Les conseils d'édition

Faire imprimer un livre : conseils et astuces pour un résultat professionnel

Faire imprimer un livre conseils astuces guide

Imprimer un livre : le moment où tout devient concret

Vous avez écrit votre manuscrit, vous l'avez corrigé, relu, mis en page. Le texte est prêt. La couverture est prête. Et maintenant ? Il faut imprimer. C'est l'étape qui transforme un fichier numérique en un objet physique — un vrai livre, avec du papier, une couverture, une tranche, un poids dans la main. C'est aussi l'étape où de nombreux auteurs, surtout en autoédition, commettent des erreurs coûteuses.

Que vous soyez auteur auto-édité, éditeur indépendant ou porteur d'un projet associatif, ce guide vous donne tous les conseils et astuces pour faire imprimer un livre de qualité professionnelle sans vous ruiner.

Les deux modèles d'impression : POD vs offset

Le premier choix fondamental concerne le modèle d'impression. Deux options existent, chacune avec ses avantages et ses limites.

L'impression à la demande (POD)

Le Print on Demand (impression à la demande) est le modèle qui a révolutionné l'autoédition depuis les années 2010. Le principe : chaque exemplaire est imprimé individuellement, au moment où il est commandé. Aucun stock, aucun investissement initial.

  • Avantages : zéro coût initial, aucun stock à gérer, disponibilité permanente sur les plateformes de vente, modifications possibles à tout moment.
  • Inconvénients : coût unitaire plus élevé (3 à 7 € par exemplaire pour un roman standard), marge réduite pour l'auteur, qualité d'impression légèrement inférieure à l'offset pour les ouvrages illustrés.
  • Plateformes principales : Amazon KDP (leader mondial), BoD (Books on Demand, allemand, très présent en France), IngramSpark (distribution la plus large, accès aux librairies), Bookvault (britannique, qualité premium).

Le POD est idéal pour : les premiers livres, les auteurs qui ne veulent pas prendre de risque financier, les ouvrages à tirage modeste (moins de 300 exemplaires prévus), les ebooks accompagnés d'une version papier.

L'impression offset

L'offset est le procédé traditionnel utilisé par les maisons d'édition. On imprime un tirage — 300, 500, 1 000 exemplaires ou plus — en une seule fois. Le coût unitaire baisse considérablement avec la quantité.

  • Avantages : coût unitaire très bas à partir de 500 exemplaires (1 à 3 € par livre), qualité d'impression supérieure (surtout pour les images et les couleurs), choix plus large de papiers, finitions et formats.
  • Inconvénients : investissement initial important (500 à 3 000 € selon le tirage), nécessité de stocker les exemplaires, risque d'invendus, modifications impossibles une fois imprimé.
  • Imprimeurs français : Corlet (Normandie), Normandie Roto (référence pour les grands tirages), CPI (groupe Hachette), Sepec (Péronnas), Book'it (Lyon, spécialiste du petit tirage offset).

L'offset est idéal pour : les tirages de 500 exemplaires et plus, les beaux livres et albums illustrés, les éditeurs indépendants, les auteurs qui font des salons du livre (vente directe = meilleure marge).

Le choix du format : ne pas se tromper

Le format de votre livre influence son apparence, son coût d'impression et sa perception par le lecteur. Voici les formats standards en France :

  • Poche (11 × 17,8 cm) — Le format le plus économique. Idéal pour les romans, les essais, les guides pratiques. C'est le format des collections Folio, Poche, J'ai Lu. Coût d'impression le plus bas.
  • Roman standard (14 × 21,5 cm ou 15,5 × 23,5 cm) — Le format « grand format » classique des librairies. C'est celui de la plupart des romans publiés en édition traditionnelle. Plus cher que le poche, mais perçu comme plus qualitatif.
  • A5 (14,8 × 21 cm) — Format polyvalent, courant en autoédition. Bon compromis entre lisibilité et coût.
  • Carré (21 × 21 cm) — Réservé aux livres de photos, albums jeunesse, livres de cuisine. Plus cher, plus complexe, mais visuellement très impactant.
  • A4 (21 × 29,7 cm) — Beaux livres, catalogues d'art, manuels techniques. Le format le plus cher.

Astuce : avant de choisir, allez dans une librairie et manipulez des livres de votre genre. Regardez quel format les éditeurs de votre catégorie utilisent. Un thriller au format carré, ce serait bizarre. Un livre de recettes en format poche, ce serait frustrant.

Le choix du papier : un impact considérable

Le papier est l'un des postes les plus sous-estimés par les auteurs débutants. Il détermine le toucher, le poids, l'épaisseur et la lisibilité de votre livre.

  • Papier bouffant (80 à 90 g/m²) — Le standard pour les romans et les essais. Légèrement crème ou ivoire, opaque, agréable au toucher. C'est le papier utilisé par la plupart des maisons d'édition pour la fiction. Privilégiez le crème au blanc pur : il fatigue moins les yeux en lecture prolongée.
  • Papier offset blanc (80 à 120 g/m²) — Plus lisse et plus blanc que le bouffant. Adapté aux ouvrages avec des illustrations en noir et blanc, des schémas ou des tableaux. Rendu plus net pour le texte technique.
  • Papier couché (115 à 170 g/m²) — Papier brillant ou mat, utilisé pour les livres avec des photos couleur. Indispensable pour les beaux livres, les albums, les livres de cuisine. Nettement plus cher et plus lourd.

Astuce : demandez toujours un échantillon de papier à votre imprimeur avant de valider. Touchez-le, pliez-le, vérifiez l'opacité (le texte ne doit pas transparaître au verso). Un bon papier, c'est la moitié du plaisir de lecture.

La couverture : l'emballage fait la vente

La couverture est la première chose que le lecteur voit. En impression, trois décisions s'imposent :

Souple ou rigide ?

