L'écriture d'un livre

Faire corriger un livre : tarifs, prestataires et conseils pratiques

Faire corriger un livre par un professionnel

Pourquoi faire corriger son livre par un professionnel ?

Vous avez terminé votre manuscrit, vous l'avez relu dix fois, vous avez corrigé tout ce que vous pouviez corriger — et pourtant, il reste des coquilles. C'est inévitable. Le cerveau humain, quand il relit un texte qu'il connaît par cœur, comble automatiquement les lacunes : il lit ce qu'il croit avoir écrit, pas ce qu'il a réellement écrit. C'est un mécanisme cognitif bien documenté, et aucun auteur, même expérimenté, n'y échappe.

Un correcteur professionnel apporte un regard neuf, formé et méthodique. Il ne se contente pas de chasser les fautes d'orthographe : il vérifie la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, la typographie, la cohérence et parfois même le style. C'est un investissement — mais c'est aussi ce qui sépare un manuscrit amateur d'un texte publiable.

Les différents types de correction

Tous les correcteurs ne proposent pas la même prestation. Il est essentiel de comprendre les niveaux de correction pour savoir ce dont vous avez besoin — et ce que vous payez.

La correction orthotypographique

C'est le niveau de base, mais aussi le plus courant. Le correcteur traque les fautes d'orthographe, les erreurs de grammaire, les problèmes de conjugaison, les incohérences de ponctuation et les écarts aux règles typographiques françaises (espaces insécables, tirets, guillemets, majuscules accentuées, etc.).

Ce niveau suffit si votre manuscrit est déjà bien structuré et que votre style est abouti. C'est la correction que demandent la plupart des auteurs auto-édités qui ont déjà travaillé leur texte en profondeur.

La correction syntaxique et stylistique

Un cran au-dessus. En plus de l'orthotypographie, le correcteur intervient sur la construction des phrases : lourdeurs, répétitions, ambiguïtés, maladresses. Il peut proposer des reformulations, signaler des passages confus et suggérer des améliorations de rythme.

Attention : un bon correcteur stylistique respecte la voix de l'auteur. Il ne réécrit pas le texte à sa manière — il l'aide à sonner plus juste dans la voix que l'auteur a choisie.

La relecture éditoriale (ou coaching éditorial)

C'est le niveau le plus complet — et le plus coûteux. Le relecteur éditorial analyse la structure narrative, la cohérence des personnages, le rythme, les arcs narratifs, les trous de scénario. Il produit un rapport détaillé avec des recommandations, parfois accompagné d'annotations dans le manuscrit.

Ce type de prestation s'apparente au travail d'un directeur littéraire en maison d'édition. C'est pertinent si vous en êtes à un premier roman et que vous avez besoin d'un regard structurant sur l'ensemble du projet.

Combien coûte la correction d'un livre ?

Les tarifs varient considérablement selon le type de correction, l'expérience du correcteur et la longueur du manuscrit. L'unité de mesure standard est le feuillet — soit 1 500 signes espaces comprises (environ 250 mots).

Fourchettes de tarifs indicatifs

  • Correction orthotypographique : 2 € à 5 € par feuillet. Pour un roman de 300 pages (environ 180 feuillets), comptez entre 360 € et 900 €.
  • Correction syntaxique et stylistique : 4 € à 8 € par feuillet. Pour le même roman : 720 € à 1 440 €.
  • Relecture éditoriale complète : 6 € à 12 € par feuillet. Pour le même roman : 1 080 € à 2 160 €.

Ces tarifs sont indicatifs et correspondent au marché français en 2024. Certains correcteurs facturent à l'heure (30 € à 60 € de l'heure en moyenne), d'autres au mot (0,01 € à 0,03 € par mot). Demandez toujours un devis précis après envoi d'un extrait de votre manuscrit.

Le facteur « état du manuscrit »

Un manuscrit truffé de fautes prendra beaucoup plus de temps à corriger qu'un texte déjà propre. Avant de confier votre texte à un professionnel, faites le maximum de votre côté : passez-le dans un correcteur automatique (Antidote, LanguageTool), relisez-le à voix haute, faites-le lire par des bêta-lecteurs. Plus votre manuscrit sera propre à l'arrivée, moins la facture sera élevée.

Où trouver un correcteur professionnel ?

Les plateformes spécialisées

  • Relecteurs.com — une plateforme française qui met en relation auteurs et correcteurs certifiés. Chaque correcteur a un profil avec ses spécialités, ses tarifs et les avis des clients.
  • Malt — la plateforme de freelances la plus utilisée en France. Tapez « correcteur littéraire » et filtrez par note et expérience. L'avantage : le paiement est sécurisé par la plateforme.
  • 5euros.com / ComeUp — des tarifs d'entrée de gamme, mais la qualité est très inégale. Privilégiez les profils avec de nombreux avis positifs et des exemples de travaux.

Les associations professionnelles

L'ACLF (Association des Correcteurs de Langue Française) et le SfEP (Society for Editors and Proofreaders) regroupent des professionnels certifiés. Passer par ces réseaux garantit un niveau de compétence éprouvé et le respect d'une déontologie professionnelle.

