Pourquoi la routine est plus importante que l'inspiration
La plupart des aspirants écrivains attendent l'inspiration pour s'asseoir devant leur manuscrit. C'est la meilleure façon de ne jamais terminer un livre. L'inspiration est un mythe romantique — ou plutôt, c'est un effet secondaire du travail régulier, pas une condition préalable. Tous les auteurs professionnels le confirment : on n'écrit pas parce qu'on est inspiré, on est inspiré parce qu'on écrit.
Stephen King écrit 2 000 mots chaque matin, week-ends et jours fériés compris. Haruki Murakami se lève à 4 heures du matin et écrit pendant cinq heures sans interruption. Isabel Allende commence chaque nouveau livre le 8 janvier et écrit jusqu'à ce qu'il soit terminé. Ce qui distingue un écrivain publié d'un écrivain qui rêve de publier, ce n'est pas le talent — c'est la régularité.
Mais installer une routine d'écriture quand on a un emploi, une famille, des obligations — et une tendance naturelle à la procrastination — n'est pas simple. Voici 6 conseils concrets, testés par des centaines d'auteurs, pour trouver votre routine et, surtout, vous y tenir.
Conseil n°1 : Choisissez un créneau fixe et non négociable
La première erreur est de se dire « j'écrirai quand j'aurai le temps ». Vous n'aurez jamais le temps. Le temps ne se trouve pas — il se prend. Bloquez un créneau dans votre emploi du temps comme vous bloqueriez un rendez-vous médical ou une réunion de travail.
Peu importe le moment : le matin avant que la maison se réveille, la pause déjeuner, le soir après le coucher des enfants, le dimanche matin. Ce qui compte, c'est la régularité, pas la durée. Trente minutes chaque jour produisent plus qu'une journée entière tous les quinze jours.
- Le matin est le créneau préféré de la plupart des auteurs professionnels. Le cerveau est frais, le monde est silencieux, la volonté est à son maximum. Hemingway, Toni Morrison, Maya Angelou : tous écrivaient le matin.
- Le soir convient aux noctambules et à ceux dont le travail occupe la journée. Franz Kafka écrivait entre 23 heures et 3 heures du matin, après sa journée à l'office d'assurances.
- La pause déjeuner est un créneau sous-estimé. 45 minutes avec un casque antibruit, un café et un ordinateur portable : vous serez surpris de ce que vous pouvez produire.
L'astuce : inscrivez votre créneau d'écriture dans votre agenda numérique avec une notification. Traitez-le comme un engagement professionnel. Si quelqu'un vous propose quelque chose à ce moment-là, répondez : « Je ne suis pas disponible. »
Conseil n°2 : Fixez un objectif mesurable (et modeste)
« Écrire mon roman » n'est pas un objectif — c'est un rêve. Un objectif est mesurable, quotidien et atteignable. Les deux métriques les plus utilisées par les auteurs :
- Un nombre de mots par jour — 500 mots est un objectif raisonnable pour un débutant. C'est une page et demie, environ 30 minutes de travail. À ce rythme, vous aurez un roman de 80 000 mots en 160 jours — moins de six mois. Stephen King écrit 2 000 mots par jour, mais il n'a pas d'autre métier.
- Un temps d'écriture par jour — Si le compteur de mots vous angoisse, fixez-vous un temps : 30 minutes, 45 minutes, une heure. Pendant ce temps, vous écrivez. Pas de recherches, pas de relecture, pas de réseaux sociaux : vous écrivez.
L'erreur classique : se fixer un objectif trop ambitieux (2 000 mots par jour quand on n'a jamais écrit régulièrement), le tenir trois jours, échouer, culpabiliser et abandonner. Commencez ridiculement petit — même 200 mots par jour, c'est un début. Vous augmenterez naturellement une fois l'habitude installée.
Conseil n°3 : Créez un rituel de démarrage
Le moment le plus difficile de chaque session d'écriture, c'est le début. S'asseoir, ouvrir le fichier, relire les dernières lignes, retrouver le fil… C'est là que la procrastination attaque. Un rituel de démarrage permet de court-circuiter la résistance en envoyant un signal clair à votre cerveau : « C'est l'heure d'écrire. »
Les rituels varient selon les auteurs :
- Faire un café ou un thé — Le geste le plus simple et le plus universel. L'odeur, la chaleur, la tasse familière : votre cerveau associe ce moment à l'écriture.
- Relire la dernière page écrite — Hemingway s'arrêtait toujours au milieu d'une phrase pour retrouver l'élan le lendemain. Relire les dernières lignes vous replonge dans le flux narratif.