  • Couverture souple (broché) — Le standard pour 95 % des livres. Moins cher, plus léger, plus facile à produire. Quasiment tous les romans et essais sont publiés en broché.
  • Couverture rigide (relié / cartonné) — Réservée aux beaux livres, éditions collector, livres jeunesse cartonnés. Plus cher (2 à 5 € de surcoût par exemplaire), mais perçu comme premium.

Le pelliculage

Le pelliculage est le film plastique appliqué sur la couverture. Il protège l'encre, renforce la solidité et donne un fini professionnel. Deux options :

  • Mat — Toucher doux et velouté, rendu élégant et sobre. Le choix dominant en littérature contemporaine. Très tendance depuis 5 ans.
  • Brillant — Toucher lisse, couleurs éclatantes, aspect « vitrine ». Plus classique, adapté aux couvertures très colorées (jeunesse, BD, cuisine).

Astuce : le pelliculage mat avec un vernis sélectif brillant sur le titre est un rendu très haut de gamme. De nombreuses maisons d'édition utilisent cette technique pour leurs parutions phares. C'est possible en offset, rarement en POD.

Le dos et la tranche

N'oubliez pas que votre livre sera vu de profil dans les rayons des librairies. La tranche (le dos du livre) doit afficher le titre, le nom de l'auteur et éventuellement le logo de l'éditeur. Si votre livre fait moins de 80 pages, la tranche sera trop fine pour y imprimer quoi que ce soit — c'est un paramètre à anticiper.

L'ISBN : obligatoire ou pas ?

L'ISBN (International Standard Book Number) est le numéro unique qui identifie votre livre dans les bases de données mondiales. En France, il est attribué gratuitement par l'AFNIL (Agence Francophone pour la Numérotation Internationale du Livre).

  • Obligatoire si vous voulez vendre en librairie, être référencé chez les distributeurs (Hachette Distribution, Sodis, Harmonia Mundi) ou dans les bibliothèques.
  • Facultatif si vous vendez uniquement sur Amazon (qui attribue son propre code ASIN) ou en vente directe.
  • Astuce : chaque format nécessite un ISBN différent. Votre version brochée, votre version reliée et votre ebook ont chacun leur propre ISBN. Demandez-en plusieurs à l'AFNIL, c'est gratuit et cela prend 48 heures.

Le BAT : l'étape à ne jamais négliger

Le BAT (Bon à Tirer) est l'épreuve finale que l'imprimeur vous envoie avant de lancer le tirage. C'est votre dernière chance de repérer une erreur avant que des centaines d'exemplaires soient imprimés.

  • Vérifiez la couverture : titre, nom d'auteur, ISBN, quatrième de couverture, tranche.
  • Vérifiez les premières et dernières pages : page de titre, achevé d'imprimer, table des matières.
  • Vérifiez les marges et les fonds perdus : le texte ne doit pas être rogné à la coupe.
  • Vérifiez les images : résolution, cadrage, couleurs (surtout en offset couleur).

Astuce : commandez toujours un exemplaire physique de vérification en POD avant de lancer la commercialisation. Sur Amazon KDP, vous pouvez commander un exemplaire auteur à prix coûtant. Sur IngramSpark, commandez un proof copy. Tenez-le en main, feuilletez-le, lisez quelques pages au hasard. C'est le meilleur investissement que vous ferez.

Les erreurs les plus fréquentes

Après avoir accompagné des centaines d'auteurs, voici les erreurs que nous voyons le plus souvent :

  • Résolution de la couverture trop basse — Votre couverture doit être à 300 DPI minimum. Une image en 72 DPI (résolution écran) sera floue une fois imprimée. C'est l'erreur n°1 des auteurs auto-édités.
  • Fonds perdus oubliés — Si votre couverture ou vos illustrations vont jusqu'au bord de la page, prévoyez 3 à 5 mm de fond perdu (bleed) de chaque côté. Sans cela, une bande blanche apparaîtra sur les bords après la coupe.
  • Texte trop près de la reliure — La marge intérieure (petit fond) doit être plus large que la marge extérieure, sinon le texte disparaît dans la pliure. Comptez 20 mm minimum pour un livre broché.
  • Choix du papier blanc pur pour un roman — Le blanc pur éblouit et fatigue les yeux. Choisissez un papier crème ou ivoire pour la fiction. Le blanc est réservé aux ouvrages techniques et illustrés.
  • Tirage trop ambitieux — Imprimer 1 000 exemplaires de son premier roman est presque toujours une erreur. Commencez par 100 à 300 exemplaires en offset, ou démarrez en POD. Vous pourrez toujours réimprimer si le succès est au rendez-vous.

Combien ça coûte ? Récapitulatif

  • POD (1 exemplaire roman 250 pages) : 4 à 6 € de coût d'impression (déduit de vos royalties, pas d'avance de fonds).
  • Offset 100 exemplaires (roman 250 pages broché) : 300 à 500 € HT, soit 3 à 5 € l'unité.
  • Offset 500 exemplaires : 700 à 1 200 € HT, soit 1,40 à 2,40 € l'unité.
  • Offset 1 000 exemplaires : 1 000 à 1 800 € HT, soit 1 à 1,80 € l'unité.
  • Beau livre couleur 200 pages (500 ex.) : 3 000 à 6 000 € HT.

Demandez toujours plusieurs devis (au moins 3 imprimeurs) et comparez non seulement le prix, mais aussi la qualité du papier, les délais et les frais de livraison.

« Un livre bien imprimé, c'est un livre qu'on a envie de prendre en main, d'ouvrir, de garder. La qualité d'impression n'est pas un luxe — c'est le respect que vous portez à votre texte et à vos lecteurs. »