Le bouche-à-oreille

Le meilleur moyen de trouver un bon correcteur reste souvent la recommandation. Demandez dans les communautés d'auteurs (CoCyclics, forums d'écriture, groupes Facebook dédiés à l'auto-édition) : les auteurs qui ont été bien accompagnés le disent, et ceux qui ont été déçus aussi.

Comment choisir son correcteur ?

Avant de vous engager, vérifiez plusieurs points essentiels :

  • Demandez un test sur un extrait — la plupart des correcteurs sérieux proposent une correction gratuite sur 2 à 5 pages. C'est le meilleur moyen de juger la qualité de leur travail et la compatibilité avec votre style.
  • Vérifiez les références — un correcteur professionnel doit pouvoir fournir des exemples de travaux précédents ou des témoignages de clients.
  • Clarifiez le périmètre — mettez-vous d'accord par écrit sur ce qui est inclus : nombre de passes, types de corrections, délai, format de livraison, possibilité de questions après livraison.
  • Exigez le suivi des modifications — le correcteur doit travailler en mode « suivi des modifications » (Track Changes dans Word ou équivalent) pour que vous puissiez voir et accepter chaque correction individuellement. Un correcteur qui refuse ce mode est un signal d'alerte.
  • Méfiez-vous des tarifs trop bas — un correcteur qui propose une correction complète pour 100 € sur un roman de 300 pages ne peut pas faire un travail sérieux. La correction est un métier qui demande du temps, de la concentration et une expertise réelle.

L'option maison d'édition à compte d'auteur

Certaines maisons d'édition à compte participatif incluent la correction professionnelle dans leur prestation globale. C'est un avantage non négligeable : le correcteur fait partie d'une équipe éditoriale, il connaît les standards de publication et travaille en coordination avec le maquettiste et le directeur éditorial. Des maisons comme les Éditions Baudelaire, les Éditions Vérone ou Les Trois Colonnes proposent ce type d'accompagnement intégré, qui comprend correction, mise en page, couverture et diffusion.

L'avantage de cette formule est de bénéficier d'un processus éditorial complet plutôt que de gérer chaque prestation séparément. L'inconvénient est le coût global, qui inclut bien plus que la seule correction.

Les erreurs à éviter

  • Envoyer un premier jet — ne confiez pas un brouillon à un correcteur. Faites d'abord tout le travail de réécriture et de relecture que vous pouvez faire vous-même. Le correcteur est là pour polir, pas pour sculpter.
  • Confondre correcteur et bêta-lecteur — un bêta-lecteur donne un avis de lecteur sur l'histoire, les personnages, le rythme. Un correcteur corrige la langue. Ce sont deux prestations complémentaires, pas interchangeables.
  • Refuser les corrections — si vous payez un professionnel et rejetez 80 % de ses suggestions, c'est que le problème vient soit du correcteur (mal choisi), soit de vous (ego). Un bon auteur sait accepter qu'on améliore son texte.
  • Se passer de correction pour « économiser » — publier un livre truffé de fautes est le moyen le plus sûr de récolter des avis négatifs et de ruiner votre crédibilité d'auteur. Les lecteurs pardonnent une intrigue moyenne, mais rarement une orthographe défaillante.

Correction automatique vs correction humaine

Les outils de correction automatique — Antidote, ProLexis, LanguageTool, Scribens — ont fait des progrès considérables. Ils détectent la majorité des fautes d'orthographe et de grammaire, et certains signalent même les lourdeurs stylistiques. Mais ils ont des limites structurelles :

  • Ils ne comprennent pas le contexte narratif — un personnage qui parle mal volontairement (registre familier, dialecte, tics de langage) sera « corrigé » par l'outil.
  • Ils ne détectent pas les incohérences — un personnage blond page 50 et brun page 200, un mardi qui suit un jeudi, une scène qui se passe en hiver mais où les arbres sont en fleurs.
  • Ils ne perçoivent pas la musicalité — le rythme d'une phrase, l'harmonie des sonorités, l'alternance des longueurs. C'est le territoire du correcteur humain.

La meilleure stratégie est de combiner les deux : passez d'abord votre texte dans un correcteur automatique pour éliminer les fautes évidentes, puis confiez-le à un correcteur humain pour le travail fin. Vous gagnerez du temps — et de l'argent, puisque le correcteur aura moins de coquilles à traquer.

Un investissement, pas une dépense

Faire corriger son livre coûte de l'argent — c'est indéniable. Mais considérez-le comme un investissement dans votre crédibilité. Un livre bien corrigé se lit mieux, se vend mieux et génère de meilleures critiques. Les lecteurs qui apprécient votre premier livre sans être heurtés par des fautes seront bien plus enclins à acheter le suivant. À l'inverse, un livre mal corrigé peut ternir durablement votre image d'auteur — et sur Amazon, les avis négatifs restent pour toujours.

Quel que soit votre budget, il existe une solution : des correcteurs débutants qui proposent des tarifs accessibles, des échanges de services entre auteurs, des ateliers d'écriture qui incluent des retours correctifs. L'essentiel est de ne jamais publier un texte que personne d'autre que vous n'a relu. C'est la règle d'or — et elle n'admet aucune exception.