vous maîtrisez la correction, la mise en page, le graphisme et le marketing → L'auto-édition vous donne le contrôle total et les royalties les plus élevées.
  • Vous voulez un accompagnement professionnel et une présence en librairie → L'édition participative vous offre un cadre structuré et une diffusion que l'auto-édition pure ne permet pas.

Les deux modèles sont légitimes. L'essentiel est de choisir en connaissance de cause, de vérifier le sérieux du prestataire et de ne jamais perdre de vue l'objectif : que votre livre existe, qu'il soit beau, qu'il soit lu. Parce qu'un livre qui reste dans un tiroir n'est pas un livre — c'est un manuscrit. Et un manuscrit mérite de devenir un livre.