Falcon Éditions, Sydney Laurent Éditions, 7écrit : ces noms reviennent régulièrement dans les forums d'auteurs, les groupes Facebook et les discussions sur les réseaux sociaux. Toujours avec les mêmes interrogations de la part des auteurs : ces structures sont-elles fiables ? Quel service fournissent-elles réellement ? Faut-il leur confier son manuscrit ? Cet article compile les faits publics vérifiables — décisions de justice, publications au BODACC, enquêtes de presse — et les témoignages d'auteurs publiés sur des forums identifiés, afin de permettre à chacun de se forger son propre avis.
Édition à compte d'auteur : de quoi parle-t-on ?
Avant d'examiner ces structures, il est essentiel de rappeler ce qu'est l'édition à compte d'auteur. Contrairement à l'édition à compte d'éditeur (où l'éditeur investit et prend le risque financier), l'édition à compte d'auteur implique que l'auteur finance tout ou partie de la fabrication et de la diffusion de son livre. Ce modèle est légal en France, à condition que le prestataire soit transparent sur la nature du service rendu et sur les résultats raisonnablement attendus.
La Société des Gens de Lettres (SGDL) met cependant en garde les auteurs : certains prestataires à compte d'auteur adoptent un positionnement ambigu, se présentant comme des « éditeurs » ou des « agents littéraires » alors que leur modèle économique repose sur la facturation de prestations aux auteurs, et non sur les ventes de livres au public.
Falcon Éditions : ce que rapportent les auteurs
Les éditions Falcon se présentent comme un « agent littéraire » proposant un accompagnement complet. Leur modèle repose sur la vente de prestations éditoriales (correction, mise en page, couverture, impression, référencement) moyennant une participation financière de l'auteur.
Sur les forums d'auteurs (Cocyclics, Jeunes Écrivains) et dans des groupes Facebook dédiés, plusieurs témoignages — que nous relayons ici sans pouvoir les vérifier individuellement — font état des points suivants :
- Un démarchage téléphonique proactif : Plusieurs auteurs rapportent avoir été contactés par téléphone après avoir déposé un manuscrit en ligne. Selon ces témoignages, le discours tenu est très encourageant, évoquant un « talent remarqué » ou un « potentiel éditorial ». Il convient de noter qu'un éditeur à compte d'éditeur ne procède généralement pas par démarchage téléphonique.
- Des tarifs jugés élevés par certains auteurs : D'après les témoignages consultés, les forfaits proposés se situeraient entre 3 000 et 7 000 € selon les formules. À titre de comparaison, des prestations équivalentes (correction professionnelle, mise en page, création de couverture, impression d'un premier tirage) peuvent être obtenues auprès de prestataires indépendants pour des montants généralement inférieurs. Chaque auteur est invité à comparer les devis avant de s'engager.
- Une diffusion en librairie limitée : Selon ces mêmes témoignages, les ouvrages publiés ne seraient pas présents physiquement en rayon dans les librairies, mais uniquement référencés comme « commandables » dans les bases de données professionnelles (Dilicom). Il s'agit d'une situation courante dans l'édition à compte d'auteur : la présence en rayon dépend du choix des libraires, que l'éditeur ne peut imposer.
- Des ventes décevantes pour certains : Plusieurs auteurs déclarent avoir vendu un nombre limité d'exemplaires, principalement dans leur entourage.
Précision importante : à notre connaissance, les éditions Falcon n'ont fait l'objet d'aucune condamnation judiciaire. Les éléments ci-dessus sont des témoignages d'auteurs publiés sur des forums publics. Ils ne constituent pas des accusations, mais des retours d'expérience à prendre en compte dans une démarche d'information.
Sydney Laurent et 7écrit : les faits documentés
Le cas des éditions Sydney Laurent est différent : il est abondamment documenté par la presse nationale et par des décisions de justice publiques.
7écrit et Sydney Laurent : la même société
Selon l'enquête publiée par ActuaLitté le 6 mars 2024, 7écrit est l'ancienne dénomination de Sydney Laurent Éditions. Le changement de nom a été validé en 2018 par les deux associés de l'époque : Marc-Henry Solange — qui utilisait également le nom de Jean-Marc Fauré, selon les termes employés par ActuaLitté et Livres Hebdo — et Olivier Boissy (ActuaLitté, 6 mars 2024).
Condamnation de 7écrit pour contrefaçon (2017)
Toujours selon ActuaLitté et Le Courrier Picard, l'auteure Agnès Quentin avait signé en décembre 2013 un contrat avec 7écrit pour la fabrication et la promotion de son roman, moyennant un acompte de 4 000 €. Elle a porté plainte, reprochant à la structure de ne pas lui avoir versé ses droits d'auteur et d'avoir continué à vendre son livre après l'expiration du contrat de 18 mois. Le 15 décembre 2017, le tribunal de grande instance de Paris a condamné 7écrit pour contrefaçon, la condamnant à verser 2 000 € de dommages et intérêts. Le changement de dénomination pour « Sydney Laurent Éditions » est intervenu peu après cette condamnation.
