Les conseils d'édition

Comment envoyer un manuscrit à une maison d'édition : le guide pratique

Envoyer un manuscrit à une maison d'édition

L'art d'envoyer un manuscrit

Envoyer son manuscrit à une maison d'édition est un moment charnière pour tout auteur. C'est l'aboutissement de mois ou d'années de travail, et le début d'un parcours du combattant. Les chiffres donnent le vertige : Gallimard reçoit environ 8 000 manuscrits par an, Albin Michel 5 000, Le Seuil 4 000. Sur ces milliers de textes, seuls quelques dizaines seront retenus. Comment maximiser vos chances dans cette compétition féroce ? Voici le guide pratique complet.

Avant d'envoyer : la préparation est essentielle

  1. Votre manuscrit est-il terminé ? — N'envoyez jamais un manuscrit en cours de rédaction. Jamais de « premier jet ». Jamais de « c'est presque fini, il manque juste la fin ». Votre texte doit être complet, du premier au dernier mot.
  2. L'avez-vous relu et corrigé ? — Minimum 3 relectures complètes, espacées dans le temps. Lisez votre texte à voix haute : les maladresses de style se repèrent mieux à l'oreille. Si votre budget le permet, faites appel à un correcteur professionnel (comptez 500-1 500 € pour un roman). Un manuscrit truffé de fautes sera écarté dès les premières pages.
  3. Des bêta-lecteurs l'ont-ils lu ? — Faites lire votre texte par 3 à 5 personnes de confiance, de préférence des lecteurs aguerris et pas seulement vos proches. Leurs retours sont précieux pour identifier les faiblesses de l'intrigue, les incohérences et les passages faibles. Demandez-leur d'être honnêtes, pas gentils.
  4. Avez-vous pris du recul ? — Après la dernière relecture, laissez reposer votre manuscrit au moins 2 à 4 semaines avant de l'envoyer. La distance permet de repérer des problèmes invisibles quand on a le nez dans le texte.

Cibler les éditeurs : la stratégie gagnante

Ne tirez pas dans le tas. L'envoi de masse (50 éditeurs, le même courrier générique) est la pire stratégie possible. Identifiez les maisons qui publient votre genre :

  • Allez en librairie — Repérez les éditeurs qui publient des livres similaires au vôtre. Retournez les livres, notez les noms des maisons d'édition, des collections. C'est la méthode la plus fiable.
  • Consultez les catalogues en ligne — Chaque éditeur a un site web avec son catalogue et ses conditions de soumission. Lisez-les attentivement : certains n'acceptent pas les envois spontanés, d'autres exigent un format spécifique.
  • Visez 10 à 20 éditeurs — Pas 50. Des envois ciblés et personnalisés sont infiniment plus efficaces qu'un envoi de masse impersonnel.
  • Mélangez grands et petits — Les petits éditeurs indépendants sont souvent plus ouverts aux nouveaux auteurs et lisent les manuscrits avec plus d'attention. Ne visez pas uniquement Gallimard et Grasset.
  • Envoyez simultanément — Contrairement à une idée reçue, vous pouvez envoyer votre manuscrit à plusieurs éditeurs en même temps. Les envois exclusifs ne sont pas la norme en France.

Le format d'envoi : les règles à respecter

Par courrier postal :

  • Manuscrit imprimé en recto seul, sur papier blanc standard (80 g).
  • Police Times New Roman 12 ou équivalent (Garamond 12, Palatino 11).
  • Double interligne (facilite la lecture et les annotations).
  • Ne reliez pas : laissez les feuilles libres dans une grande enveloppe cartonnée.
  • Numérotez les pages et ajoutez votre nom en en-tête ou pied de page.

Par email :

  • De plus en plus d'éditeurs acceptent les envois numériques. Fichier Word (.docx) ou PDF.
  • Vérifiez les consignes sur le site de l'éditeur : certains demandent uniquement les 50 premières pages, d'autres le manuscrit complet.
  • Objet de l'email : clair et professionnel (ex : « Soumission de manuscrit — Titre du livre — Votre nom »).
  • Le corps de l'email tient lieu de lettre d'accompagnement.

Envoyez toujours :

  • La lettre d'accompagnement (1 page maximum).
  • Le synopsis (1-2 pages : résumé complet de l'intrigue, y compris la fin).
  • Le manuscrit complet ou les 50 premières pages selon les consignes de l'éditeur.

La lettre d'accompagnement : votre carte de visite

La lettre d'accompagnement est souvent la première chose que lira l'éditeur. Elle doit être concise, professionnelle et donner envie de lire votre texte. Elle doit contenir :

  • Un résumé accrocheur du livre en 5-10 lignes — pas un résumé scolaire, mais une accroche qui donne envie. Pensez au texte de quatrième de couverture.
  • Le genre, le nombre de pages (ou de signes) et le titre.
  • Pourquoi vous envoyez à cette maison d'édition précisément — montrez que vous connaissez leur catalogue. « J'ai lu avec passion [titre] publié chez vous et je pense que mon roman s'inscrit dans cette même veine. »
  • Votre parcours en 2-3 lignes (publications antérieures, prix littéraires, ateliers d'écriture, activité professionnelle liée à l'écriture). Si vous n'avez rien à mentionner, pas de panique : un bon texte se suffit à lui-même.
  • Vos coordonnées complètes (email, téléphone, adresse postale).

Le synopsis : un exercice redouté

Le synopsis résume l'intégralité de votre histoire, y compris la fin. Ce n'est pas un texte de quatrième de couverture (qui doit créer le suspense), mais un outil professionnel qui permet à l'éditeur de juger la solidité de votre intrigue. Rédigez-le en 1 à 2 pages, au présent, de manière fluide et claire.

Après l'envoi : patience et persévérance

  • Ne relancez pas avant 3 mois. Les comités de lecture sont submergés. Une relance prématurée est mal perçue.
  • Continuez à écrire. N'attendez pas passivement une réponse. Commencez votre prochain projet.
  • Préparez-vous au refus. Harry Potter a été refusé 12 fois. Proust a dû auto-éditer Du côté de chez Swann. Le refus fait partie du métier d'écrivain.
  • Analysez les retours. Si un éditeur prend la peine de vous répondre personnellement (et pas par une lettre type), c'est un signal positif. Tenez compte de ses remarques.
  • Tenez un tableau de suivi. Notez les éditeurs contactés, les dates d'envoi, les réponses reçues. Cela vous évitera les doublons et vous aidera à relancer au bon moment.

« Envoyez votre manuscrit et oubliez-le. Commencez le suivant. C'est le meilleur conseil qu'un auteur puisse recevoir. L'écriture est un marathon, pas un sprint. » — Bernard Pivot