521 romans : la rentrée retrouve son rythme
Avec 521 romans (vs 451 en janvier 2021 et 490 en automne 2020), la rentrée littéraire d'automne 2021 marque le retour aux niveaux pré-Covid. Les libraires sont confiants, les éditeurs ambitieux. Après deux années marquées par l'incertitude sanitaire, la fermeture temporaire des librairies et le report de nombreuses parutions, l'édition française retrouve enfin son rendez-vous phare. La rentrée littéraire d'automne reste un événement unique au monde : aucun autre pays ne concentre autant de publications romanesques sur une période aussi courte, entre la mi-août et la fin octobre.
Les chiffres de la rentrée 2021
- 521 romans publiés entre août et octobre 2021
- 378 romans français dont 77 premiers romans
- 143 traductions de 25 langues différentes
- 77 premiers romans : un chiffre en hausse par rapport à 2020 (68 premiers romans), signe que les éditeurs osent de nouveau parier sur de nouvelles voix
À titre de comparaison, la rentrée d'automne 2019 — la dernière avant la pandémie — comptait 524 romans. Le compte de 2021 est donc quasi identique, confirmant le retour à la normale. Selon Livres Hebdo, qui publie chaque année le décompte officiel, la répartition entre éditeurs reste stable : les grandes maisons (Gallimard, Grasset, Flammarion, Seuil, Albin Michel) publient chacune entre 15 et 25 romans, tandis que les éditeurs indépendants (Actes Sud, Philippe Rey, Verdier, Sabine Wespieser, Le Tripode) misent sur des catalogues plus resserrés mais souvent plus audacieux.
Les favoris de la rentrée
- Mohamed Mbougar Sarr — La plus secrète mémoire des hommes (Philippe Rey / Jimsaan) — Un jeune écrivain sénégalais enquête sur un roman mythique des années 1930. Le favori absolu pour le Goncourt. Le roman, salué dès sa parution par la critique, est comparé à 2666 de Roberto Bolaño pour son ambition littéraire.
- Clara Dupont-Monod — S'adapter (Stock) — L'arrivée d'un enfant handicapé dans une famille cévenole, racontée par la voix de la pierre et de la montagne. Poignant, sobre, d'une élégance rare. Favori pour le Renaudot.
- Christine Angot — Le Voyage dans l'Est (Flammarion) — L'inceste, encore, toujours. Angot poursuit son œuvre autobiographique avec ce récit où elle retrace sa relation avec son père. Le livre divise, comme toujours avec Angot, mais son écriture atteint ici une puissance inédite.
- Louis-Philippe Dalembert — Milwaukee Blues (Sabine Wespieser) — Inspiré de la mort de George Floyd. Roman choral puissant qui retrace les dernières heures d'un homme noir abattu par la police.
- Giuliano da Empoli — Le Mage du Kremlin (Gallimard) — Roman inspiré de Vladislav Sourkov, le « metteur en scène » de Poutine. Un thriller politique fascinant qui sera l'un des grands succès de la saison avec plus de 300 000 exemplaires vendus.
- Abel Quentin — Le Voyant d'Étampes (L'Observatoire) — Un ancien soixante-huitard rattrapé par un passé colonial. Roman satirique et intelligent sur la « cancel culture » à la française.
Les premiers romans à suivre
Parmi les 77 premiers romans, plusieurs se distinguent dès la rentrée :
- Lilia Hassaine — Soleil amer (Gallimard) — Fresque sur trois générations de femmes algériennes en France. Hassaine, journaliste à « Quotidien », signe un premier roman remarqué.
- Hélène Gaudy — Un monde sans rivage (Actes Sud) — Sur les traces de l'expédition Andrée au pôle Nord en 1897. Un récit d'une grande beauté visuelle.
Les tendances de fond
- Le post-Covid : Quelques romans reflètent l'expérience du confinement, mais la plupart regardent au-delà. Les éditeurs ont volontairement évité la surreprésentation du thème pandémique, estimant que les lecteurs aspiraient à autre chose.
- La question raciale et postcoloniale : Plusieurs romans abordent le racisme, l'identité, la colonisation — de Mbougar Sarr à Dalembert en passant par Alice Zeniter ou Djaïli Amadou Amal. La littérature française se mondialise.
- Le « nature writing » à la française : La nature comme refuge et comme sujet. Des romans situés dans les Cévennes, la Bretagne, les Alpes, loin des capitales. Clara Dupont-Monod incarne parfaitement cette tendance.
- L'autofiction : Toujours dominante dans le paysage littéraire français. Christine Angot, Annie Ernaux (qui publiera encore en 2022), Édouard Louis — le « je » reste le territoire de prédilection de la littérature hexagonale.
- Le roman géopolitique : Da Empoli sur la Russie, Quentin sur le passé colonial, Dalembert sur les violences policières américaines — le roman français s'ouvre au monde.
Le rôle des prix littéraires
La rentrée d'automne est indissociable de la saison des prix, qui se déroule de septembre à novembre. Les jurys du Goncourt, du Renaudot, du Femina, du Médicis et de l'Interallié publient leurs premières sélections dès la mi-septembre. En 2021, les premières listes confirment la domination de Mbougar Sarr et Dupont-Monod, présents sur quasiment toutes les sélections. L'effet est immédiat : être sélectionné pour le Goncourt multiplie les ventes par 5 à 10 avant même l'attribution du prix.
L'enjeu économique
La rentrée littéraire représente environ 20 % du chiffre d'affaires annuel de l'édition de littérature générale. Pour les éditeurs, c'est le moment crucial de l'année. En 2021, le contexte est d'autant plus favorable que le marché du livre connaît un rebond historique de +19 %, porté par l'effet confinement, le Pass Culture et l'explosion du manga. Les libraires signalent une fréquentation en hausse et un panier moyen en augmentation.
« 521 romans en une rentrée, c'est beaucoup. Mais c'est aussi le signe que l'édition est vivante, diverse, et qu'elle n'a pas cédé à la peur. » — Livres Hebdo