Les conseils d'édition

Peut-on vivre de sa plume en France en 2025 ? La vérité en chiffres

Vivre de sa plume en France revenus auteurs 2025

La dure réalité des revenus des auteurs

C'est la question que tout aspirant écrivain se pose : peut-on vivre de sa plume en France ? Les chiffres sont sans appel : c'est possible, mais pour une infime minorité. La grande majorité des auteurs français exercent un autre métier en parallèle — enseignant, journaliste, traducteur — ou vivent de l'écriture sous d'autres formes (scénarios, ateliers, piges). Voici la réalité économique des auteurs français en 2025.

Les chiffres clés (sources : SGDL, ACOSS, CNL)

Les données les plus récentes dressent un portrait sans concession de la situation économique des auteurs en France :

  • Revenu médian des auteurs du livre : 3 080 € brut/an (hors autres activités). Oui, vous avez bien lu : trois mille euros par an, soit à peine 250 € par mois.
  • Seuls 10 % des auteurs gagnent plus de 20 000 € par an avec leurs livres.
  • 1 % des auteurs captent 50 % des droits d'auteur versés en France. C'est une concentration extrême, comparable à celle du marché de la musique.
  • 53 % des auteurs déclarent un revenu annuel d'écriture inférieur au SMIC mensuel (1 400 €).
  • Nombre d'auteurs affiliés à l'AGESSA : environ 7 000 en France, dont seuls 1 500 à 2 000 vivent principalement de l'écriture.

Pourquoi les revenus sont si faibles ?

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette précarité :

  1. Le taux de droits d'auteur — 8 à 12 % du prix HT en moyenne, soit 1 à 2 € par livre vendu à 20 €. Ce taux n'a pratiquement pas évolué depuis des décennies, alors que les coûts de la vie ont considérablement augmenté.
  2. Les ventes moyennes — Un roman se vend en moyenne à 2 500 exemplaires en France. À 2 € de droits par exemplaire, cela représente 5 000 € pour un à trois ans de travail.
  3. La concentration des ventes — 80 % des ventes sont réalisées par 20 % des titres. Les best-sellers (Musso, Levy, Thilliez) captent l'essentiel du marché, laissant peu d'espace aux auteurs « du milieu ».
  4. Le rythme de publication — Écrire un roman prend 1 à 3 ans ; les revenus sont espacés et irréguliers. Contrairement à un salarié, l'auteur n'a pas de revenu mensuel garanti.
  5. L'absence de filet de sécurité — Pas de chômage, pas de congé maladie garanti, une retraite précaire. Le statut social de l'auteur, bien qu'amélioré, reste fragile.

Les aides pour les auteurs en France

Heureusement, la France dispose d'un système d'aides unique au monde, qui contribue à soutenir la création littéraire :

  • Centre national du livre (CNL) : Bourses de création (3 000 à 30 000 €), bourses de résidence, aides à la traduction. Le CNL est le principal soutien institutionnel de la création littéraire en France.
  • SOFIA : Rémunération au titre du droit de prêt en bibliothèque (~300 €/an en moyenne pour un auteur ayant des livres en bibliothèque). Un complément modeste mais régulier.
  • Régions : De nombreuses régions proposent des bourses et résidences d'écriture. L'Île-de-France, l'Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine sont parmi les plus actives.
  • AGESSA / Sécurité sociale des artistes-auteurs : Protection sociale des auteurs (assurance maladie, cotisations retraite). Depuis la réforme de 2019, les auteurs sont rattachés au régime général de la Sécurité sociale.
  • Les résidences d'écriture : Des dizaines de résidences en France offrent hébergement, bourse et temps d'écriture aux auteurs sélectionnés. C'est une ressource précieuse pour écrire dans de bonnes conditions.

Les stratégies des auteurs qui vivent de leur écriture

Comment font ceux qui y arrivent ? Voici les stratégies les plus courantes :

  • Diversifier les revenus : Ateliers d'écriture (50-100 €/h), conférences (500-2 000 €), résidences (1 000-3 000 €/mois), écriture de scénarios, piges et critiques littéraires.
  • Publier régulièrement : Un livre par an minimum pour maintenir la visibilité et accumuler un « fonds » de titres qui génèrent des droits récurrents.
  • Explorer l'auto-édition : Pour compléter les revenus d'édition traditionnelle, notamment dans les genres populaires (romance, thriller) où les marges par exemplaire sont plus élevées.
  • Négocier les droits dérivés : Traductions (la littérature française s'exporte bien), adaptations audiovisuelles (cinéma, séries, podcasts), droits audiolivres.
  • Construire une communauté : Newsletter, réseaux sociaux, lien direct avec les lecteurs. Les auteurs qui entretiennent une relation avec leur public vendent plus et plus régulièrement.
  • Demander les aides : Trop d'auteurs ne sollicitent pas les bourses du CNL ou les résidences par méconnaissance. C'est une erreur.

« On ne devient pas écrivain pour l'argent. Mais on a le droit de demander à vivre dignement de son travail. La France a les moyens de mieux rémunérer ses auteurs — c'est une question de volonté politique. » — Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels