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Actuweb des maisons d'édition : semaine du 25 au 31 mai 2022

Actuweb des maisons d'édition semaine du 25 au 31 mai 2022

L'édition en bref : semaine du 25 au 31 mai 2022

L'édition française traverse une période contrastée. D'un côté, le marché du livre reste dynamique après deux années de croissance post-pandémie. De l'autre, la crise du papier — hausse des prix, pénuries d'approvisionnement, allongement des délais d'impression — commence à peser sérieusement sur les marges des éditeurs. Entre festivals de printemps, remise de prix et inquiétudes logistiques, voici ce qu'il fallait retenir de cette dernière semaine de mai.

La crise du papier s'installe

Des hausses de prix historiques

Le sujet dominant de la semaine — et de l'année — reste la crise du papier. Depuis l'automne 2021, le prix du papier d'impression a augmenté de 30 à 50 % selon les qualités et les fournisseurs. Les causes sont multiples : la reprise économique mondiale post-Covid a fait exploser la demande de carton d'emballage (e-commerce), les usines papetières européennes ont réduit leurs capacités de production de papier graphique au profit du carton, et la guerre en Ukraine — la Russie et la Finlande étant de gros producteurs de pâte à papier — a aggravé les tensions d'approvisionnement.

Pour les maisons d'édition, les conséquences sont concrètes. Plusieurs éditeurs ont annoncé des augmentations de prix de 1 à 2 euros sur les nouveautés à partir de la rentrée. D'autres réduisent les tirages initiaux pour limiter les risques de pilonnage. Les plus petites structures, qui n'ont pas le pouvoir de négociation des grands groupes, sont les plus exposées : certains indépendants reportent des publications faute de pouvoir garantir un coût de fabrication viable.

Le pilon en question

La crise du papier relance un vieux débat : le pilon. Chaque année en France, environ 25 % des livres imprimés sont détruits sans avoir été vendus — soit des dizaines de millions d'exemplaires. Dans un contexte de pénurie, ce gaspillage devient difficile à justifier. Plusieurs voix s'élèvent dans le milieu pour réclamer une réforme du système de l'office (envoi automatique de nouveautés aux libraires), jugé trop généreux et source majeure de surproduction.

Le Festival du Livre de Paris tire son bilan

Un succès de fréquentation

Le Festival du Livre de Paris, qui s'est tenu au Grand Palais Éphémère du 22 au 24 avril, publie cette semaine ses chiffres définitifs : 103 000 visiteurs sur trois jours, un résultat jugé satisfaisant pour cette deuxième édition du format « festival » qui a remplacé l'ancien Salon du Livre. Les organisateurs soulignent la forte présence du public jeune (18-35 ans), attiré par les espaces manga, les rencontres BookTok et les showcases d'auteurs sur les réseaux sociaux.

Pour les éditeurs, le bilan commercial est contrasté. Les grandes maisons (Gallimard, Grasset, Flammarion, Actes Sud) ont réalisé de bonnes ventes sur leurs stands. Les petits éditeurs, en revanche, déplorent le coût élevé de la participation (stand, logistique, personnel) par rapport aux ventes réalisées. Le débat sur l'accessibilité financière du festival pour les indépendants est relancé.

Les prix littéraires de printemps

Le prix du Livre Inter

Le prix du Livre Inter, décerné par un jury d'auditeurs de France Inter, est l'un des prix de printemps les plus influents. La sélection 2022, annoncée cette semaine, comprend 10 titres qui seront départagés début juin. Ce prix, qui couronne un roman de la rentrée de janvier, a la particularité d'être attribué par des lecteurs non professionnels, ce qui lui confère une légitimité populaire que les prix d'automne (Goncourt, Renaudot) n'ont pas toujours.

Le prix des Libraires

Le prix des Libraires, décerné par un jury de libraires indépendants, a été remis la semaine dernière. Ce prix, moins médiatique que le Goncourt mais très respecté dans le milieu, a un impact commercial réel : les libraires qui composent le jury défendent ensuite le titre primé dans leurs propres librairies, créant un effet de prescription en chaîne particulièrement efficace.

Actualités des maisons d'édition

Vivendi-Lagardère : le feuilleton continue

Le rachat de Lagardère (Hachette Livre) par Vivendi (Editis) continue d'occuper le milieu éditorial. L'Autorité de la concurrence examine le dossier et les auditions se poursuivent. Les libraires et les auteurs restent inquiets face à la perspective de voir les deux plus grands groupes d'édition français fusionner sous un même propriétaire. La question centrale : cette concentration menace-t-elle la diversité éditoriale et le pouvoir de négociation des libraires face à un acteur dominant ? La réponse est attendue dans les prochains mois.

Les éditeurs misent sur l'été

Les programmes d'été sont bouclés. Les éditeurs de poche (Folio, Points, Le Livre de Poche, Pocket) ont finalisé leurs sélections estivales avec des opérations promotionnelles ciblées : coffrets thématiques, éditions à prix réduit et partenariats avec les enseignes de grande surface. L'objectif est de capter les lecteurs de vacances — ceux qui achètent un ou deux livres par an, généralement en juillet-août, et qui représentent un volume de ventes considérable.

Le chiffre de la semaine

+ 7 % — C'est la hausse du chiffre d'affaires du marché du livre en France sur les quatre premiers mois de 2022 par rapport à la même période en 2019 (année de référence pré-Covid), selon les données GfK. Le livre confirme qu'il est sorti renforcé de la pandémie, porté par un public qui a (re)découvert la lecture pendant les confinements. Reste à savoir si cette dynamique survivra à l'inflation et à la concurrence croissante du streaming vidéo et des réseaux sociaux pour le temps de loisir disponible.

À surveiller la semaine prochaine

  • L'annonce du prix du Livre Inter 2022 — Le jury d'auditeurs se réunit début juin pour désigner le lauréat.
  • Les chiffres de mai du marché du livre — GfK publiera les données mensuelles, attendues avec attention dans le contexte inflationniste.
  • La préparation de la rentrée littéraire — Les éditeurs finalisent leurs catalogues de septembre. Le nombre de romans annoncés est en légère baisse, signe d'une rationalisation de la production.