Un titre qu'on n'oublie pas
Mon cœur serré comme une sardine fait partie de ces livres dont le titre fait tout le travail d'accroche. Drôle, tendre, légèrement absurde — il donne envie d'ouvrir le livre avant même de savoir de quoi il parle. Et c'est précisément le ton du roman : un mélange de mélancolie douce et d'humour décalé, une voix singulière qui attrape le lecteur dès les premières lignes et ne le lâche plus.
Derrière ce titre en apparence léger se cache un récit plus profond qu'il n'y paraît — une histoire d'amour, de solitude et de reconstruction portée par une écriture vive, imagée et pleine de trouvailles. Le genre de roman qu'on lit d'une traite dans un train, qu'on referme avec un sourire mouillé et qu'on recommande à tout le monde le lendemain.
Résumé du roman
Le récit s'ouvre sur une rupture. La narratrice, trentenaire, se retrouve seule du jour au lendemain. Pas une rupture spectaculaire avec cris et valises jetées par la fenêtre — une rupture molle, de celles qui arrivent quand l'amour s'est évaporé sans qu'on sache exactement quand. Un matin, l'appartement est à moitié vide, et la vie d'avant avec.
S'ensuit une période de flottement que la narratrice décrit avec une honnêteté désarmante : les soirées à manger des céréales devant la télé, les dimanches interminables, les conversations intérieures avec le chat (qui ne répond pas mais « juge silencieusement »), les tentatives maladroites de reprendre une vie sociale — un cours de poterie abandonné au bout de deux séances, un profil Tinder supprimé au bout de trois jours.
Le tournant arrive par un hasard : une petite annonce dans une boulangerie. Un atelier de cuisine collective, le samedi matin, dans l'arrière-salle d'un restaurant de quartier. La narratrice s'y inscrit sans conviction — « pour sortir de chez moi et parce que j'aime bien les quiches ». Elle y rencontre une galerie de personnages improbables : une retraitée ancienne chanteuse de cabaret, un étudiant en philosophie qui ne sait pas faire cuire un œuf, une mère de famille débordée qui vient là « pour avoir la paix une heure par semaine », un veuf taiseux qui prépare les meilleurs gratins de la ville.
Autour des fourneaux, des liens se tissent. Pas des amitiés fulgurantes — des proximités lentes, construites à coups de recettes ratées, de fous rires et de confidences entre deux épluchages. La narratrice, sans s'en rendre compte, recommence à vivre. Non pas parce qu'elle trouve un nouvel amour (le roman refuse intelligemment ce raccourci), mais parce qu'elle redécouvre le plaisir d'être avec les autres — de faire partie d'un petit groupe, d'être attendue quelque part, de partager un repas.
Les thèmes centraux
La solitude urbaine
Le roman excelle à décrire cette solitude spécifique des grandes villes : être entouré de millions de gens et ne parler à personne. La narratrice vit à Paris, travaille en open space, croise des centaines de visages par jour — et se sent invisible. Le livre montre sans pathos que la solitude n'est pas un choix mais un glissement : on perd un conjoint, puis les amis du couple s'éloignent, puis on n'a plus l'énergie de sortir, et un jour on réalise qu'on n'a parlé à personne depuis trois jours.
La guérison par le collectif
Ce qui sauve la narratrice, ce n'est pas la thérapie, ni un voyage initiatique, ni un nouvel homme. C'est un atelier de cuisine le samedi matin. Le roman défend l'idée que le lien humain se reconstruit par des gestes simples et partagés : éplucher des légumes ensemble, se passer le sel, goûter le plat de l'autre, rire d'un gâteau brûlé. La cuisine devient une métaphore du vivre-ensemble — on apporte chacun un ingrédient, et le résultat est meilleur que la somme des parties.
L'humour comme armure
La narratrice a un sens de l'autodérision qui fait tout le charme du livre. Elle se moque d'elle-même avant que quiconque puisse le faire — ses tentatives pathétiques de faire du yoga, ses monologues adressés au chat, sa relation compliquée avec les plantes vertes (« j'ai réussi à tuer un cactus, ce qui selon Internet est statistiquement impossible »). Cet humour n'est pas de la désinvolture : c'est une stratégie de survie, une manière de garder la tête hors de l'eau en riant de ses propres galères.
Le rapport à la nourriture
La cuisine n'est pas un simple décor dans ce roman — elle est un langage. Quand la narratrice va mal, elle mange des céréales froides debout dans la cuisine. Quand elle commence à aller mieux, elle prépare une soupe. Quand elle est heureuse, elle invite des gens à dîner. Le livre fait de la nourriture un baromètre émotionnel qui dit plus que les mots.
Un style vif et attachant
L'écriture est le grand atout du roman. Des phrases courtes, percutantes, souvent drôles. Un rythme qui colle à la voix intérieure de la narratrice — cette voix qu'on a tous dans la tête mais qu'on n'ose pas formuler. Les images sont inventives sans être forcées (le cœur « serré comme une sardine » en est l'emblème), les dialogues sonnent juste, et le ton oscille constamment entre rire et émotion sans jamais basculer dans l'un ou l'autre.
On pense au style de Virginie Despentes pour la franchise, de Agnès Ledig pour la tendresse, et de Pauline Delabroy-Allard pour l'intensité émotionnelle — mais la voix est bien singulière.
Notre avis critique
Les points forts :
- Une narratrice irrésistible — drôle, vulnérable, lucide, jamais agaçante.
- Des personnages secondaires croqués en quelques traits mais immédiatement vivants.
- Un sujet universel (la solitude, la reconstruction) traité avec originalité et légèreté.
- Un format court et rythmé — se lit en une journée, idéal pour sortir d'une panne de lecture.
- Un dénouement subtil et ouvert, qui refuse le cliché de la fin parfaite.
Les limites :
- L'intrigue reste ténue — les lecteurs qui ont besoin de suspense pourront s'impatienter.
- Le milieu social de la narratrice (parisienne, CSP+) limite un peu la portée universelle du propos.
Ces réserves n'empêchent pas le livre de toucher juste. C'est un roman réconfortant sans être niais, drôle sans être superficiel, émouvant sans être larmoyant — un équilibre rare.
Pour qui est ce livre ?
- Les lecteurs en quête de réconfort — un livre-doudou intelligent, idéal après une rupture ou un passage à vide.
- Les amateurs d'humour littéraire — dans la lignée de Bref., de Journal d'un corps de Pennac ou des chroniques de Nicole de Buron.
- Ceux qui aiment les romans courts et percutants — format idéal pour un week-end ou un trajet en train.
- Les fans de romans feel-good qui cherchent quelque chose de plus littéraire que la production moyenne du genre.
« Mon cœur serré comme une sardine est la preuve qu'on peut écrire un roman profondément touchant avec des phrases courtes, un chat indifférent et des cours de cuisine le samedi matin. Un petit livre qui dit une grande vérité : le bonheur, ça se prépare à plusieurs — comme une bonne quiche. »