Maid in Hong Kong est le deuxième roman de Nathalie Malzac, publié aux éditions Vérone. Le titre joue sur le double sens de maid (domestique) et made (fabriqué) : il raconte l'histoire de quatre jeunes femmes philippines qui quittent tout — famille, pays, repères — pour aller travailler comme helpers (employées domestiques) dans les foyers aisés de Hong Kong. Un roman qui donne une voix à celles que l'on croise chaque dimanche sur les trottoirs et les passerelles de la ville sans jamais se demander d'où elles viennent ni ce qu'elles ont laissé derrière elles.
L'auteure : Nathalie Malzac
Nathalie Malzac, née en 1965, est enseignante et voyageuse. Son premier roman, Les Plaines d'Abraham, avait déjà révélé son goût pour les histoires enracinées dans un territoire et une culture. C'est la vie de son fils, installé à Hong Kong, qui l'a amenée à faire de nombreux allers-retours entre la France et l'ancienne colonie britannique.
Au fil de ses séjours, Malzac a été frappée par un phénomène que tout visiteur de Hong Kong remarque mais que peu interrogent : chaque dimanche, des dizaines de milliers de femmes philippines et indonésiennes investissent les espaces publics de Central, Causeway Bay et Admiralty. Assises sur des cartons, elles mangent ensemble, chantent, se coiffent, envoient de l'argent au pays. Ce sont les helpers — les employées domestiques étrangères — et leur jour de congé hebdomadaire est le seul moment où elles existent pour elles-mêmes. C'est ce spectacle qui a inspiré le roman.
Le contexte : les helpers de Hong Kong
Hong Kong emploie environ 400 000 travailleurs domestiques étrangers, très majoritairement des femmes venues des Philippines et d'Indonésie. Elles vivent chez leur employeur (c'est une obligation légale), travaillent six jours sur sept, et touchent un salaire minimum d'environ 4 870 HKD par mois (environ 570 €). Elles envoient l'essentiel de leur salaire à leur famille restée au pays — finançant l'école de leurs enfants, la construction d'une maison, les soins médicaux de leurs parents.
Ce système est à la fois un pilier économique (il permet aux couples hongkongais de travailler tous les deux) et une machine à inégalités. Les helpers n'ont pas le droit de résidence permanente, quel que soit le nombre d'années passées à Hong Kong. Elles dépendent entièrement de leur employeur pour leur visa. Les abus — confiscation de passeport, heures supplémentaires non payées, violences — sont documentés par les ONG, même s'ils ne représentent pas la majorité des situations.
Résumé du roman
Quatre femmes, quatre destins
Le roman suit quatre jeunes Philippines qui arrivent à Hong Kong à des moments différents de leur vie, mais avec le même objectif : gagner suffisamment d'argent pour offrir un avenir meilleur à leur famille.
- Ahlyce — La plus expérimentée. Elle est à Hong Kong depuis plusieurs années et connaît les rouages du système. Efficace, discrète, elle a appris à naviguer entre les exigences de ses employeurs et la préservation de sa dignité. Mais l'éloignement de ses enfants la ronge.
- Rona — La nouvelle arrivée. Pleine d'espoir et de naïveté, elle découvre la réalité du métier avec un mélange d'émerveillement et de choc. Hong Kong est immense, bruyant, vertigineux — et sa patronne n'est pas exactement la personne bienveillante qu'elle imaginait.
- Jerilee — La rebelle. Elle refuse de baisser les yeux, de sourire quand on l'humilie, de remercier quand on la sous-paie. Son caractère lui vaut des ennuis — mais aussi le respect de ses amies.
- Rosa — La silencieuse. Elle porte un secret qui la mine et qui ne sera révélé que progressivement au fil du roman. Rosa est le personnage le plus tragique — et le plus émouvant — du quatuor.