Liquidation judiciaire de Sydney Laurent (2023)
Le 9 mars 2023, le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de Sydney Laurent Éditions SAS, ainsi que de deux sociétés liées : les éditions Saint-Honoré et SL Promotion. La date de cessation des paiements a été fixée au 24 octobre 2022. Le liquidateur désigné est la SCP BTSG² (source : BODACC ; Repreneurs.com).
Auparavant, en février 2022, Marc-Henry Solange avait ouvert une librairie de 1 300 m² à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes), revendiquant 38 000 références. Selon Livres Hebdo, le Syndicat de la librairie française (SLF) avait notifié à l'enseigne une infraction à la loi Lang sur le prix unique du livre en raison de promotions inhabituelles. Dans une vidéo YouTube de juillet 2020, la société annonçait l'ouverture de « 150 librairies Sydney Laurent » sous deux ans.
La librairie a fermé après quelques mois. En février 2024, le propriétaire des murs a fait jeter environ 60 tonnes de livres à la benne pour libérer le local, comme l'a rapporté France 3 PACA (ActuaLitté, 6 mars 2024).
Selon ActuaLitté, des auteurs ayant versé entre 750 € et plus de 4 000 € à Sydney Laurent déclarent n'avoir reçu ni relevé de ventes, ni droits d'auteur, ni réponse du liquidateur. D'après Lionel Taes — qui avait repris la présidence de la société en octobre 2019 — un dépôt de plainte a été effectué à l'encontre de Marc-Henry Solange dit Jean-Marc Fauré.
Le passé judiciaire documenté de Jean-Marc Fauré / Marc-Henry Solange
Plusieurs sources de presse nationale permettent de retracer le parcours judiciaire du fondateur de 7écrit / Sydney Laurent.
L'affaire « Un bruit qui court » et la chute de la Banque Industrielle de Monaco
Selon Le Monde du 12 janvier 1991, Jean-Marc Fauré avait déjà été « condamné à plusieurs reprises pour escroquerie » avant l'affaire qui suit. En 1987, il crée la société de franchise « Un bruit qui court » (UBC), spécialisée dans le prêt-à-porter, les accessoires et les bijoux. Le modèle proposait à des gérants salariés d'exploiter des boutiques à son enseigne moyennant un droit d'entrée de 300 000 francs (Le Monde, 12 janvier 1991).
La Banque Industrielle de Monaco (BIM), établissement de droit monégasque fondé en 1975, soutenait l'opération en accordant des prêts systématiques aux candidats franchisés, selon Le Monde. Environ 200 boutiques ont été ouvertes en France, ainsi qu'une société jumelle — « Elle court, elle court la fripe » — spécialisée dans le vêtement d'occasion.
Toujours selon Le Monde, fin décembre 1989, la BIM cesse d'accorder des découverts à UBC : ceux-ci s'élèvent alors à 80 millions de francs. Le passif d'« Un bruit qui court » atteint 110 millions de francs. La société est mise en redressement judiciaire le 15 décembre 1989. La BIM est fermée sur décision de la Commission bancaire le 29 janvier 1990, puis mise en liquidation le 5 mars 1990. Le fondé de pouvoir de la banque, Jean Ferry, se suicide le 20 février 1990.
Le directeur de la BIM, Jean-Claude Colcy, est poursuivi pour complicité d'escroquerie, abus de biens sociaux et banqueroute. La fondatrice de la banque, la princesse Isabelle de Bourbon-Parme, est inculpée de complicité d'escroquerie — il lui est reproché d'avoir « facilité les agissements de Jean-Marc Fauré » en accordant des libéralités et en fournissant aux franchisés des documents attestant faussement de la bonne santé de la société, selon les termes de l'article du Monde.
Jean-Marc Fauré prend la fuite en Suisse. D'abord condamné par défaut à 5 ans d'emprisonnement, il est extradé. Le 11 avril 1995, le tribunal correctionnel de Grasse le condamne à 7 ans de prison et 5 millions de francs d'amende, selon Les Échos (Les Échos, 12 avril 1995).
De la franchise à l'édition
Comme le rapporte Livres Hebdo dans son enquête du 8 avril 2024 : « Le fondateur de la maison, Jean-Marc Fauré, alias Marc-Henry Solange, n'est pas inconnu des tribunaux. En 1995, il avait écopé d'une peine de prison pour une affaire d'escroquerie aux franchisés (les magasins de mode "Un bruit qui court"), à l'origine de la chute d'une grande banque monégasque. » (Livres Hebdo, 8 avril 2024).
