Les éditeurs

Comment choisir la bonne maison d'édition pour votre manuscrit

Choisir la bonne maison d'édition pour son manuscrit

La stratégie de l'envoi ciblé

L'erreur la plus courante des auteurs débutants ? Envoyer leur manuscrit à 50 éditeurs au hasard en espérant qu'un miracle se produise. Résultat : 50 lettres de refus standard, parfois même pas personnalisées. La bonne approche est radicalement différente : cibler 5 à 10 maisons qui correspondent vraiment à votre livre. En France, environ 5 000 manuscrits arrivent chaque année chez les grands éditeurs, et seulement 1 à 2 % seront publiés. Autant maximiser vos chances dès le départ.

Comprendre le paysage éditorial français

Avant de soumettre, il faut comprendre comment fonctionne l'édition en France :

  • Les grands groupes (Hachette, Editis, Gallimard, Madrigall) publient la majorité des titres et disposent de la meilleure distribution en librairie.
  • Les éditeurs indépendants (Actes Sud, P.O.L., L'Olivier, Sabine Wespieser, Zulma) ont des lignes éditoriales plus marquées et un accompagnement souvent plus personnalisé.
  • Les petits éditeurs (moins de 20 titres par an) offrent une proximité rare avec l'auteur, mais disposent de moyens de promotion limités.
  • L'auto-édition est une option légitime, mais elle exige que l'auteur assure lui-même la promotion, la distribution et la gestion commerciale.

Étape 1 : Identifiez votre genre et votre positionnement

Avant toute recherche d'éditeur, soyez absolument clair sur votre livre :

  • Genre : littérature blanche, thriller, romance, SF/fantasy, historique, jeunesse, poésie, essai ?
  • Ton : humoristique, sombre, poétique, réaliste, satirique ?
  • Comparaisons : à quels auteurs publiés votre style ressemble-t-il ? Cette question n'est pas un exercice de vanité : elle aide l'éditeur à situer votre texte dans son catalogue.
  • Public : ados, jeunes adultes, public littéraire exigeant, grand public ?
  • Longueur : un roman de 150 pages n'intéresse pas les mêmes éditeurs qu'un pavé de 600 pages.

Étape 2 : Étudiez les catalogues

C'est le travail le plus important — et le plus souvent négligé par les auteurs débutants :

  • Allez en librairie — Regardez les livres de votre genre. Notez les éditeurs sur les tranches et les quatrièmes de couverture. Quelles maisons publient des livres similaires au vôtre ?
  • Consultez les sites web — Chaque éditeur a un catalogue en ligne avec ses nouveautés, ses collections et ses auteurs. Parcourez-le méthodiquement.
  • Lisez des livres de ces éditeurs — C'est essentiel pour comprendre leur « ADN » éditorial. Un éditeur a un goût, une sensibilité, une vision. Si vous aimez ce qu'il publie, il y a de bonnes chances que votre texte l'intéresse.
  • Vérifiez qu'ils acceptent les manuscrits — Certaines maisons sont fermées aux soumissions spontanées. D'autres ne fonctionnent que par cooptation ou agent littéraire. Consultez leur page « Soumettre un manuscrit ».
  • Identifiez le bon interlocuteur — Chez les grands éditeurs, chaque collection a un directeur. Adressez votre envoi au bon service.

Étape 3 : Classez par priorité

Créez une liste de 10 à 15 éditeurs, classés en 3 niveaux :

  1. Tier 1 (3-4 maisons) : Correspondance parfaite avec votre livre. Envoyez en premier et attendez leur réponse avant de passer aux suivants.
  2. Tier 2 (4-5 maisons) : Bonne correspondance. Envoyez si les Tier 1 refusent, ou en parallèle si les délais sont longs.
  3. Tier 3 (3-5 maisons) : Correspondance possible mais moins évidente. Plan B.

Attention : les envois simultanés sont généralement tolérés en France (contrairement à certains pays anglo-saxons), mais par courtoisie, prévenez l'éditeur si votre manuscrit est examiné ailleurs.

Étape 4 : Personnalisez chaque envoi

Pour chaque éditeur, adaptez votre lettre d'accompagnement :

  • Mentionnez un livre de leur catalogue qui vous a marqué et expliquez le lien avec votre texte.
  • Expliquez pourquoi votre texte s'inscrit dans leur ligne éditoriale, en des termes concrets et sincères.
  • Respectez leurs consignes de soumission à la lettre (format, nombre de pages, email ou courrier postal, manuscrit complet ou extrait).
  • Incluez un synopsis clair d'une à deux pages et une courte biographie d'auteur.

Les erreurs qui mènent au refus automatique

  • Envoyer un thriller à un éditeur de poésie — cela montre que vous n'avez fait aucune recherche.
  • Ne pas vérifier si l'éditeur accepte les manuscrits non sollicités.
  • Envoyer un email générique type « Madame, Monsieur » sans personnalisation ni mention du catalogue.
  • Joindre un manuscrit de 800 pages quand l'éditeur demande les 50 premières.
  • Relancer l'éditeur au bout de deux semaines — les délais de lecture sont de 3 à 6 mois minimum.
  • Se vanter de comparaisons flatteuses (« Mon roman est le prochain Goncourt ») au lieu de laisser le texte parler.

Que faire en cas de refus ?

Le refus fait partie du processus. Rappelez-vous que Marcel Proust a été refusé par Gallimard (la NRF), que J.K. Rowling a essuyé 12 refus pour Harry Potter, et que Stephen King a reçu 30 lettres de refus pour Carrie. Un refus ne signifie pas que votre texte est mauvais : il signifie qu'il n'a pas trouvé le bon éditeur au bon moment. Persévérez, retravaillez si nécessaire, et continuez à cibler avec précision.

« Un bon manuscrit envoyé au mauvais éditeur sera refusé. Un bon manuscrit envoyé au bon éditeur sera lu. C'est aussi simple — et aussi difficile — que cela. » — Un directeur de collection chez Actes Sud