Le Friends' Coffee : un refuge
Les quatre femmes se retrouvent régulièrement au Friends' Coffee, un café tenu par Susan, une Australienne installée à Hong Kong. Ce lieu devient leur espace de liberté : c'est là qu'elles parlent, rient, pleurent, partagent leurs expériences. Susan, étrangère elle aussi mais du « bon côté » de la hiérarchie sociale, observe ces femmes avec empathie et impuissance — elle comprend l'injustice du système mais ne peut pas le changer.
Le café fonctionne comme un microcosme : les conversations qui s'y tiennent reflètent les tensions de la société hongkongaise — la hiérarchie raciale, le fossé entre riches et pauvres, le statut ambigu des expatriés occidentaux, la solitude des femmes loin de chez elles.
Entre espoir et désillusion
Chacune des quatre femmes traverse des épreuves spécifiques : une employeuse tyrannique, une tentative de vol de salaire, la maladie d'un parent resté aux Philippines, la tentation d'une relation amoureuse dans une ville où elles n'ont aucun statut. Malzac alterne les points de vue, donnant à chaque personnage sa voix propre et sa profondeur.
Le roman ne verse jamais dans le misérabilisme. Les quatre femmes ne sont pas des victimes passives — elles sont courageuses, drôles, résilientes. Elles dansent le dimanche dans les parcs. Elles envoient des selfies joyeux à leurs familles. Elles se moquent de leurs employeurs dans leur langue. Cette joie de vivre malgré tout est l'un des aspects les plus justes et les plus touchants du roman.
Les thèmes du roman
L'exil et le sacrifice
Le thème central est celui du sacrifice maternel. Ces femmes quittent leurs enfants pour pouvoir les nourrir. Elles élèvent les enfants des autres pendant que les leurs grandissent sans elles. Ce paradoxe cruel — travailler loin de sa famille pour sa famille — est au cœur de l'expérience des helpers, et Malzac le rend avec une justesse émotionnelle remarquable.
L'invisibilité sociale
Les helpers sont partout et nulle part. Elles sont dans chaque appartement, chaque famille, chaque immeuble — mais elles sont socialement invisibles. Elles n'ont pas le droit de vote, pas de perspective de résidence, pas de reconnaissance. Malzac rend ces femmes visibles par la littérature — et c'est peut-être la plus grande réussite du roman.
La dignité dans la précarité
Malzac ne réduit jamais ses personnages à leur condition. Ahlyce, Rona, Jerilee et Rosa sont des individus complets — avec des rêves, de l'humour, des contradictions, des désirs. Le roman affirme que la dignité ne dépend pas du statut social, et que ces femmes qui nettoient les appartements des autres ont une richesse intérieure que leurs employeurs ne soupçonnent pas.
Style et écriture
Le style de Malzac est sobre, sensible, attentif aux détails. Elle excelle dans les descriptions sensorielles de Hong Kong — la chaleur moite, le bruit des climatiseurs, l'odeur des dim sum dans les ruelles, la verticalité vertigineuse des tours. Les dialogues sont vivants, souvent drôles, et restituent bien le mélange linguistique de la ville (anglais, cantonais, tagalog).
Le roman se lit rapidement — le format choral (quatre voix, quatre trajectoires) donne un rythme soutenu. On passe d'un personnage à l'autre avec fluidité, et chaque chapitre apporte une nouvelle facette de la réalité des helpers.
Notre avis
Maid in Hong Kong n'est pas un grand roman stylistique — ce n'est pas son ambition. C'est un roman utile et humain, qui éclaire une réalité méconnue du grand public francophone. Si vous avez visité Hong Kong, vous ne regarderez plus jamais les femmes assises sur les trottoirs de Central de la même façon. Si vous ne connaissez pas Hong Kong, le roman vous fera découvrir une ville fascinante et brutale, vue depuis un angle que les guides touristiques ignorent.
Le sujet méritait un roman. Nathalie Malzac l'a écrit avec empathie, respect et sincérité — et c'est déjà beaucoup.
« Elles nettoient les maisons des autres pour construire la leur, à des milliers de kilomètres. C'est le courage le plus silencieux du monde. »