L'écriture d'un livre

7 principales difficultés du métier d'écrivain

7 principales difficultés du métier d'écrivain

Un métier de passion — et d'obstacles

Écrire est un rêve partagé par des millions de personnes. Mais entre le fantasme de l'écrivain inspiré qui noircit des pages dans un café parisien et la réalité du métier, il y a un gouffre. Les difficultés sont nombreuses, rarement anticipées et souvent sous-estimées. Elles n'épargnent personne — ni les débutants, ni les auteurs confirmés, ni même les best-sellers. Voici les sept principales difficultés du métier d'écrivain, et pour chacune, des pistes concrètes pour y faire face.

1. La précarité financière

C'est la difficulté la plus brutale et la plus documentée. En France, le revenu médian des auteurs de livres se situe autour de 11 000 euros bruts par an, selon les enquêtes du Centre national du livre (CNL) et de la SGDL. Seuls 10 % des auteurs vivent exclusivement de leur plume. Les 90 % restants exercent un second métier — enseignant, journaliste, traducteur, correcteur — pour payer le loyer pendant que le roman s'écrit le soir et le week-end.

Les droits d'auteur en France représentent en moyenne 8 à 12 % du prix hors taxes d'un livre. Pour un roman vendu 20 euros, l'auteur touche environ 1,50 à 2 euros par exemplaire. Un roman vendu à 3 000 exemplaires — ce qui est déjà honorable pour un premier livre — rapporte donc environ 5 000 euros. Pour un à trois ans de travail.

Comment y faire face : ne quittez pas votre emploi salarié avant d'avoir publié au moins deux ou trois livres avec des ventes régulières. La double activité n'est pas un échec : c'est la norme. Même des auteurs à succès comme Franck Thilliez ont longtemps conservé leur emploi en parallèle de l'écriture.

2. La solitude de l'écriture

L'écriture est, par nature, un acte solitaire. Des mois, parfois des années passés seul face à un écran. Pas de collègues, pas de réunions, pas de machine à café, pas de feedback quotidien. Cette solitude peut être féconde — elle est aussi l'une des premières causes d'abandon. De nombreux auteurs témoignent de périodes de dépression, de doute existentiel, de perte de motivation en plein milieu d'un manuscrit.

Le problème est d'autant plus insidieux que l'entourage comprend rarement. « Tu travailles à quoi ? Tu es chez toi toute la journée, non ? » L'incompréhension de l'entourage face à un travail invisible — qui ne produit rien de tangible pendant des mois — aggrave le sentiment d'isolement.

Comment y faire face : rejoignez une communauté d'auteurs. Ateliers d'écriture (Les Mots, Aleph-Écriture), forums en ligne (Cocyclics, Scribay), associations professionnelles (SGDL, Ligue des auteurs professionnels). La solitude de l'écriture se supporte mieux quand on peut la partager avec des pairs qui vivent la même chose.

3. Le syndrome de la page blanche

Tout auteur le connaît. Vous vous asseyez devant votre écran, vous fixez le curseur clignotant et rien ne vient. Pas une phrase, pas un mot, pas même une direction. Le syndrome de la page blanche n'est pas un mythe romantique — c'est une réalité paralysante qui peut durer des jours, des semaines, parfois des mois.

Ses causes sont multiples : la peur de mal écrire (perfectionnisme), l'absence de plan narratif (on ne sait pas où l'on va), la fatigue mentale, le doute sur le projet (« est-ce que cette histoire vaut la peine d'être racontée ? »), ou simplement un passage difficile à écrire (une scène émotionnelle, un dialogue technique, un dénouement).

Comment y faire face : écrivez mal, mais écrivez. Le premier jet n'a pas besoin d'être bon — il a besoin d'exister. Hemingway disait : « le premier jet de n'importe quoi, c'est de la merde ». Acceptez cette vérité et avancez. Vous réécrirez plus tard. L'écriture libre (écrire sans s'arrêter pendant 20 minutes, sans relire) est un excellent outil pour débloquer la machine.

4. Le rejet des éditeurs

Envoyer son manuscrit à un éditeur est un acte de courage. Recevoir une lettre de refus — souvent impersonnelle, parfois sans la moindre explication — est un choc qui ne s'atténue jamais vraiment. Et les refus sont la norme, pas l'exception.

Stephen King a reçu 30 refus avant de publier Carrie. J.K. Rowling a été refusée par 12 éditeurs. Marcel Proust a dû autofinancer Du côté de chez Swann. Même Patrick Modiano, futur prix Nobel, a essuyé des refus. Le marché éditorial est saturé : les grandes maisons d'édition reçoivent entre 3 000 et 8 000 manuscrits par an et en publient 15 à 30. Le taux de sélection est inférieur à 1 %.

