Le style, c'est ce qui reste quand on a tout enlevé
Le style d'écriture n'est pas un ornement. Ce n'est pas une couche de vernis que l'on applique sur un texte fini. Le style, c'est la manière dont vous pensez sur le papier. Il reflète votre façon de voir le monde, de construire une idée, de faire résonner un mot avec un autre. Et contrairement à une idée reçue, le style n'est pas un don inné — c'est une compétence qui se travaille.
Cette première partie d'un guide en trois volets pose les fondamentaux : la clarté, la précision lexicale, le rythme et l'art de la coupe. Ce sont les bases sur lesquelles tout le reste repose. Maîtrisez-les, et votre écriture progressera de façon spectaculaire.
La clarté : la vertu cardinale
La première qualité d'un bon style est la clarté. Un texte peut être complexe, subtil, poétique — mais il ne doit jamais être confus. Le lecteur ne doit jamais relire une phrase pour la comprendre (sauf si l'ambiguïté est délibérée et maîtrisée).
La clarté repose sur des principes simples :
- Une idée par phrase — La phrase française classique suit un mouvement linéaire : sujet, verbe, complément. Quand une phrase contient trois idées enchâssées dans des subordonnées, le lecteur se perd. Découpez. Simplifiez. Chaque phrase doit porter une seule idée, clairement exprimée.
- Des paragraphes structurés — Chaque paragraphe développe un point. La première phrase annonce le sujet, les suivantes le développent, la dernière conclut ou fait transition. Un paragraphe d'une page entière est presque toujours trop long.
- L'ordre logique — Placez l'information la plus importante au début de la phrase ou du paragraphe. Le cerveau du lecteur retient mieux ce qu'il lit en premier. Ne noyez pas l'essentiel au milieu d'une subordonnée.
Le choix des mots : la précision chirurgicale
Mark Twain disait : « La différence entre le mot juste et le mot presque juste est la même qu'entre l'éclair et la luciole. » Chaque mot de votre texte doit être le mot exact — pas un synonyme approximatif, pas un terme vague, pas un mot pompeux choisi pour impressionner.
Préférez le concret à l'abstrait
« Il faisait chaud » ne dit rien. « La sueur coulait dans son dos et collait sa chemise à sa peau » dit tout. Les mots concrets — ceux qui évoquent une sensation physique — sont toujours plus puissants que les mots abstraits. Ne dites pas « tristesse », montrez les yeux rouges, les mains qui tremblent, la voix qui se brise.
Méfiez-vous des adverbes
Stephen King écrit dans Écriture : « L'enfer est pavé d'adverbes. » Un adverbe signale presque toujours que le verbe choisi n'était pas le bon. « Il marcha rapidement » → « Il courut ». « Elle dit doucement » → « Elle murmura ». « Il frappa violemment » → « Il cogna ». Le verbe précis rend l'adverbe inutile.
Éliminez les mots faibles
Certains mots affaiblissent systématiquement votre prose : « très », « vraiment », « un peu », « assez », « plutôt », « en fait », « il y a ». Ces béquilles diluent votre message. « Elle était très fatiguée » → « Elle était épuisée ». « Il était un peu nerveux » → « Ses mains tremblaient ». Traquez ces mots faibles dans vos textes et remplacez-les par des termes qui portent du sens.
Le rythme : la musique de la prose
Un bon texte se lit à voix haute comme une partition musicale. Les phrases longues créent un flux, un mouvement, une respiration ample. Les phrases courtes frappent. Elles claquent. Elles réveillent.
La clé du rythme est la variation. Un texte composé uniquement de phrases longues endort le lecteur. Un texte de phrases courtes le fatigue. L'alternance entre les deux crée une musicalité qui donne au texte sa vie propre.
Flaubert testait ses phrases en les lisant à haute voix dans son « gueuloir » — une allée de tilleuls où il déclamait ses textes. Si une phrase accrochait à l'oreille, il la réécrivait. Essayez : lisez votre texte à voix haute. Là où vous trébuchez, là où votre souffle manque, là où le rythme casse — c'est là qu'il faut réécrire.
L'art de la coupe : écrire, c'est supprimer
La qualité d'un texte se mesure autant à ce qu'il contient qu'à ce qu'il ne contient pas. Chaque mot inutile est un poids mort qui ralentit la lecture et dilue l'impact. Les grands stylistes sont d'abord de grands coupeurs.
- Supprimez les doublons sémantiques — « monter en haut », « descendre en bas », « prévoir à l'avance », « collaborer ensemble ». Ces pléonasmes encombrent la prose sans rien ajouter.
- Supprimez les incises inutiles — « en quelque sorte », « pour ainsi dire », « d'une certaine manière », « il faut bien dire que ». Ces béquilles trahissent un manque de confiance dans votre propre affirmation. Affirmez.
- Supprimez les phrases de remplissage — Si un paragraphe fonctionne aussi bien sans sa première phrase, c'est que la première phrase était inutile. Relisez chaque paragraphe et demandez-vous : « Que se passe-t-il si je supprime cette phrase ? » Si la réponse est « rien », supprimez-la.
Antoine de Saint-Exupéry résumait ce principe : « La perfection est atteinte, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer. » Appliquez cette maxime à chaque page que vous écrivez.
Exercice pratique : le test des 10 %
Prenez un texte que vous avez écrit — un chapitre, un article, une nouvelle. Comptez les mots. Puis supprimez 10 % du texte sans perdre aucune information ni aucun effet. Les premiers 5 % sont faciles : adverbes inutiles, mots faibles, phrases de transition creuses. Les 5 % suivants exigent de vrais choix — et c'est là que votre texte s'améliore vraiment.
Cet exercice, pratiqué régulièrement, transforme votre rapport à l'écriture. Vous apprenez à peser chaque mot, à reconnaître le superflu instinctivement, et à écrire des premiers jets de plus en plus économes. Dans la deuxième partie, nous aborderons les techniques avancées : la voix narrative, les dialogues et l'art de montrer plutôt que raconter.