Plotter ou pantser : le grand débat
Dans le monde de l'écriture, il y a deux camps. Les plotters planifient tout avant d'écrire : structure, chapitres, arcs de personnages, scènes clés. Ils savent exactement où ils vont avant de taper le premier mot. Les pantsers (de l'anglais by the seat of their pants) écrivent au fil de l'inspiration, sans plan, en découvrant l'histoire en même temps que le lecteur.
Les deux approches ont produit des chefs-d'œuvre. J.K. Rowling planifiait méticuleusement chaque tome d'Harry Potter — ses tableaux de planification, photographiés et publiés, montrent un niveau de détail stupéfiant. Stephen King, à l'inverse, écrit sans plan : « Je ne complote pas, je me contente de laisser les personnages faire ce qu'ils veulent. » Mais entre ces deux extrêmes, la majorité des auteurs adoptent une approche hybride — ce qu'on appelle parfois le « plantser » : un plan souple, une direction générale, avec de la place pour l'improvisation.
Cet article est destiné à ceux qui veulent structurer leur roman avant de l'écrire — tout en gardant la liberté de s'écarter du plan quand l'histoire l'exige.
Étape 1 : La prémisse en une phrase
Avant de planifier quoi que ce soit, vous devez être capable de résumer votre roman en une seule phrase. Cette phrase — la prémisse — contient le protagoniste, l'enjeu principal et le conflit central.
Exemples :
- Le Seigneur des anneaux — Un hobbit doit détruire un anneau maléfique en le jetant dans le volcan où il a été forgé, poursuivi par les forces du mal.
- Madame Bovary — Une femme romanesque, prisonnière d'un mariage ennuyeux, se détruit par ses rêves d'une vie plus grande.
- Le Comte de Monte-Cristo — Un marin injustement emprisonné s'évade, devient immensément riche et organise une vengeance méthodique contre ceux qui l'ont trahi.
Si vous ne pouvez pas résumer votre roman en une phrase, c'est que vous ne savez pas encore de quoi il parle. Et si vous ne savez pas de quoi il parle, vous ne pouvez pas le planifier. La prémisse est la boussole de tout le processus.
Étape 2 : La méthode du flocon (Snowflake Method)
Développée par le physicien et romancier Randy Ingermanson, la méthode du flocon est l'une des techniques de planification les plus efficaces. Le principe : partir d'un résumé minuscule et l'élargir progressivement, comme un flocon de neige qui se complexifie à chaque étape.
- Une phrase — Votre prémisse (étape 1). Maximum 25 mots.
- Un paragraphe — Développez la phrase en un paragraphe de 5 phrases : contexte, 3 tournants majeurs de l'intrigue, conclusion. C'est le squelette de votre histoire.
- Une page par personnage principal — Pour chaque personnage important, écrivez une page : nom, motivation, objectif, conflit, épiphanie, résumé de son arc. Vous n'avez pas besoin de connaître la couleur de ses yeux — vous avez besoin de savoir ce qu'il veut et ce qui l'empêche de l'obtenir.
- Un synopsis d'une page — Développez le paragraphe de l'étape 2 en un synopsis complet d'une page. Chaque phrase du paragraphe devient un paragraphe du synopsis.
- Un synopsis détaillé de 4 à 5 pages — Développez encore : ajoutez les scènes clés, les retournements, les sous-intrigues. À ce stade, vous avez une vision claire de l'ensemble.
- Le plan scène par scène — Listez chaque scène du roman avec une ligne : lieu, personnages présents, ce qui se passe, ce qui change.
L'avantage de la méthode du flocon est qu'elle vous permet de détecter les problèmes structurels avant d'écrire 300 pages. Un trou dans l'intrigue, un personnage inutile, un acte II sans tension — tout cela se voit dès l'étape du synopsis.
Étape 3 : Le plan chapitre par chapitre
Une fois le synopsis détaillé établi, vous pouvez créer un plan chapitre par chapitre. Pour chaque chapitre, notez :
- Le POV — Quel personnage porte le chapitre ?
- L'objectif de la scène — Que veut le personnage dans cette scène ? Qu'essaie-t-il d'accomplir ?
- Le conflit — Quel obstacle l'empêche d'atteindre son objectif ?
- Le résultat — Réussit-il ou échoue-t-il ? (Dans la majorité des cas, il échoue — ou réussit mais avec une conséquence inattendue qui crée un nouveau problème.)
- Le crochet de fin — Comment le chapitre se termine-t-il pour donner envie de lire le suivant ?
Ce plan n'a pas besoin d'être littéraire. Des notes brèves suffisent : « Chapitre 7 — POV Marie — Elle découvre le journal de son père. Conflit : le journal révèle un secret qui remet en question tout ce qu'elle croyait. Fin : elle décide de retrouver l'homme mentionné dans le journal. » Trois lignes par chapitre, et vous avez une feuille de route complète.
Étape 4 : Les fiches personnages
Les fiches personnages sont un outil de planification essentiel — mais beaucoup d'auteurs tombent dans le piège de les remplir avec des détails inutiles. La taille des chaussures de votre héros n'a aucune importance. Ce qui compte :
- La motivation profonde — Qu'est-ce qui pousse ce personnage à agir ? Pas ce qu'il dit vouloir, mais ce qu'il veut vraiment, au fond de lui.
- La blessure — Quel événement passé a façonné sa vision du monde ? La blessure crée le défaut, et le défaut crée le conflit intérieur.
- Le défaut fatal — Quel trait de caractère le met en danger ? L'orgueil de Raskolnikov, la jalousie d'Othello, l'aveuglement d'Emma Bovary.
- L'arc — Comment ce personnage sera-t-il transformé par l'histoire ? Que saura-t-il à la fin qu'il ignorait au début ?
- La voix — Comment parle-t-il ? Quel vocabulaire, quel rythme, quels tics de langage le distinguent des autres personnages ?
Étape 5 : La timeline et la logistique
Pour les romans avec une intrigue complexe — plusieurs lieux, plusieurs personnages, des événements simultanés — une timeline est indispensable. Notez, jour par jour ou semaine par semaine, ce que fait chaque personnage et où il se trouve. Sans timeline, vous risquez des incohérences temporelles : un personnage qui met trois jours à parcourir une distance qu'un autre franchit en quelques heures, ou deux événements censés être simultanés qui se contredisent.
Les outils numériques comme Scrivener, Notion, Plottr ou un simple tableur Excel sont parfaits pour gérer cette logistique. Certains auteurs préfèrent les post-it sur un mur ou un grand carnet — l'outil importe peu, pourvu qu'il vous permette de visualiser l'ensemble.
Quand abandonner le plan
Le plan est un guide, pas une prison. Le moment le plus excitant de l'écriture est celui où un personnage refuse de suivre le plan — où il prend une décision que vous n'aviez pas prévue, et où cette décision est meilleure que ce que vous aviez planifié. Quand cela arrive, suivez le personnage. Adaptez le plan. La spontanéité est le souffle de la fiction.
Le plan sert à vous empêcher de vous perdre, pas à vous empêcher de découvrir. Les meilleurs romans sont ceux qui allient la rigueur de la structure et la liberté de l'improvisation. Le plan vous donne la structure. L'écriture vous donne la vie. Les deux ensemble font un roman.