L'écriture d'un livre

Les routines d'écriture d'écrivains célèbres : leurs secrets pour écrire chaque jour

Les routines d'écriture d'écrivains célèbres

Écrire est un métier — et chaque métier a ses rituels

Il y a un mythe tenace autour de l'écriture : celui de l'inspiration divine, du génie frappé par la foudre qui produit un chef-d'œuvre dans un élan fiévreux. La réalité est bien différente. Les plus grands écrivains de l'histoire — ceux qui ont produit des œuvres qui traversent les siècles — sont avant tout des travailleurs disciplinés. Ils ont mis en place des routines, parfois excentriques, parfois austères, mais toujours rigoureuses.

Étudier ces routines ne sert pas à les copier aveuglément. Il s'agit de comprendre que l'écriture n'attend pas l'inspiration : elle la provoque. Chaque routine décrite ici est une preuve qu'écrire est un acte de volonté quotidienne, pas un cadeau du ciel.

Les lève-tôt : écrire avant que le monde ne se réveille

Ernest Hemingway — debout à l'aube, à sec

Hemingway se levait chaque matin à l'aube, souvent vers 5h30, et écrivait debout devant un pupitre dans sa maison de Key West. Il travaillait jusqu'à midi environ, en commençant toujours par relire ce qu'il avait écrit la veille. Sa règle d'or : s'arrêter à un moment où il savait ce qui allait se passer ensuite. Ainsi, le lendemain, il pouvait reprendre sans avoir à affronter la page blanche.

Hemingway ne buvait jamais en écrivant — contrairement à sa légende. L'alcool venait après, quand le travail était fait. Sa discipline matinale lui permettait de produire avec une régularité remarquable, même pendant ses périodes les plus tourmentées. Il mesurait sa productivité en comptant les mots écrits chaque jour, qu'il notait sur un tableau près de son bureau : entre 500 et 1 000 mots par jour.

Haruki Murakami — le marathon de l'écriture

Murakami se lève à 4 heures du matin et écrit pendant cinq à six heures d'affilée. L'après-midi, il court 10 kilomètres ou nage 1 500 mètres. Il se couche à 21 heures. Ce rythme, qu'il maintient pendant les mois d'écriture d'un roman, est selon lui comparable à une transe hypnotique. Il ne voit presque personne pendant ces périodes.

« Tenir un tel rythme sur six mois à un an exige une bonne quantité de force mentale et physique », écrit-il dans Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. Pour Murakami, la discipline physique et la discipline d'écriture sont indissociables. Le corps soutient l'esprit. Courir chaque jour lui donne l'endurance nécessaire pour affronter les longs mois d'un roman.

Toni Morrison — avant les enfants

Quand elle élevait seule ses deux fils tout en travaillant comme éditrice chez Random House, Toni Morrison écrivait à 4 heures du matin, avant que les enfants ne se réveillent. C'était le seul créneau disponible. Elle a écrit Beloved, l'un des plus grands romans américains du XXe siècle, dans ces heures volées au sommeil.

Sa routine prouve une vérité fondamentale : on n'a jamais le temps d'écrire, on le prend. Les excuses sur le manque de temps s'effondrent face à l'exemple de Morrison, qui a produit onze romans, reçu le prix Nobel et élevé deux enfants en travaillant à plein temps.

Les noctambules : écrire quand le monde dort

Honoré de Balzac — 50 tasses de café et la nuit

Balzac est peut-être l'exemple le plus extrême de discipline d'écriture de l'histoire littéraire. Il se couchait à 18 heures, se levait à 1 heure du matin, et écrivait jusqu'à 8 heures. Après un bref repos, il reprenait le travail de corrections d'épreuves jusqu'à midi. Sa consommation de café était légendaire — on estime qu'il buvait jusqu'à 50 tasses par jour, un carburant qu'il considérait comme essentiel à sa créativité.

Ce rythme infernal lui a permis de produire les 90 romans et nouvelles de La Comédie humaine en vingt ans — un exploit quantitatif et qualitatif sans équivalent. Balzac est mort d'épuisement à 51 ans. Sa routine n'est évidemment pas un modèle de santé, mais elle illustre une chose : la quantité de travail nécessaire pour bâtir une œuvre majeure est colossale.

Franz Kafka — après le bureau

Kafka travaillait comme fonctionnaire à l'Institut d'assurance du Royaume de Bohême de 8 heures à 14 heures. Il écrivait ensuite le soir, souvent de 23 heures à 3 heures du matin, dans sa chambre du domicile familial. Ce double emploi du temps — fonctionnaire le jour, écrivain la nuit — l'a épuisé toute sa vie.