Comment y faire face : envoyez votre manuscrit à au moins dix éditeurs en même temps. Ne mettez pas tous vos espoirs sur un seul. Chaque refus est une information — pas un verdict définitif sur votre talent. Si les retours mentionnent des faiblesses récurrentes (structure, style, personnages), prenez-les en compte et retravaillez avant de renvoyer.

5. Le syndrome de l'imposteur

Même les auteurs publiés, même les lauréats de prix littéraires en souffrent. Le syndrome de l'imposteur est cette voix intérieure qui murmure : « Qui suis-je pour écrire un livre ? Mon texte est-il vraiment bon ? N'ai-je pas été publié par hasard ? Le prochain livre sera-t-il à la hauteur ? »

Ce syndrome est particulièrement virulent chez les écrivains parce que le feedback est rare et décalé dans le temps. Contrairement au musicien qui voit son public réagir en direct, l'auteur envoie son texte dans le vide et attend des mois — parfois des années — un retour. Entre-temps, le doute s'installe, s'enracine et se nourrit de lui-même.

Comment y faire face : acceptez que le doute fait partie du processus créatif. Les auteurs qui ne doutent jamais produisent rarement de la bonne littérature. Le doute est un signe d'exigence, pas d'incompétence. Relisez les témoignages de grands auteurs sur leurs propres doutes — vous découvrirez que Flaubert, Kafka et Virginia Woolf étaient aussi terrifiés que vous devant la page blanche.

6. Le temps long de la création

Dans un monde d'immédiateté — notifications, stories éphémères, résultats instantanés — l'écriture impose un tempo radicalement différent. Un roman se construit sur un à trois ans. Le processus éditorial (corrections, mise en page, impression, distribution) ajoute six mois à un an. Les retombées (critiques, ventes, éventuels prix) se mesurent sur des années.

Ce décalage temporel est éprouvant. L'auteur vit dans un présent d'écriture pendant que le monde avance à un autre rythme. Il est fréquent de terminer un manuscrit et de sentir qu'il appartient déjà à une version passée de soi-même — un auteur qui a évolué pendant les deux ans de rédaction et qui ne se reconnaît plus entièrement dans le texte achevé.

Comment y faire face : fixez-vous des jalons intermédiaires. Un objectif quotidien de mots (500, 1 000, 2 000 selon votre rythme), des deadlines par chapitre, une date cible pour le premier jet. Décomposer le marathon en étapes rend le temps long supportable. Et célébrez chaque étape franchie — un premier chapitre terminé est déjà une victoire.

7. L'impossibilité de contrôler le succès

C'est la difficulté la plus frustrante. Un auteur peut écrire le meilleur roman de l'année — et il passera inaperçu si la date de publication est mal choisie, si la couverture ne plaît pas, si l'éditeur n'investit pas en marketing, si un best-seller monopolise l'attention médiatique la même semaine, ou tout simplement si le livre n'entre pas en résonance avec l'air du temps.

Le succès d'un livre dépend de facteurs largement hors du contrôle de l'auteur : la force commerciale de l'éditeur, le soutien des libraires, le hasard d'une chronique dans un média influent, un BookTok viral, une sélection pour un prix. L'injustice est structurelle : un roman médiocre avec un bon marketing vendra plus qu'un chef-d'œuvre invisible.

Comment y faire face : concentrez-vous sur ce que vous contrôlez — la qualité de votre écriture, votre présence sur les réseaux, votre relation avec vos lecteurs, votre régularité de publication. Le succès en librairie est souvent cumulatif : c'est au troisième ou quatrième livre qu'un auteur commence à se constituer un lectorat fidèle. La persévérance est le seul facteur de succès que vous maîtrisez entièrement.

Malgré tout, écrire

Ces sept difficultés sont réelles, documentées et partagées par l'immense majorité des auteurs. Elles ne sont pas des raisons d'abandonner — elles sont des réalités à connaître pour mieux s'y préparer. Les écrivains qui durent ne sont pas ceux qui n'ont jamais connu le doute, le rejet ou la précarité. Ce sont ceux qui ont traversé ces épreuves et qui ont continué à écrire malgré tout — parce que ne pas écrire leur était plus douloureux que d'affronter les obstacles.

Car derrière chaque difficulté se cache une vérité que seuls les écrivains connaissent : il n'existe pas de sensation comparable à celle de terminer un manuscrit, de tenir son livre imprimé entre ses mains, ou de recevoir le message d'un lecteur qui vous dit que votre roman l'a accompagné dans un moment difficile. C'est pour ces moments-là qu'on écrit — et c'est pour eux qu'on continue.