Les 10 qualités essentielles d'un écrivain : ce qui fait la différence

Les qualités essentielles d'un écrivain auteur

Le talent est-il la qualité principale d'un écrivain ?

Si vous demandez à quelqu'un ce qu'il faut pour devenir écrivain, la réponse la plus fréquente sera : « du talent ». C'est à la fois vrai et profondément trompeur. Le talent — cette facilité naturelle à manier les mots, à construire des phrases qui sonnent juste, à trouver l'image parfaite — est un avantage, pas une condition suffisante. L'histoire de la littérature regorge d'auteurs talentueux qui n'ont jamais rien publié et d'auteurs besogneux qui ont écrit des chefs-d'œuvre à force de travail.

Flaubert passait des heures sur une seule phrase. Balzac réécrivait ses épreuves jusqu'à rendre fous ses imprimeurs. Hemingway a réécrit la fin de L'Adieu aux armes 47 fois. Le talent sans discipline produit des brouillons. La discipline sans talent produit des livres — peut-être pas des chefs-d'œuvre, mais des livres publiés et lus. Voici les dix qualités qui font vraiment la différence.

1. La persévérance

C'est la qualité numéro un, celle qui surpasse toutes les autres. Écrire un livre est un marathon, pas un sprint. Il faut des mois, souvent des années, pour aller du premier mot au manuscrit achevé. Et ensuite, il faut affronter les refus d'éditeurs, les réécritures demandées, les critiques négatives. La grande majorité des aspirants écrivains abandonnent — non par manque de talent, mais par manque de persévérance.

Stephen King a reçu tellement de lettres de refus pour ses premières nouvelles qu'il les empalait sur un clou dans le mur de sa chambre. Quand le clou n'a plus suffi, il l'a remplacé par une pointe de rail. Il n'a pas arrêté d'écrire pour autant. C'est cette obstination qui sépare ceux qui « veulent écrire un jour » de ceux qui écrivent.

2. L'observation

Un écrivain est d'abord un observateur. Il regarde le monde avec une attention particulière — les gestes, les tics de langage, les détails vestimentaires, les ambiances, les silences. C'est cette observation minutieuse qui donne aux textes leur précision sensorielle, cette qualité qui fait qu'un lecteur « voit » une scène en la lisant.

Proust observait les mondanités avec une acuité chirurgicale. Zola prenait des carnets entiers de notes lors de ses enquêtes de terrain. Annie Ernaux note les conversations entendues dans le RER. L'observation ne s'improvise pas : elle se cultive, comme un muscle, en prêtant attention au quotidien au lieu de le traverser en automate.

3. La discipline

La discipline, c'est la régularité de travail. Écrire quand on est inspiré, tout le monde en est capable. Écrire quand on n'a pas envie, quand c'est laborieux, quand chaque phrase semble médiocre — c'est ce qui distingue l'amateur du professionnel. Les grands auteurs ont presque tous une routine d'écriture : Haruki Murakami écrit de 4 h à 10 h du matin, puis court 10 km. Marguerite Duras écrivait l'après-midi, après sa sieste. Chacun trouve son rythme, mais le point commun est la constance.

4. L'empathie

L'empathie est la capacité à se mettre dans la peau d'un autre — à ressentir ce qu'il ressent, à penser comme il pense, même si ses valeurs ou ses expériences sont aux antipodes des vôtres. C'est la qualité qui permet de créer des personnages crédibles et complexes, des personnages qui ne sont pas de simples porte-voix de l'auteur.

Un bon romancier doit pouvoir écrire un meurtrier, un saint, un lâche et un héros avec la même justesse. Dostoïevski excellait dans cet exercice : ses personnages les plus abjects sont aussi les plus humains. L'empathie littéraire n'est pas de la complaisance — c'est la capacité à comprendre sans juger, au moins le temps de l'écriture.

5. La curiosité

Un écrivain qui ne lit pas, qui ne s'intéresse pas au monde, qui ne sort pas de sa zone de confort intellectuelle, finira par tourner en rond. La curiosité est le carburant de l'écriture. Elle pousse à lire des genres qu'on n'écrit pas, à s'intéresser à des domaines éloignés de son expertise, à poser des questions, à voyager — physiquement ou intellectuellement.

