Édition à compte d'auteur : pourquoi tant de débats ?
Tapez « édition à compte d'auteur » dans un moteur de recherche, et vous tomberez sur des dizaines de forums où des auteurs parlent d'arnaque, de piège, de modèle à fuir. Le mot « arnaque » revient constamment dans les discussions en ligne. Pourtant, ce modèle de publication existe depuis des siècles et a permis la parution d'œuvres majeures, dont Du côté de chez Swann de Marcel Proust en 1913 — publié à compte d'auteur chez Grasset après le refus de Gallimard.
Alors, l'édition à compte d'auteur est-elle vraiment une arnaque, comme certains le prétendent ? Ou s'agit-il d'un modèle légitime mal compris et parfois mal représenté ? La réalité, comme souvent, est plus nuancée que les avis tranchés des forums. Voici un guide complet pour y voir clair.
Les trois modèles d'édition
Trois grands modèles coexistent dans le monde du livre :
- L'édition à compte d'éditeur — L'éditeur finance tout : correction, maquette, impression, distribution, promotion. L'auteur ne paie rien. L'éditeur prend le risque financier et se rémunère sur les ventes. En contrepartie, il perçoit la majorité du prix de vente (l'auteur touchant entre 6 % et 12 % du prix HT selon les contrats). C'est le modèle pratiqué par Gallimard, Grasset, Flammarion, Actes Sud et la majorité des grandes maisons.
- L'auto-édition — L'auteur finance et gère tout lui-même : correction, maquette, couverture, impression, distribution. C'est un choix souvent motivé par le désir de garder le contrôle total sur son œuvre et de percevoir une marge plus élevée par exemplaire vendu. Les plateformes comme Amazon KDP, BoD ou Bookelis facilitent cette démarche.
- L'édition à compte d'auteur (ou participative) — L'auteur confie la publication à un prestataire spécialisé moyennant une participation financière. Ce prestataire prend en charge la mise en page, la couverture, l'impression et le référencement. C'est un modèle pertinent pour les auteurs qui souhaitent un accompagnement professionnel sans passer par la sélection très restrictive de l'édition traditionnelle.
Les avantages de l'édition à compte d'auteur
Ce modèle présente plusieurs atouts pour certains profils d'auteurs :
- Accessibilité : pas de sélection drastique. Tout auteur peut publier son livre, quel que soit le genre ou le sujet. C'est une porte ouverte pour les projets que l'édition traditionnelle ne peut pas absorber.
- Rapidité : les délais de publication sont beaucoup plus courts qu'en édition traditionnelle (quelques semaines à quelques mois, contre un à deux ans).
- Accompagnement : les meilleurs prestataires proposent un véritable accompagnement éditorial : correction, mise en page professionnelle, création de couverture, obtention de l'ISBN, référencement en ligne.
- Projets spécifiques : mémoires familiales, recueils de poésie, ouvrages de niche, livres professionnels, témoignages — autant de projets pour lesquels l'édition à compte d'auteur est parfaitement adaptée.
- Conservation des droits : dans la plupart des cas, l'auteur conserve l'intégralité de ses droits patrimoniaux, ce qui lui laisse la liberté de changer de prestataire ou de proposer son œuvre à un éditeur traditionnel par la suite.
Pourquoi certains auteurs parlent d'arnaque ?
Sur les forums d'écriture, dans les groupes Facebook et sur les réseaux sociaux, on lit régulièrement des témoignages d'auteurs qui qualifient l'édition à compte d'auteur d'arnaque. D'où vient cette perception ?
Dans la plupart des cas, les auteurs qui parlent d'arnaque sont des auteurs déçus par un décalage entre leurs attentes et la réalité. Ils espéraient une diffusion en librairie comparable à celle de l'édition traditionnelle, des ventes significatives ou une reconnaissance médiatique — et ils n'ont pas obtenu ces résultats. Cette déception est compréhensible, mais elle relève davantage d'un malentendu sur le modèle que d'une arnaque au sens propre.
L'édition à compte d'auteur n'a jamais prétendu remplacer l'édition traditionnelle. C'est un service de publication : vous payez pour que votre livre soit fabriqué, mis en page et rendu disponible. Si vous comprenez cela dès le départ, il n'y a pas de mauvaise surprise. Le problème survient quand les attentes ne correspondent pas à la prestation.
Il arrive aussi que certains auteurs confondent « arnaque » et « mauvais rapport qualité-prix ». Un prestataire qui facture 5 000 € pour un service qui en vaut 1 500 € n'est pas un escroc au sens juridique — mais il pratique des tarifs excessifs. C'est pourquoi comparer les offres est essentiel.
Enfin, certains témoignages très négatifs sur les forums datent de plusieurs années et concernent des pratiques qui ont évolué depuis. Le marché s'est professionnalisé, les prestataires sérieux se sont démarqués, et les auteurs sont aujourd'hui mieux informés grâce aux communautés en ligne.
Les cas qui alimentent la méfiance
Plusieurs noms reviennent régulièrement dans les discussions entre auteurs comme exemples de prestataires à éviter ou à aborder avec la plus grande prudence :
- 7écrit (anciennement 7 Écrit Éditions) : cette structure a fait l'objet de nombreux témoignages négatifs d'auteurs dénonçant des tarifs très élevés pour des prestations jugées insuffisantes, une qualité d'impression médiocre, une absence quasi totale de diffusion en librairie et un service après-vente défaillant. Plusieurs auteurs rapportent avoir payé entre 3 000 et 6 000 € sans obtenir les résultats promis.
