L'écriture d'un livre

Quel type d'écrivain êtes-vous ? Les 7 profils d'auteurs

Quel type d'écrivain êtes-vous profils auteurs

Connaître son profil pour écrire mieux

Les conseils d'écriture pullulent : « Écrivez tous les jours », « Faites un plan détaillé », « Levez-vous à 5 heures du matin », « N'utilisez jamais d'adverbes ». Le problème, c'est que ces conseils fonctionnent… pour certains écrivains. Pas pour tous. Ce qui fait la puissance de Stephen King ne fait pas celle de Donna Tartt. La routine de Murakami rendrait fou Bukowski.

La vérité, c'est qu'il n'existe pas de méthode universelle. Il existe des profils d'écrivains — des façons différentes d'aborder la création — et la clé pour progresser est de comprendre quel est le vôtre. Voici les 7 profils les plus courants, avec leurs forces, leurs pièges et les auteurs célèbres qui les incarnent.

Profil n°1 : l'Architecte

L'architecte ne commence jamais à écrire sans un plan détaillé. Fiches personnages, chronologie, arcs narratifs, chapitrage, synopsis de chaque scène — tout est prévu avant la rédaction du premier mot. L'écriture est une exécution méthodique d'un plan préétabli.

  • Forces : structure solide, pas de syndrome de la page blanche (vous savez toujours quoi écrire ensuite), cohérence narrative, moins de réécriture.
  • Pièges : rigidité (difficulté à accueillir les surprises du récit), texte parfois mécanique, risque de s'ennuyer si tout est déjà décidé.
  • Auteurs célèbres : J.K. Rowling (ses plans manuscrits de Harry Potter sont légendaires), John Grisham, Brandon Sanderson, Émile Zola (qui préparait chaque roman des Rougon-Macquart avec des centaines de pages de notes préparatoires).

Conseil : autorisez-vous à dévier du plan quand un personnage vous surprend. Le plan est un GPS, pas une prison.

Profil n°2 : le Jardinier

Le jardinier plante une graine et regarde pousser. Pas de plan, pas de synopsis, parfois même pas d'idée claire du dénouement. Il part d'une image, d'une phrase, d'un personnage, et l'histoire se révèle au fil de l'écriture. C'est George R.R. Martin qui a popularisé cette métaphore en opposant les « architects » et les « gardeners ».

  • Forces : fraîcheur et spontanéité du récit, surprises authentiques (si vous ne savez pas ce qui va se passer, le lecteur non plus), plaisir de la découverte.
  • Pièges : risque de s'enliser, incohérences narratives, réécriture massive nécessaire, syndrome du « milieu mou » (vous ne savez plus où aller au chapitre 15).
  • Auteurs célèbres : Stephen King (qui découvre l'histoire en l'écrivant), George R.R. Martin, Margaret Atwood, Marguerite Duras.

Conseil : ayez au moins une vague idée de la fin. Un jardinier sans destination risque de tourner en rond.

Profil n°3 : le Perfectionniste

Le perfectionniste polit chaque phrase avant de passer à la suivante. Il peut rester une heure sur un paragraphe, réécrivant dix fois la même phrase jusqu'à ce qu'elle soit exactement juste. Son premier jet est presque un texte fini.

  • Forces : qualité de prose exceptionnelle, peu de réécriture en aval, satisfaction immédiate.
  • Pièges : lenteur extrême (un roman peut prendre 10 ans), procrastination déguisée en exigence, difficulté à terminer, frustration permanente.
  • Auteurs célèbres : Gustave Flaubert (qui pouvait passer une semaine sur une page), Donna Tartt (un roman tous les 10 ans), Patrick Modiano, Julian Barnes.

Conseil : fixez-vous une deadline non négociable. La perfection est l'ennemie du « fini ». Un roman imparfait mais terminé vaut mieux qu'un chef-d'œuvre à jamais inachevé.

Profil n°4 : le Sprinter

Le sprinter écrit par explosions d'énergie intense. Il peut produire 5 000 mots en une journée, puis ne rien écrire pendant deux semaines. Son processus est irrégulier, chaotique, mais les phases productives compensent les phases de silence.

  • Forces : énergie brute du premier jet, capacité à entrer dans un « flow » profond, texte souvent vivant et passionné.
  • Pièges : irrégularité, difficulté à maintenir la cohérence sur un texte long, culpabilité pendant les phases « off », risque de ne jamais terminer.
  • Auteurs célèbres : Jack Kerouac (qui a écrit Sur la route en trois semaines sur un rouleau de papier continu), Dostoïevski (qui écrivait sous la pression des dettes et des éditeurs), NaNoWriMo tout entier.