Pourtant, c'est dans ces heures nocturnes qu'il a écrit La Métamorphose, Le Procès et Le Château. Kafka prouve que l'écriture peut coexister avec un emploi salarié — à condition d'accepter de sacrifier son confort. Son journal intime est rempli de plaintes sur la fatigue, l'insomnie et le manque de temps. Il a écrit quand même.

Marguerite Duras — écrire dans l'alcool et la solitude

Duras écrivait dans sa maison de Neauphle-le-Château, seule, souvent accompagnée de vin. Elle n'avait pas d'horaire fixe — elle pouvait écrire deux heures ou douze, selon l'état du texte. Sa méthode était l'immersion totale : quand elle travaillait sur un livre, le livre devenait tout. Le monde extérieur cessait d'exister.

« Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit », écrit-elle dans Écrire. Pour Duras, la routine n'était pas une question d'horaire mais d'état mental : créer les conditions d'une solitude si profonde que les mots n'avaient d'autre choix que de venir.

Les mécaniques : un quota quotidien, quoi qu'il arrive

Stephen King — 2 000 mots par jour, point final

Dans Écriture : Mémoires d'un métier, Stephen King révèle sa méthode : 2 000 mots par jour, sept jours sur sept, y compris le jour de Noël et le jour de son anniversaire. Il écrit le matin, dans une pièce dédiée, porte fermée, musique rock à fond. Il ne s'arrête pas avant d'avoir atteint son quota.

Cette discipline lui a permis de publier plus de 70 romans en cinquante ans de carrière. King insiste sur le fait que la régularité crée l'habitude, et l'habitude libère la créativité. « N'attendez pas la muse. Installez-vous à votre bureau et commencez à écrire. La muse finira par comprendre où vous travaillez et elle viendra. »

Anthony Trollope — 250 mots tous les quarts d'heure

Le romancier victorien Anthony Trollope avait la routine la plus mécanique de l'histoire littéraire. Il se levait à 5h30, prenait un café, et écrivait de 5h30 à 8h30 en se chronométrant : 250 mots tous les quinze minutes. S'il terminait un roman avant 8h30, il prenait une nouvelle feuille et commençait le suivant sans transition.

Cette méthode lui a permis de produire 47 romans tout en occupant un poste à plein temps à la poste britannique. Quand il a révélé sa méthode dans son autobiographie, la critique victorienne a été scandalisée : on ne pouvait pas écrire de la bonne littérature de façon aussi industrielle. Pourtant, ses romans sont toujours lus 150 ans plus tard.

Simone de Beauvoir — régularité absolue

Beauvoir écrivait chaque matin de 10 heures à 13 heures, puis de 17 heures à 21 heures. Ce rythme, qu'elle a maintenu pendant des décennies, lui a permis de produire une œuvre immense : romans, essais philosophiques, mémoires, correspondances. Elle travaillait dans des cafés — le Café de Flore, Les Deux Magots — où le bruit ambiant lui servait de fond sonore.

Beauvoir et Sartre, qui partageaient souvent les mêmes cafés, incarnent une vision de l'écriture comme travail quotidien, aussi naturel que manger ou dormir. Pour Beauvoir, ne pas écrire un jour était aussi impensable que ne pas respirer.

Ce que ces routines nous apprennent

Malgré leur diversité, les routines de ces écrivains partagent des points communs qui dessinent les principes universels de la productivité littéraire :

  • La régularité prime sur la quantité — 500 mots par jour, tous les jours, produisent un roman en six mois. 5 000 mots un dimanche sur trois ne produisent rien.
  • Un lieu dédié — Bureau, café, cabane au fond du jardin : tous ces écrivains avaient un espace associé à l'écriture. Le cerveau apprend que tel lieu signifie « il est temps d'écrire ».
  • Un horaire fixe — Matin, nuit, après-midi : peu importe le créneau, pourvu qu'il soit le même chaque jour. La régularité transforme l'effort en automatisme.
  • L'acceptation de l'imperfection — Aucun de ces écrivains n'attendait que le texte soit parfait au premier jet. Hemingway disait : « Le premier jet de n'importe quoi est de la merde. » King, Balzac, Morrison : tous réécrivaient abondamment. La routine sert à produire de la matière brute, que la réécriture transformera en œuvre.

Trouver sa propre routine

Il n'existe pas de routine universelle. Murakami a besoin de silence et de solitude ; Beauvoir écrivait dans le brouhaha des cafés. King écrit avec du rock ; Kafka dans le silence de la nuit. La seule question qui compte est : à quel moment de la journée votre esprit est-il le plus disponible pour écrire ?

Trouvez ce créneau. Protégez-le. Et écrivez — chaque jour, même mal, même peu. Car ce qui sépare les écrivains publiés des rêveurs, ce n'est ni le talent ni l'inspiration. C'est la constance.