Umberto Eco était un encyclopédiste boulimique dont les romans sont nourris de sémiologie, d'histoire médiévale et de théorie du complot. Michel Houellebecq puise dans la biologie, l'économie et le tourisme de masse. La curiosité donne aux livres leur épaisseur et leur singularité.

6. L'acceptation de la critique

Écrire, c'est se mettre à nu — et accepter que d'autres jugent le résultat. Un écrivain qui ne supporte pas la critique est un écrivain qui ne progressera pas. Il ne s'agit pas d'accepter toutes les remarques sans discernement, mais de savoir écouter les retours, les filtrer et en tirer des enseignements.

Les bêta-lecteurs, les éditeurs, les critiques littéraires : tous ces regards extérieurs sont essentiels. Le premier jet n'est jamais le bon. La réécriture est l'essence même du métier — et la réécriture naît souvent d'une critique qui a fait mouche.

7. La capacité à douter (sans s'effondrer)

Le doute est le compagnon permanent de l'écrivain. « Est-ce que mon texte est bon ? », « Est-ce que ça vaut la peine ? », « Est-ce que quelqu'un voudra le lire ? ». Ce doute est sain : il empêche la complaisance et pousse à se surpasser. Mais il devient destructeur quand il mène à la paralysie — quand l'auteur réécrit indéfiniment sans jamais finir, ou abandonne un manuscrit à mi-chemin par conviction qu'il est « nul ».

La qualité, ici, est de douter sans s'arrêter. Continuer à écrire malgré l'incertitude. Accepter que le texte ne sera jamais parfait et le soumettre quand même.

8. Le sens du rythme

Le rythme est au texte ce que le tempo est à la musique. Un bon écrivain sent instinctivement quand une phrase est trop longue, quand un chapitre traîne, quand un dialogue a besoin d'être coupé. Ce sens du rythme s'acquiert par la lecture intensive et par la pratique de la lecture à voix haute — un test imparable pour repérer les lourdeurs.

Céline avait un rythme unique, syncopé, haletant. Modiano a un rythme lent, hypnotique, circulaire. Le rythme n'est pas une question de vitesse : c'est une question de justesse — chaque phrase à la bonne longueur, chaque scène au bon moment.

9. L'humilité

L'humilité littéraire, c'est reconnaître que le premier jet est mauvais — et que c'est normal. C'est accepter de supprimer un chapitre entier parce qu'il ne sert pas le livre, même s'il contient vos plus belles phrases. C'est admettre que d'autres écrivent mieux que vous dans certains registres, et s'en inspirer au lieu de s'en offusquer.

Hemingway résumait cette qualité par sa célèbre formule : « The first draft of anything is shit. » Le premier jet de n'importe quoi est nul. L'humilité ne s'oppose pas à l'ambition — elle la rend productive.

10. L'authenticité

La dernière qualité est peut-être la plus difficile à définir et la plus impossible à simuler. L'authenticité, c'est la voix propre d'un écrivain — cette manière unique de voir le monde et de le restituer par les mots. On ne peut pas la copier, on ne peut pas la fabriquer. Elle émerge avec le temps, à force d'écrire, de se tromper, de recommencer.

Tous les grands auteurs ont une voix immédiatement reconnaissable. On identifie une page de Marguerite Duras en trois phrases. On reconnaît Camus à la première ligne. Cette authenticité n'est pas un don mystique : c'est le résultat de milliers d'heures d'écriture pendant lesquelles l'auteur a progressivement éliminé tout ce qui n'était pas lui.

Le mot de la fin

Aucun écrivain ne possède ces dix qualités à parts égales. Certains excellent par la discipline mais manquent d'empathie. D'autres débordent de curiosité mais peinent à persévérer. L'important n'est pas de cocher toutes les cases, mais de connaître ses forces et ses faiblesses pour travailler sur ces dernières.

Et si une seule qualité devait primer sur toutes les autres, ce serait la première : la persévérance. Parce qu'un écrivain qui persévère finira par développer toutes les autres.

« Le talent, c'est l'envie. Le reste — la discipline, l'observation, l'empathie, la curiosité — s'apprend, se travaille, se cultive. La seule chose qui ne s'apprend pas, c'est la volonté de s'asseoir chaque jour devant la page blanche et de ne pas se lever avant d'avoir écrit. »