Littérature

Et la joie de vivre : les mémoires de Gisèle Pelicot — résumé, analyse et portée

Et la joie de vivre mémoires de Gisèle Pelicot livre Flammarion 2026

Un livre que la France attendait

Le 17 février 2026, les éditions Flammarion ont publié Et la joie de vivre, les mémoires de Gisèle Pelicot. Tiré à 150 000 exemplaires et lancé simultanément dans une vingtaine de langues à travers le monde, ce livre est l'événement éditorial majeur du début d'année 2026. Coécrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, il est le récit à la première personne d'une femme devenue, malgré elle, une icône féministe mondiale.

Le titre — Et la joie de vivre — est à lui seul un manifeste. Pas de colère, pas de vengeance, pas de pathos : un choix de mots qui dit la reconstruction, la dignité retrouvée et le refus de se laisser définir par le crime subi. C'est un titre qui résume Gisèle Pelicot telle que le monde l'a découverte : debout, digne et libre.

Le procès de Mazan : rappel des faits

L'affaire Pelicot a éclaté en 2020 lorsque Dominique Pelicot, époux de Gisèle pendant cinquante ans, a été arrêté pour avoir drogué sa femme à son insu pendant près d'une décennie et recruté des dizaines d'hommes sur internet pour la violer pendant son sommeil. Plus de cinquante accusés ont été identifiés grâce aux vidéos et aux preuves numériques méticuleusement conservées par l'agresseur.

Le procès, qui s'est tenu au tribunal d'Avignon de septembre à décembre 2024, a été l'un des plus médiatisés de l'histoire judiciaire française. Gisèle Pelicot a pris une décision qui a changé la nature du procès et sa portée : elle a refusé le huis clos. « La honte doit changer de camp », a-t-elle déclaré — une phrase devenue un slogan féministe mondial, repris dans des manifestations de New York à Tokyo.

Le contenu du livre

Avant : la vie volée

La première partie du livre revient sur la vie de Gisèle Pelicot avant la révélation du crime. Une vie de couple apparemment normale, des enfants, des petits-enfants, une retraite paisible dans le Vaucluse. Pelicot décrit avec une précision bouleversante les symptômes inexpliqués qu'elle attribuait à la fatigue ou à la maladie : pertes de mémoire, épuisement chronique, confusions. Des symptômes que les médecins ne parvenaient pas à expliquer — et pour cause : ils étaient provoqués par les substances administrées par son mari.

Ce récit de la vie « d'avant » est peut-être la partie la plus glaçante du livre. Non pas par sa violence — elle viendra plus tard — mais par son ordinaire. Pelicot décrit un quotidien banal, fait de courses, de repas en famille et de promenades. Et c'est précisément cette banalité qui rend le crime si vertigineux : il se déroulait au cœur même de la normalité, invisible à tous.

La révélation et l'effondrement

Gisèle Pelicot raconte le jour où les gendarmes lui ont appris ce que son mari lui faisait subir depuis des années. L'effondrement d'un monde. La destruction rétroactive de cinquante ans de souvenirs. Chaque moment heureux du couple devient suspect, chaque voyage, chaque soirée. « Ce n'est pas seulement le présent qui s'effondre, c'est le passé tout entier », écrit-elle.

Le procès : la honte change de camp

La partie centrale du livre est consacrée au procès. Pelicot décrit les audiences avec une lucidité remarquable : les regards des accusés, les témoignages des experts, les plaidoiries, la pression médiatique, le soutien de ses enfants, les foules qui l'attendent à la sortie du tribunal avec des pancartes et des fleurs.

Elle revient longuement sur sa décision de refuser le huis clos — un choix que son propre avocat avait initialement déconseillé. Pelicot explique que cette décision n'était pas un acte de bravoure mais de nécessité : « Si je me cachais, je donnais raison à la honte. Et la honte n'était pas la mienne. » Ce passage est déjà considéré comme l'un des textes les plus importants de la littérature féministe contemporaine.

Après : la reconstruction

La dernière partie du livre aborde la vie après le procès. Gisèle Pelicot raconte sa reconstruction — lente, fragile, jamais acquise — sur l'île de Ré, où elle a choisi de s'installer. Les promenades au bord de l'océan, le soutien de ses proches, le courrier des femmes du monde entier qui lui écrivent pour la remercier. Et cette « joie de vivre » du titre, qu'elle revendique non comme un déni du trauma mais comme un acte de résistance.

La coécriture avec Judith Perrignon

Le choix de Judith Perrignon comme coautrice n'est pas anodin. Journaliste et romancière reconnue, Perrignon a l'expérience des récits de vie et des sujets sensibles. Son rôle a été de donner une forme littéraire au témoignage de Pelicot sans jamais trahir sa voix. Le résultat est un texte d'une sobriété remarquable : pas de sensationnalisme, pas de détails voyeuristes, pas de pathos appuyé. La force du livre tient précisément à cette retenue — les faits suffisent, et la dignité de la narratrice fait le reste.

Un phénomène éditorial mondial

La sortie simultanée dans une vingtaine de langues est un événement rare pour un livre francophone non fictionnel. Aux États-Unis, le livre est publié chez un grand éditeur new-yorkais avec une campagne de promotion massive. En Italie, en Espagne, en Allemagne, au Japon, les médias couvrent la publication comme un événement littéraire majeur.

Ce rayonnement international s'explique par la portée universelle de l'affaire Pelicot. Au-delà du fait divers français, le procès de Mazan est devenu un symbole mondial : celui d'une femme qui a refusé de se taire, qui a choisi la lumière contre l'obscurité et qui a transformé un crime intime en un combat collectif. Le livre prolonge ce geste : en publiant ses mémoires, Gisèle Pelicot offre son histoire à toutes les victimes qui n'ont pas la possibilité de parler.

Au-delà du témoignage : un acte politique

Et la joie de vivre n'est pas seulement un récit autobiographique. C'est un acte politique. En refusant le huis clos, puis en publiant ses mémoires, Gisèle Pelicot a accompli ce que des décennies de militantisme féministe n'avaient pas réussi à faire avec la même puissance : elle a rendu visible la réalité des violences sexuelles dans le couple, leur banalité, leur mécanique, et l'impunité dont bénéficient leurs auteurs.

Le livre pose aussi des questions vertigineuses sur la soumission chimique, phénomène encore largement méconnu et sous-estimé par la justice et la médecine. Combien de victimes subissent des violences sans le savoir, droguées par un proche ? L'affaire Pelicot a ouvert les yeux de la France — et du monde — sur une réalité que beaucoup refusaient d'envisager.

« Je suis heureuse d'offrir mon histoire en exemple et mon prénom en étendard », écrit Gisèle Pelicot. Ce livre est cet étendard — et il restera.