451 romans : l'édition tient bon
Après une année 2020 dévastée par les confinements et les fermetures de librairies, la rentrée de janvier 2021 affiche 451 romans — un chiffre en baisse de 12 % par rapport à 2020 (qui comptait lui-même moins de titres que 2019). Mais cette baisse cache une bonne nouvelle : les éditeurs ont fait le tri et privilégié la qualité. Le Syndicat national de l'édition (SNE) souligne que cette rationalisation de l'offre était attendue depuis des années : trop de titres noyaient le marché et diluaient l'attention des lecteurs.
Le contexte sanitaire et économique
En janvier 2021, la France est entre deux confinements. Les librairies sont ouvertes (déclarées « commerces essentiels » depuis le 1er novembre 2020, une victoire majeure du secteur), mais les jauges sont limitées et les salons annulés. L'ambiance est morose, mais les lecteurs sont là. Le couvre-feu à 18 heures, en vigueur depuis le 15 décembre 2020, oblige les libraires à adapter leurs horaires d'ouverture.
Malgré ces contraintes, le marché du livre affiche des signes de résilience remarquables. Selon les données GfK, les ventes de livres en France ont atteint 3,88 milliards d'euros en 2020, une baisse contenue de 2,7 % seulement par rapport à 2019. C'est bien mieux que ce que craignaient les professionnels au plus fort de la crise. Le premier confinement (mars-mai 2020) avait provoqué une chute de 40 % des ventes, mais le rebond de l'été et de la rentrée d'automne avait partiellement compensé les pertes.
Les titres remarqués
- Hervé Le Tellier — L'Anomalie (Gallimard) — Goncourt 2020 annoncé fin novembre, il domine les ventes en ce début 2021 avec déjà 800 000 exemplaires écoulés. Ce roman de science-fiction littéraire, mêlant métaphysique et humour, deviendra le Goncourt le plus vendu depuis L'Amant de Duras (1984), avec plus d'un million d'exemplaires fin 2021.
- Maria Pourchet — Feu (Fayard) — Roman sur le désir et la combustion amoureuse entre un intellectuel médiatique et une provinciale. Sensation de la rentrée, salué par la critique pour son écriture incandescente.
- Serge Joncour — Nature humaine (Flammarion) — Femina 2020, une fresque sur l'agriculture française et la modernité, de 1976 à 1999, qui touche par sa justesse sociologique.
- Clara Dupont-Monod — S'adapter (Stock) — Récit poignant sur l'arrivée d'un enfant handicapé dans une famille cévenole. Ce roman sera couronné du prix Femina et du Goncourt des lycéens en automne 2021.
- Abel Quentin — Le Voyant d'Étampes (L'Observatoire) — Satire féroce du « wokisme » à la française, un premier roman qui fait débat et marque les esprits.
Les tendances éditoriales
- Les récits de confinement — Premiers romans écrits pendant le premier confinement de mars 2020. Leïla Slimani publie son Journal du confinement ; Wajdi Mouawad tient un journal en ligne devenu culte.
- Le retour à la nature — Thème dominant, reflet de l'envie d'évasion des auteurs et des lecteurs. Le nature writing à la française s'impose avec des auteurs comme Sylvain Tesson, dont La Panthère des neiges (Gallimard, 2019) continue de se vendre massivement.
- L'essor de l'audiolivre — Audible et Kobo signalent +40 % d'écoutes pendant les confinements. Le marché français de l'audiolivre numérique dépasse les 100 millions d'euros en 2021.
- La montée de l'auto-édition — Amazon KDP enregistre une hausse de 30 % des titres publiés en français pendant les confinements, les aspirants auteurs ayant mis à profit leur temps libre.
Les premiers romans à surveiller
La rentrée de janvier 2021 propose 73 premiers romans, soit 16 % de l'offre totale. Parmi eux, plusieurs se distinguent :
- Pauline Delabroy-Allard — Qui sait (Gallimard) — Après le succès de Ça raconte Sarah (2018), son deuxième roman confirme une voix singulière.
- Lilia Hassaine — Soleil amer (Gallimard) — Saga familiale sur trois générations d'une famille algérienne en France, de 1959 à nos jours.
Le rôle crucial des libraires
Les libraires indépendants jouent un rôle décisif dans cette rentrée atypique. Privés des salons et des séances de dédicaces, ils multiplient les initiatives numériques : vidéos de recommandations sur Instagram, « lives » avec les auteurs, services de click & collect et de livraison à domicile. Le site librairiesindependantes.com, lancé pendant le premier confinement, enregistre une hausse de 300 % de son trafic.
Les librairies indépendantes détiennent environ 42 % des parts de marché du livre en France, un chiffre en progression par rapport aux 39 % de 2019. La crise a paradoxalement renforcé le lien entre les lecteurs et leurs librairies de quartier.
« Le livre est sorti renforcé de la crise. Les Français ont redécouvert la lecture comme refuge. » — Vincent Montagne, président du SNE
Perspectives pour 2021
Les professionnels du livre abordent 2021 avec un optimisme prudent. La campagne de vaccination, lancée fin décembre 2020, laisse espérer un retour progressif à la normale. Les grands salons — le Salon du livre de Paris devenu « Festival du livre de Paris », le Festival d'Angoulême, les Quais du Polar à Lyon — restent suspendus pour le premier semestre, mais des événements en ligne prennent le relais. La rentrée d'automne 2021, avec ses traditionnels prix littéraires (Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Interallié), s'annonce déjà comme un cru exceptionnel.