- Mettre un casque et une playlist dédiée — Beaucoup d'auteurs écrivent avec de la musique. Le même album ou la même playlist à chaque session crée un ancrage sensoriel : après quelques semaines, le simple fait de lancer la musique déclenche l'état d'écriture.
- Écrire trois minutes de « brain dump » — Avant de travailler sur votre manuscrit, écrivez librement pendant trois minutes sur n'importe quoi : vos pensées, vos angoisses, votre liste de courses. Cela vide le mental et libère l'espace créatif.
Conseil n°4 : Séparez l'écriture de la relecture
C'est le piège dans lequel tombent 90 % des auteurs débutants : écrire une phrase, la relire, la corriger, la réécrire, la relire encore, avancer de deux lignes, revenir en arrière… Résultat : au bout d'une heure, vous avez un paragraphe impeccable et une frustration immense.
L'écriture et la relecture sont deux activités cérébrales opposées. L'écriture est un acte créatif, expansif, intuitif. La relecture est un acte critique, analytique, réducteur. Les faire en même temps, c'est conduire avec le frein à main.
La règle : quand vous écrivez, vous écrivez. Vous avancez. Vous ne relisez pas, vous ne corrigez pas, vous ne peaufinez pas. Si une phrase est mauvaise, tant pis — vous la corrigerez demain, la semaine prochaine, au deuxième jet. Ce qui compte, c'est le premier jet complet.
Comme le disait Hemingway : « Le premier jet de quoi que ce soit est toujours de la merde. » C'est normal. C'est prévu. Le premier jet n'est pas fait pour être bon — il est fait pour exister.
Conseil n°5 : Aménagez un espace dédié
Vous n'avez pas besoin d'un bureau de romancier avec vue sur la mer. Mais vous avez besoin d'un endroit associé à l'écriture, même modeste : un coin de table, un fauteuil, un café, une bibliothèque. L'important est que votre cerveau reconnaisse cet endroit comme le « lieu où j'écris ».
- Éliminez les distractions — Coupez les notifications de votre téléphone. Mettez-le dans une autre pièce. Utilisez un bloqueur de sites (Freedom, Cold Turkey) si Internet est votre ennemi. Fermez vos onglets de messagerie et de réseaux sociaux.
- Rendez l'espace agréable — Un éclairage doux, une bougie, un objet fétiche. Virginia Woolf réclamait « une chambre à soi » ; vous pouvez commencer par un coin à vous.
- Si vous n'avez pas d'espace fixe — Écrivez toujours au même café, à la même place de la bibliothèque municipale, dans le même wagon de train. La régularité du lieu renforce la régularité de l'habitude.
Conseil n°6 : Acceptez les mauvais jours (et ne lâchez pas)
Il y aura des jours où les mots ne viendront pas. Des jours où tout ce que vous écrirez vous semblera nul. Des jours où vous aurez envie de tout effacer et de regarder Netflix. C'est normal. Ça arrive à tous les auteurs, y compris les plus grands.
La différence entre ceux qui terminent un roman et ceux qui abandonnent tient en un seul mot : persévérance. Les mauvais jours font partie du processus. Ce qui compte, c'est de revenir le lendemain.
- Ne brisez pas la chaîne — La méthode « Seinfeld » : accrochez un calendrier au mur et marquez une croix chaque jour où vous écrivez. Votre objectif n'est pas d'écrire un chef-d'œuvre — c'est de ne pas briser la chaîne de croix. Après 30 jours consécutifs, l'habitude est installée.
- Autorisez-vous les séances minimales — Certains jours, vous n'écrirez que 100 mots. C'est suffisant. Vous avez maintenu l'habitude, c'est tout ce qui compte. Demain sera meilleur.
- Suivez vos progrès — Tenez un tableur ou un carnet avec votre nombre de mots quotidien. Voir les chiffres s'accumuler est un motivateur puissant. À 500 mots par jour, vous verrez « 15 000 mots » après un mois — et c'est déjà un cinquième de roman.
Le calcul qui change tout
Faisons les maths ensemble. Un roman moyen fait 80 000 mots. Si vous écrivez :
- 200 mots/jour → roman terminé en 13 mois
- 500 mots/jour → roman terminé en 5 mois et demi
- 1 000 mots/jour → roman terminé en 2 mois et demi
Même au rythme le plus lent — 200 mots par jour, soit 15 minutes d'écriture —, vous pouvez terminer un roman en un peu plus d'un an. La seule condition : ne pas lâcher. La routine n'a pas besoin d'être spectaculaire. Elle a besoin d'être régulière.
« Un écrivain professionnel est un amateur qui n'a pas abandonné. » — Richard Bach