Toujours selon Livres Hebdo, Fauré/Solange a ensuite exercé « un temps dans le milieu de la mode, plus tard dans celui des castings » avant de fonder 7écrit, puis Sydney Laurent Éditions, et de publier lui-même des livres sous le nom de Solange. La SGDL a déclaré à Livres Hebdo avoir « été saisie à maintes reprises » concernant Sydney Laurent, « listant des accusations allant du dol et abus de confiance à la violation du droit moral ». Un collectif d'auteurs s'est constitué derrière un avocat.
Les signaux d'alerte selon les organismes professionnels
La SGDL et les syndicats d'auteurs recommandent la plus grande vigilance face aux structures qui cumulent les caractéristiques suivantes :
- L'éditeur contacte l'auteur en premier. En édition traditionnelle, c'est l'auteur qui soumet son manuscrit. Un éditeur à compte d'éditeur ne procède pas par démarchage téléphonique.
- Une participation financière est demandée à l'auteur. En édition à compte d'éditeur, l'auteur ne paie rien : c'est l'éditeur qui investit et prend le risque financier. Si l'on vous demande une « participation » ou un « forfait », il s'agit d'un modèle à compte d'auteur — ce qui est légal, mais doit être clairement présenté comme tel.
- Un discours très élogieux dès le premier contact. Les professionnels de l'édition soulignent qu'un comité de lecture sérieux ne qualifie pas un manuscrit inconnu d'« exceptionnel » ou de « best-seller en puissance ». La prudence est la norme dans l'évaluation éditoriale.
- Une pression à la décision rapide. Les formulations du type « offre valable cette semaine » ou « places limitées » relèvent de techniques commerciales qui ne sont pas pratiquées dans l'édition traditionnelle.
- L'impossibilité d'obtenir le contrat avant signature. Tout éditeur ou prestataire sérieux doit fournir le contrat en amont. La SGDL propose un service de relecture contractuelle pour ses membres.
L'édition à compte d'auteur : un marché légal mais exigeant pour l'auteur
L'édition à compte d'auteur répond à un besoin réel. Chaque année, des dizaines de milliers de manuscrits sont écrits en France ; une infime proportion est retenue par les éditeurs traditionnels. Pour les auteurs qui souhaitent néanmoins publier leur livre, le compte d'auteur est une option — à condition d'en comprendre les termes.
Des alternatives existent, avec des niveaux de transparence et de coût variables :
- L'auto-édition sur Amazon KDP, BoD ou Bookelis : gratuite ou peu coûteuse. L'auteur conserve le contrôle total et perçoit 60 à 70 % du prix de vente.
- Des prestataires éditoriaux indépendants : correcteurs, graphistes, maquettistes freelances dont les tarifs sont comparables et vérifiables sur le marché.
- Le financement participatif : des plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank permettent de tester l'intérêt du public avant de financer la production.
- Les concours et appels à manuscrits : de nombreux éditeurs lancent des appels à textes thématiques. Notre annuaire des éditeurs recense les maisons et leurs procédures de soumission.
Synthèse
Concernant Sydney Laurent / 7écrit, les faits sont établis par des décisions de justice (condamnation de 7écrit pour contrefaçon en 2017 ; condamnation de Jean-Marc Fauré à 7 ans de prison pour escroquerie en 1995), par des publications légales (liquidation judiciaire en mars 2023) et par des enquêtes de presse nationale (Le Monde, Les Échos, Livres Hebdo, ActuaLitté, France 3 PACA). Le fondateur de ces structures, condamné pour escroquerie dans les années 1990 dans une affaire ayant provoqué la faillite d'une banque monégasque, a ensuite fondé 7écrit puis Sydney Laurent, aujourd'hui en liquidation judiciaire.
Concernant Falcon Éditions, nous n'avons connaissance d'aucune condamnation judiciaire ni d'aucune procédure en cours. Les éléments rapportés dans cet article proviennent exclusivement de témoignages d'auteurs publiés sur des forums publics. Ils appellent à la vigilance, non à la condamnation.
Notre recommandation à tout auteur sollicité par un prestataire éditorial :
- Vérifiez l'identité du dirigeant sur Societe.com, Infogreffe ou Pappers. Recherchez si son nom apparaît dans d'autres sociétés liquidées.
- Exigez un devis détaillé poste par poste et comparez-le avec les tarifs du marché.
- Faites relire le contrat par la SGDL ou un avocat spécialisé en propriété intellectuelle avant de signer.
- Distinguez clairement un éditeur à compte d'éditeur (qui investit) d'un prestataire à compte d'auteur (que vous payez).
Pour aller plus loin, consultez notre guide sur l'édition à compte d'auteur et les pratiques à connaître.
« La SGDL a été saisie à maintes reprises [concernant Sydney Laurent], listant des accusations allant du dol et abus de confiance à la violation du droit moral. » — Livres Hebdo, 8 avril 2024