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Jean-Paul Sartre : quand la philosophie rencontre la littérature

Jean-Paul Sartre biographie philosophe écrivain

L'enfance d'un intellectuel (1905-1929)

Jean-Paul Charles Aymard Sartre naît le 21 juin 1905 à Paris. Son père, officier de marine, meurt alors que Jean-Paul n'a que 15 mois. Élevé par sa mère, Anne-Marie Schweitzer, et son grand-père maternel Charles Schweitzer (apparenté à la famille d'Albert Schweitzer), il grandit dans un milieu cultivé où les livres sont omniprésents. Dans Les Mots (1964), autobiographie de sa jeunesse, il raconte comment la bibliothèque de son grand-père est devenue son univers — « j'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres ».

Élève brillant au lycée Henri-IV puis à l'École normale supérieure (promotion 1924), Sartre se lie d'amitié avec Paul Nizan et Raymond Aron. Il passe l'agrégation de philosophie en 1929 — classé premier, devant Simone de Beauvoir (classée deuxième), qu'il rencontre cette année-là et avec qui il noue le pacte intellectuel et amoureux le plus célèbre de la littérature française.

La Nausée et la naissance de l'existentialisme (1930-1945)

Professeur de philosophie dans des lycées de province (Le Havre, Laon, Paris), Sartre écrit parallèlement. En 1938, il publie La Nausée chez Gallimard — son premier roman et son chef-d'œuvre littéraire. Le journal intime d'Antoine Roquentin, confronté à l'absurdité de l'existence dans une ville de province (inspirée du Havre), est une mise en fiction de la philosophie existentialiste : la contingence de l'être, la liberté vertigineuse, l'absence de sens préétabli. Le roman est accueilli avec enthousiasme par la critique — Albert Camus le salue dans Alger républicain.

En 1943, en pleine Occupation, Sartre publie L'Être et le Néant, somme philosophique de plus de 700 pages qui pose les fondements de l'existentialisme : « L'existence précède l'essence » — l'homme n'a pas de nature prédéfinie, il se définit par ses actes. Parallèlement, il écrit pour le théâtre : Les Mouches (1943) et Huis clos (1944), dont la réplique « L'enfer, c'est les autres » est devenue l'une des citations les plus célèbres de la littérature française.

L'intellectuel engagé (1945-1968)

À la Libération, Sartre est la figure intellectuelle la plus influente de France. En 1945, il fonde avec Beauvoir et Merleau-Ponty la revue Les Temps Modernes, tribune politique et littéraire qui deviendra pendant trente ans le lieu central du débat intellectuel français. Sa conférence « L'existentialisme est un humanisme » (1946) fait salle comble et popularise sa philosophie auprès du grand public.

Sartre incarne l'intellectuel engagé par excellence — celui qui met sa notoriété au service de causes politiques. Il prend position contre la guerre d'Algérie (il signe le « Manifeste des 121 » pour le droit à l'insoumission en 1960), soutient les mouvements de décolonisation (préface des Damnés de la terre de Frantz Fanon, 1961), se rapproche du maoïsme dans les années 1970. Ses positions sont souvent controversées, parfois contradictoires, mais toujours passionnées.

Le Nobel refusé (1964)

En 1964, Sartre publie Les Mots, récit autobiographique de son enfance qui est considéré comme l'un des plus beaux textes en prose du XXe siècle français. La même année, l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature. Dans un geste sans précédent, Sartre refuse le prix, estimant qu'un écrivain ne doit pas se laisser « transformer en institution ». Ce refus fait le tour du monde et renforce sa légende d'intellectuel libre et intransigeant. Il reste à ce jour le seul lauréat du Nobel de littérature à avoir refusé le prix de son vivant.

Les dernières années et l'héritage (1968-1980)

Mai 68 voit Sartre aux côtés des étudiants — à 63 ans, il vend La Cause du peuple dans la rue. Sa santé décline (il est presque aveugle à partir de 1973), mais il continue de s'exprimer, de dicter des textes et d'accorder des entretiens. Il travaille avec Benny Lévy à un ultime ouvrage resté inachevé.

Jean-Paul Sartre meurt le 15 avril 1980 à Paris. Ses funérailles, suivies par 50 000 personnes dans les rues de Paris, sont un événement national. Il est enterré au cimetière du Montparnasse. Son œuvre — romans, théâtre, philosophie, essais politiques — constitue un monument intellectuel dont l'influence sur la pensée et la littérature du XXe siècle est incommensurable.

« L'homme est condamné à être libre. » — Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946)