Conseil : profitez des phases d'énergie sans culpabiliser pour les pauses. Mais gardez un carnet pendant les phases creuses : notez les idées qui viennent, elles nourriront le prochain sprint.

Profil n°5 : le Marathonien

Le marathonien écrit un peu chaque jour, sans exception. 500 mots, 1 000 mots, une heure — peu importe la quantité, c'est la régularité qui compte. C'est la méthode prônée par la plupart des manuels d'écriture anglo-saxons.

  • Forces : progression régulière et visible, habitude d'écriture solidement ancrée, résultats garantis sur le long terme (1 000 mots par jour = un roman en 3 mois).
  • Pièges : risque de routine sans inspiration, texte parfois « mécanique » les jours sans, culpabilité quand on manque un jour.
  • Auteurs célèbres : Haruki Murakami (qui se lève à 4h, écrit 5-6 heures, court 10 km, puis se couche à 21h — chaque jour depuis 30 ans), Anthony Trollope, Graham Greene (exactement 500 mots par jour, pas un de plus).

Conseil : choisissez un objectif réaliste (même 200 mots comptent) et soyez indulgent avec vous-même les jours difficiles. L'important est de ne pas rompre la chaîne trop longtemps.

Profil n°6 : le Nocturne

Le nocturne écrit la nuit, quand le monde dort, le téléphone se tait et l'esprit entre dans un état de conscience altérée propice à la création. Beaucoup d'écrivains décrivent la nuit comme un moment où les inhibitions tombent et où le texte coule plus librement.

  • Forces : silence et absence de distractions, état de conscience favorable à la créativité, texte souvent plus audacieux et plus intime.
  • Pièges : fatigue, relecture le lendemain parfois décevante (« j'ai écrit ça ? »), difficulté à concilier avec une vie professionnelle diurne, impact sur la santé.
  • Auteurs célèbres : Franz Kafka (qui travaillait à l'assurance le jour et écrivait de 23h à 3h du matin), Marcel Proust (qui n'écrivait que la nuit, dans sa chambre capitonnée de liège), Honoré de Balzac (qui se levait à minuit pour écrire jusqu'à midi, alimenté par des litres de café).

Conseil : si vous êtes nocturne, assumez-le. Mais protégez votre sommeil : la privation chronique de sommeil finit par détruire la créativité qu'elle était censée servir.

Profil n°7 : le Chercheur

Le chercheur passe autant de temps (sinon plus) à documenter son roman qu'à l'écrire. Archives, interviews, voyages sur les lieux de l'action, lectures spécialisées — chaque détail doit être exact. Le plaisir de l'écriture est indissociable du plaisir de l'enquête.

  • Forces : richesse et crédibilité du texte, univers romanesque dense et convaincant, sentiment de maîtrise.
  • Pièges : procrastination par la recherche (on repousse l'écriture sous prétexte de « documenter encore un peu »), risque de surcharger le texte de détails inutiles, difficulté à passer de la recherche à la fiction.
  • Auteurs célèbres : Umberto Eco (médiéviste avant d'être romancier), Émile Zola (qui passait des mois en immersion avant chaque roman), Pierre Lemaitre, Ken Follett.

Conseil : fixez-vous une date limite de recherche. Passé cette date, vous écrivez — quitte à vérifier des détails en cours de route. La recherche parfaite n'existe pas, et votre roman a besoin de vous.

Et si vous êtes un mélange ?

La plupart des écrivains ne correspondent pas à un seul profil. Vous êtes peut-être un architecte-marathonien (plan détaillé + écriture quotidienne) ou un jardinier-sprinter (pas de plan + explosions d'énergie). L'important n'est pas de vous enfermer dans une case, mais de comprendre vos tendances naturelles pour travailler avec elles — plutôt que contre elles.

Les conseils d'écriture qui ne fonctionnent pas pour vous ne sont pas mauvais — ils sont simplement destinés à un autre profil. Le seul conseil universel est celui-ci : écrivez. Peu importe quand, comment, combien. Un livre terminé, c'est un livre qui existe. Et c'est toujours mieux qu'un projet parfait qui n'existera jamais.

« Il n'y a qu'une façon d'apprendre à écrire : c'est d'écrire. » — Simone de Beauvoir