- Sydney Laurent Éditions : même constat. De nombreux auteurs témoignent de promesses commerciales non tenues — notamment sur la diffusion en librairie et la promotion — pour des forfaits pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros. La structure a également été pointée du doigt pour un démarchage agressif : des auteurs rapportent avoir été contactés après avoir soumis un manuscrit en ligne, avec un discours très flatteur suivi d'une proposition commerciale onéreuse.
- Falcon Éditions : souvent mentionnée dans les mêmes discussions que Sydney Laurent, cette maison présente un modèle très similaire : sollicitation directe des auteurs, discours valorisant, forfaits élevés et résultats décevants en termes de ventes et de visibilité. Les points communs entre ces structures ont conduit de nombreux auteurs à les associer sous l'expression « même combat ».
Le point commun de ces structures est un décalage majeur entre le discours commercial et la réalité des prestations. Si vous êtes contacté par un éditeur qui vous dit que votre manuscrit a été « sélectionné » ou « remarqué », soyez vigilant : les éditeurs traditionnels ne démarchent jamais les auteurs de cette façon. Un véritable éditeur à compte d'éditeur ne vous demande pas d'argent.
Bien choisir son prestataire
Le marché de l'édition à compte d'auteur est vaste et les offres varient considérablement. Voici les critères essentiels pour faire le bon choix :
- Transparence des tarifs : un bon prestataire fournit un devis détaillé, avec la ventilation précise des coûts (mise en page, couverture, impression, référencement, promotion). Demandez toujours un devis complet avant de vous engager.
- Qualité du travail éditorial : renseignez-vous sur les prestations incluses. Le prestataire propose-t-il une relecture, une correction, des suggestions d'amélioration ? La qualité de la mise en page et de la couverture est-elle professionnelle ? Demandez à voir des exemples de livres déjà publiés.
- Diffusion et distribution : votre livre sera-t-il référencé sur les grandes plateformes (Amazon, Fnac, Decitre) ? Sera-t-il commandable en librairie via un distributeur professionnel ? Plus la diffusion est large, mieux c'est.
- Conditions contractuelles : lisez attentivement le contrat. Vérifiez la durée d'engagement, les conditions de résiliation, et surtout que vous conservez vos droits d'auteur. Un bon contrat à compte d'auteur vous laisse libre de récupérer votre œuvre à tout moment.
- Avis d'autres auteurs : consultez les témoignages d'auteurs ayant déjà publié avec ce prestataire. Les forums d'auteurs comme Cocyclics, les groupes Facebook dédiés à l'édition et les avis en ligne sont des sources précieuses.
Le coût : à quoi s'attendre ?
Le budget varie selon les formules proposées :
- Formule de base : à partir de 500 € environ (mise en page, couverture standard, référencement en ligne, ISBN).
- Formule intermédiaire : entre 1 000 € et 2 500 € (correction orthographique et typographique, couverture personnalisée, tirage initial, référencement élargi).
- Formule complète : de 2 500 € à 5 000 € ou plus (coaching éditorial, campagne de communication, envoi de services de presse, accompagnement personnalisé).
Comparez toujours plusieurs offres et assurez-vous de comprendre précisément ce qui est inclus dans chaque formule. C'est en comparant que l'on évite les déceptions — et que l'on comprend pourquoi certains auteurs, ayant payé trop cher pour trop peu, finissent par parler d'arnaque sur les forums.
Les ressources utiles
Pour vous aider dans votre choix, plusieurs ressources sont disponibles :
- Le site de la SGDL (Société des Gens de Lettres, sgdl.org) propose des conseils et des informations sur les différents modèles d'édition.
- Les forums d'auteurs comme Cocyclics ou les groupes Facebook dédiés à l'édition permettent d'échanger avec des auteurs expérimentés.
- Le SNE (Syndicat national de l'édition) publie des guides pratiques pour les auteurs.
- Les librairies de votre ville peuvent vous renseigner sur la présence en rayon des livres publiés par un prestataire donné.
Les différentes voies de publication
L'édition à compte d'auteur n'est qu'une option parmi d'autres. Selon votre profil et vos objectifs, d'autres voies méritent d'être explorées :
- L'édition traditionnelle : si vous visez une carrière littéraire et une présence large en librairie, ciblez les maisons d'édition à compte d'éditeur. La sélection est exigeante mais la validation éditoriale et la diffusion sont incomparables.
- L'auto-édition : Amazon KDP, BoD, Bookelis, IngramSpark permettent de publier sans frais initiaux. Vous gardez le contrôle total mais devez gérer vous-même tous les aspects (maquette, couverture, promotion).
- L'édition participative : un modèle intermédiaire où l'auteur et l'éditeur partagent les coûts et les risques. Certaines maisons proposent ce modèle avec un véritable accompagnement éditorial.
- Les concours et appels à manuscrits : de nombreux éditeurs lancent des appels à textes thématiques, une porte d'entrée intéressante pour les nouveaux auteurs.
« L'édition à compte d'auteur n'est pas une arnaque — c'est un modèle de publication parmi d'autres. Ce qui fait la différence entre une bonne expérience et une mauvaise, c'est le choix du prestataire et la clarté des attentes. Renseignez-vous, comparez, et publiez en connaissance de cause. » — La Rédaction