Les aides existent : encore faut-il les connaître
Écrire un livre ne rapporte rien… tant qu'il n'est pas publié. Et même publié, la réalité économique est rude : selon une enquête de la SGDL, le revenu médian d'un auteur en France est inférieur à 1 000 € par an pour son activité littéraire. Publier coûte cher si vous vous auto-éditez, et même en édition traditionnelle, l'à-valoir moyen d'un premier roman dépasse rarement 3 000 €. Heureusement, la France dispose d'un système d'aides unique au monde pour les auteurs. Voici le guide complet pour financer votre projet littéraire en 2023.
Les bourses du Centre national du livre (CNL)
Le CNL est le principal organisme public de soutien aux auteurs en France. Financé par une taxe sur les appareils de reprographie et le chiffre d'affaires des éditeurs, il dispose d'un budget annuel d'environ 25 millions d'euros consacrés au soutien à la création. Ses principales bourses :
- Bourse de création : de 5 000 à 30 000 € pour un projet de livre (roman, essai, poésie, jeunesse, BD). Sélection sur dossier comprenant un synopsis détaillé, un extrait significatif et un CV littéraire. 3 sessions de candidature par an (février, juin, octobre).
- Bourse de résidence : Financement d'un séjour en résidence d'écriture (3 à 6 mois), incluant hébergement et bourse mensuelle de subsistance.
- Bourse de traduction : Pour les traducteurs littéraires, essentielle dans un pays qui traduit plus de 15 000 titres par an.
- Bourse « année sabbatique » : Jusqu'à 30 000 € pour permettre à un auteur confirmé de se consacrer entièrement à un projet ambitieux pendant un an.
- Conditions générales : Pour la plupart des bourses, il faut avoir déjà publié au moins un ouvrage chez un éditeur reconnu et disposer d'un numéro AGESSA ou affilié à la Sécurité sociale des artistes-auteurs.
En 2023, le CNL a attribué plus de 500 bourses à des auteurs de toutes disciplines. Le taux de sélection varie de 15 à 30 % selon les sessions — des chances bien plus élevées que la soumission d'un manuscrit chez un éditeur.
Les aides régionales
Presque toutes les régions de France disposent d'une agence régionale du livre qui propose des aides spécifiques aux auteurs résidant sur son territoire :
- Île-de-France : Bourses de résidence, aides à la création, dispositifs de soutien aux auteurs de BD et jeunesse. Le MOTif (devenu l'agence Île-de-France Livre) propose aussi des formations.
- Nouvelle-Aquitaine : ALCA (Agence Livre, Cinéma et Audiovisuel) — aides de 1 500 à 6 000 €, résidences dans des lieux patrimoniaux.
- Occitanie : Occitanie Livre & Lecture — bourses de création, résidences et aides à la diffusion.
- Auvergne-Rhône-Alpes : Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture — bourses et accompagnement des auteurs émergents.
- Bretagne : Livre et Lecture en Bretagne — programme de résidences particulièrement riche.
- PACA : Aide à la création littéraire, résidences en Provence, programmes de médiation en milieu scolaire.
Contactez votre agence régionale du livre ou la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) de votre région pour connaître l'ensemble des dispositifs locaux. Les aides régionales sont souvent moins connues et donc moins sollicitées — vos chances de les obtenir sont bonnes.
Les résidences d'écriture
Les résidences offrent ce dont tout auteur rêve : un lieu calme, du temps dédié à l'écriture et parfois une bourse de subsistance. Elles constituent un tremplin formidable pour avancer sur un projet :
- La Villa Médicis (Rome) — Le graal absolu. 12 mois de résidence à l'Académie de France à Rome pour artistes et écrivains. Sélection très compétitive (moins de 5 % des candidats retenus).
- La Maison des écrivains étrangers et traducteurs (MEET, Saint-Nazaire) — Résidences de 1 à 3 mois pour auteurs et traducteurs.
- Les résidences du CNL — Partenariat avec des villes et régions : résidences en bibliothèques, en milieu rural, dans des monuments historiques.
- La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon — Centre national des écritures du spectacle, ouvert aussi aux auteurs de littérature.
- Les résidences à l'étranger — Institut français, Alliance française, Villa Kujoyama (Kyoto), Villa Albertine (États-Unis). Des opportunités pour écrire loin de son quotidien.
Le crowdfunding littéraire
Le financement participatif est une option de plus en plus utilisée, en particulier pour les auteurs auto-édités ou les projets atypiques que l'édition traditionnelle refuse de porter :
- Ulule et KissKissBankBank — Les plateformes françaises de référence, avec des catégories dédiées à l'édition.
- Budget moyen collecté pour un livre : 2 000 à 5 000 €, mais certains projets dépassent les 20 000 €.
- Clé du succès : une communauté existante (newsletter, réseaux sociaux, blog) et des contreparties attractives — livre dédicacé, nom dans les remerciements, marque-page exclusif, atelier d'écriture privé, dîner avec l'auteur.
- Attention : le crowdfunding demande un investissement considérable en communication. Prévoyez 2 à 3 mois de préparation avant le lancement et une animation quotidienne pendant la campagne.
Autres pistes de financement
- Les prix et concours littéraires : Certains prix récompensent des manuscrits inédits (prix du Premier Roman, prix littéraires régionaux). Les dotations vont de 500 à 10 000 €.
- Les ateliers d'écriture et interventions : Animer des ateliers en médiathèques, en milieu scolaire ou en entreprise peut constituer un complément de revenu significatif (50 à 150 € de l'heure).
- Le statut d'artiste-auteur : En France, les auteurs de livres bénéficient d'un régime social spécifique qui leur donne accès à l'assurance maladie et à la retraite, à condition de déclarer des revenus d'auteur.
« La création littéraire est un investissement culturel. Les aides existent pour que les auteurs puissent écrire sans se ruiner. Il faut les chercher, candidater, et ne pas se décourager. » — CNL